Monde : TURQUIE
Réseau de putschistes présumés : neuf nouvelles inculpations


Neuf personnes ont été inculpées tôt hier par un tribunal d'Istanbul portant à 12 le nombre de suspects écroués depuis mercredi dans le cadre d'un nouveau coup de filet visant un réseau qui chercherait à renverser le gouvernement turc, a rapporté l'agence Anatolie.
Parmi les personnes inculpées figure un ex-chef de la police spéciale, Ibrahim Sahin, personnage controversé impliqué dans les années 1990 dans un scandale politicomafieux, précise l'agence. La cour a cependant décidé de relâcher dix autres personnes, dont un général quatre étoiles à la retraite, Tuncer Kilinç, l'ex-secrétaire général du puissant Conseil national de sécurité, et Kemal Gürüz, l'ex-président de l'organe de contrôle de l'enseignement supérieur. Quatre autres suspects ont été déférés hier devant cette cour. Parmi eux : un autre ex-général d'armée, Kemal Yavuz, connu pour son farouche opposition au gouvernement, et un autre général qui fut autrefois le responsable juridique de l'état-major des armées. Le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a lancé un appel à l'opposition qui l'a accusé de mener une «dictature péroniste», demandant de laisser travailler les procureurs qui instruisent l'affaire. «Il y a dans ce pays des magistrats et des procureurs à la conscience libre. Personne ne doit se considérer au-dessus de la justice», a-t-il dit lors d'une réunion à Ankara de son Parti de la justice et du développement (AKP, issu de la mouvance islamiste). Il a appelé «particulièrement les hommes politiques» à éviter de s'immiscer dans le pouvoir judiciaire, affirmant que la démocratie turque sortira renforcée de cette enquête qui a attisé les tensions entre les partisans du gouvernement et les milieux laïques. Samedi, la cour d'Istanbul avait décidé d'inculper quatre officiers interpellés mercredi. La police a arrêté mercredi 33 personnes lors d'opérations, selon un communiqué qu'elle a publié hier. Parmi eux figurent trois ex-généraux et des universitaires, défenseurs de la laïcité. Les interpellations ont été réalisées dans le cadre de l'enquête sur le groupe «Ergenekon», du nom du mythique berceau du peuple turc en Asie centrale, accusé d'avoir voulu déstabiliser le pays afin de préparer le terrain à un putsch qui renverserait le gouvernement, au pouvoir depuis 2002. L'opération a été vivement critiquée par l'opposition et par différentes personnalités de la société civile affirmant que l'enquête était devenue un instrument du gouvernement pour faire taire l'opposition. L'enquête a connu un rebondissement vendredi avec la découverte par la police, près d'Ankara, notamment sur la base d'un croquis appartenant à Ibrahim Sahin, d'une cache d'armes contenant deux lance-roquettes, 29 pistolets, 25 grenades, deux mitrailleurs et des munitions. Ces armes ont été présentées hier à la presse. On ignorait cependant si elles devaient servir pour provoquer un coup d'Etat ou dataient de l'époque où ce policier, proche des milieux ultra-nationalistes, était impliqué, en 1996, dans un scandale qui avait pour la première fois mis au jour l'existence de bandes criminelles dans lesquelles se retrouvent à la fois agents des services de renseignement civils et militaires ainsi que des représentants de la pègre et hommes d'affaires douteux. Des excavations effectuées vendredi et samedi dans deux endroits à Ankara ainsi qu'à Hatay, dans le sud du pays, se sont révélées infructueuses. En octobre a débuté le procès près d'Istanbul de 86 personnes — des officiers à la retraite, des journalistes, des hommes politiques, des membres de la pègre — accusées d'appartenir au réseau.

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