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Après Zeroual, c’est au tour du RCD de refuser de jouer les
lièvres.
Sale temps pour le chasseur !
Ce jeudi, j’étais à la librairie du Tiers Monde, place Emir- Abdelkader, à
Alger, pour une rencontre avec les lectrices et les lecteurs autour du recueil
de photos «Enseignes en folie». Je ne vais pas vous décrire ce moment de
rencontres, ce n’est pas l’objet de la chronique de ce jour. Je vais plutôt vous
raconter ce garçon. Parce que personne ne racontera peut-être son histoire, si,
nous, femmes et hommes de plume et d’histoires, ne le faisons pas. Il devait
être 18 heures. La séance de dédicaces venait de prendre fin, j’avais pris congé
d’Ali-Bey, l’affable patron des lieux, et de son équipe et je m’étais posté sur
le trottoir en face de la librairie, légèrement en contrebas de la statue de
l’émir Abdelkader et du parvis qui l’entoure, attendant un taxi. Le soleil avait
disparu depuis un moment et l’endroit était baigné par une entame de pénombre
qui donnait aux lieux un air suspendu, entre jour et nuit, entre nuit et
lendemains incertains. Et il était là. 15 ans. Peut-être 16. Pas plus. Il
chantait à tue-tête des airs de stades, des refrains et des slogans que scandent
les jeunes aficionados. Et entre deux chants, le garçon s’adressait à la statue,
le bras levé à l’identique de celui de l’Emir, imitant son port altier sur sa
monture et un sabre imaginaire au clair : «Ethawra, yal amir ! Ethawra !» La
révolution, ô Emir ! La révolution ! N’obtenant aucune réponse du valeureux
guerrier pétrifié, l’enfant partait d’un rire en cascade, fort, roulant,
percutant, juste entrecoupé par une toux. Une toux du fumeur. Il revenait alors
à ses airs de supporters et à des bribes de chansons grivoises, le tout rythmé
par une farandole endiablée autour de la statue. Je me suis approché un peu plus
du garçon. De manière à mieux le voir dans la pénombre. Il avait les pupilles
dilatées. Des mouvements flottants et chaloupés. Sa langue était pâteuse. Il
avait sniffé ou ingurgité quelque substance hallucinogène ou bu un alcool. Un
mauvais alcool. Plus clairement, le garçon était pété de chez pété. Je sais
qu’une statue de bronze ne peut pas répondre. Mais je me suis pris à imaginer ce
que penserait l’Emir de cet enfant, déjà cassé, laminé à 15 ans. Pour qui,
finalement, Abdelkader avait-il chevauché, levé son sabre au clair et combattu ?
Pour qui ? Sûrement pas pour observer du haut de son éternité un adolescent
shooté lui répéter, entre deux fous rires, une toux d’adulte et des refrains de
stades : «Ethawra, yal amir ! Ethawra !». Je fume du thé et je reste éveillé, le
cauchemar continue.
H. L.
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