Chronique du jour : ICI MIEUX QUE LA-BAS
Éteignez vos portables, ça cogne !
Par Arezki Metref
arezkimetref@free.fr


Y’en a encore qui légitiment le massacre des civils à Ghaza par le tir de roquettes du Hamas qui aurait violé la trêve ! Lire : c’est ce dernier qui aurait entamé les hostilités, après quoi, dans son bon droit d’agressé, Israël aurait répliqué à coups de bombardements. Fable ! Les choses ne se sont pas passées exactement comme ça. L’hebdomadaire satirique français Le Canard enchaîné révèle, dans son édition du 14 janvier, que les bombardements sur Ghaza n’ont rien d’une opération inopinée résultant d’un coup de colère de l’état-major israélien devant la roquette de trop avec laquelle le groupe islamiste palestinien au pouvoir lui aurait fait un pied-de-nez.
Citant comme sources de ses informations les notes transmises à l’étatmajor des armées par des attachés militaires français à Tel-Aviv, le journal affirme que les Israéliens préparaient cette guerre depuis juin 2008. On est loin de la riposte du tac au tac qu’on veut nous faire avaler. Toujours selon les sources militaires françaises citées par Le Canard enchaîné, la préparation a été affinée jusqu’à la reconstitution, dans le désert du Néguev, des rues de Ghaza afin d’entraîner les soldats israéliens à faire face à l’inévitable guérilla urbaine, une fois accomplie l’offensive terrestre, prévue elle aussi. D’autres éléments montrent que l’attaque a été minutieusement fignolée. C’est à Ashkelon, une ville proche du territoire palestinien, que les généraux israéliens ont obtenu d’installer leur poste de commandement. Lors de l’attaque contre le Hezbollah libanais en 2006, ils avaient dirigé la guerre à distance sur des écrans. Cette méthode s’étant avérée carencée, ils ont décidé de se rapprocher du front. Une autre information de source militaire française à Tel-Aviv affirme que le Shabak, le service de contre-espionnage et de sécurité intérieure israélien (ex-Shin Beth), associé à la préparation de l'attaque, a recruté à Ghaza des informateurs palestiniens, fixant avec eux 400 objectifs à détruire. L’arsenal israélien est, selon les militaires français, presque entièrement d’origine américaine. Les avions sont américains, comme les hélicoptères, pas moins que les bombes, y compris celles «au phosphore blanc», redoutables pour leurs brûlures. La préparation a été si bien huilée que le jour de l’attaque surprise, le 27 décembre, en 220 secondes exactement, c'est-à-dire en moins de 4 minutes, 88 avions israéliens F15 et F16 ont bombardé une centaine d’objectifs. 4 minutes, 100 objectifs : les officiers français ont noté le rapport temps avec admiration, selon le palmipède parisien. C’est la doctrine américaine «Choc et terreur» qui est appliquée par les généraux israéliens dont l’un confie que moins le Hamas comprendra ce qui lui arrive, mieux ce sera. Les services de renseignements, américains cette fois, ont établi un bilan qui montre que la violation de la trêve par le Hamas est une fiction. Du 1er février 2008 au 29 décembre, période censée être couverte par la trêve, 125 Palestiniens ont été victimes de frappes aériennes israéliennes. Ultime preuve, révélée par les mêmes sources, que la guerre faite aux civils de Ghaza n’est pas une réponse ponctuelle à une attaque mais bel et bien un acte stratégique dans la continuité de l’attitude conquérante d’Israël depuis 60 ans. Les généraux israéliens, comme leur gouvernement, ont décidé de gagner par anticipation la bataille des images en empêchant les télévisions du monde d’en diffuser. Une guerre à huis clos, sans ces images qui peuvent faire basculer l’opinion, c’est ce que les généraux souhaitaient. Pour tout verrouiller, ils ont même fait confisquer les téléphones portables de leurs soldats. On ne sait jamais s’il en est qui s’amusent à capter les images des horreurs commises sur des civils. Venant de soldats israéliens, elles seraient encore plus terribles. Mieux vaut ne pas courir de risque, n’est-ce pas ? Les images de 2006 avaient été ravageuses. Mais au point où en est l’estime dans laquelle Israël tient l’opinion internationale, n’importe quelle photo trouverait des justifications. Ainsi, pour justifier les photos des bébés déchiquetés qui soulèvent l’émotion dans le monde entier, certains ont encore le cran d'affirmer tout à trac que c’est la faute du Hamas qui se cache derrière les bébés. Franchement, que répondre à une telle énormité ? On a scruté pendant des jours et des jours la réaction de la nouvelle administration américaine. Que va dire Obama, qui se tait ? Il ne va pas poursuivre sur les pas calamiteux pour la paix de Bush, non ! Il ne va pas soutenir mordicus Israël qui est l’agresseur, se moquant de toutes les résolutions de l’ONU. Eh bien, on le sait maintenant. S’il a observé un prudent silence sous prétexte que n’étant pas encore investi, il n’y a qu’un président à la fois, il convient de ne pas oublier que lors de sa campagne électorale, il avait déclaré : «Si quelqu’un lançait des roquettes sur ma maison la nuit pendant que mes filles dorment, je ferais tout pour l’en empêcher et j’attends des Israéliens qu’ils fassent de même», ajoutant qu’il jugeait «difficile de mener des discussions avec le Hamas». Et que faire donc quand on vous balance, la nuit, pendant que vous dormez des tonnes de bombes sur 100 objectifs faisant des centaines de morts en quatre minutes, parmi eux des bébés ?
A. M.

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