Entretien : Dr MOURAD PREURE, EXPERT PÉTROLIER INTERNATIONAL, AU SOIR D’ALGÉRIE :
«Notre efficacité énergétique se dégrade sans cesse»


Expert pétrolier international, membre de clubs internationaux de prospective énergétique, président de la Commission stratégie au sein du CNC-PME, le Dr Mourad Preure a été stratège et animateur du processus de modernisation de Sonatrach dans les années 1990 et conseiller chargé de la prospective, de la stratégie et du développement technologique au sein de la Sonatrach jusqu’en 2002. Dans cet entretien qu'il nous accorde, il passe en revue la crise pétrolière et les dangers qu'elle présente, dans les prochaines années sur l'économie nationale. Il a également tiré la sonnette d'alarme s'agissant de la politique énergétique telle que pratiquée présentement par notre pays.

Entretien réalisé par Fatma Haouari

Le Soir d'Algérie : Les prix du pétrole se sont effondrés subitement après avoir atteint des niveaux très élevés. Comment expliquez-vous l'évolution du marché pétrolier ?
Dr Mourad Preure :
Les prix du pétrole ont connu une baisse spectaculaire le deuxième semestre 2008. En proportion, elle reste un record historique puisque les prix ont été divisés par plus de trois en quatre mois. Nous les voyons aujourd’hui se traînant autour des 40 dollars le baril, ce qui les place, en termes constants, en deçà de leur niveau de 1986 où l’industrie avait vécu un véritable choc baissier. Cependant, ce que nous vivons aujourd’hui ne peut être qualifié de choc baissier. Il s’agit d’une anomalie dans l’évolution historique des prix et dont les effets risquent d’être désastreux pour l’industrie pétrolière. La crise financière qui couve depuis 2007 a atteint l’économie réelle et agit sur l’industrie pétrolière de deux façons : du fait que les marchés pétroliers sont interconnectés avec les marchés financiers, les opérateurs sur ces marchés, en mal de liquidités, débouclent leurs positions dans la précipitation ; d’autre part, les spéculateurs qui ont porté les prix à leur niveau historique de juillet 2008 anticipent une longue récession et une forte baisse de la demande. L’économie réelle ayant été atteinte sévèrement par la crise financière (les grands pays de l’OCDE sont tous en récession alors que les pays émergents revoient à la baisse leurs taux de croissance), la demande pétrolière a fortement baissé. Alors qu’elle a connu une croissance en moyenne de 1.6 Mbj ces dernières années, la demande a enregistré en 2008 sa première baisse depuis 1983. Pour 2009, il y a une grande incertitude et les prévisions sont pessimistes (entre 500 000 bj pour l’Opep et 0 Mbj pour le DOE américain). Vous voyez que la situation est singulière. Elle se résume ainsi : nécessité de prix élevés pour permettre les investissements nécessaires pour satisfaire la demande future alors que les prix aujourd’hui sont près de 20 dollars en moyenne en dessous du coût marginal. Il est évident que, de ce fait, mais aussi à cause du crédit crunch, les investissements pétroliers de développement sont gravement compromis. D’autre part, les pétroles non conventionnels comme les sables asphaltiques de l’Alberta, les bruts lourds de l’Orénoque, voire les biocarburants, ne peuvent plus être produits dans des conditions économiques.
Pourtant les prix ne repartent pas. Comment expliquezvous cela, et pensez-vous que l'Opep ait le pouvoir et la volonté de stabiliser le marché ?
L’annonce de la baisse décidée le 17 décembre à Oran s’est faite simultanément avec celle de la hausse des stocks américains ainsi que la baisse de la demande en fioul dans ce pays. Et vous savez, le marché est beaucoup plus sensible aux mauvaises nouvelles qu’aux bonnes. Le marché est excessivement focalisé sur la destruction de demande. D’autre part, la Russie n’a pas envoyé le signal attendu en baissant significativement sa production. L’annonce de la baisse de l’Azerbaïdjan (300 000 bj) n’a pas suffi. Je pense aussi qu’on a exagéré l’importance de la participation russe à la conférence d’Oran et nourri des attentes peu réalistes. Mais il faut tout de même relativiser les choses. L’Opep représente 44% de la production et plus des deux tiers des réserves mondiales et ne se trouve plus dans la même situation que lors des chocs baissiers de 1986 et 1998. Elle est sortie du dilemme défense des prix/défense des parts de marchés car la production Nopec, en phase de déclin structurel, ne constitue plus une alternative sérieuse à la production Opep. Celle-ci a un pouvoir de négociation beaucoup plus fort que lors des précédents chocs baissiers. Il faut cependant que le premier des membres de l’Opep, soit l’Arabie Saoudite, prenne conscience de la nécessité d’une action concertée de tous pour réduire résolument l’offre à court terme, sans cela nous allons au désastre. La situation actuelle du marché affecte sévèrement l’organisation, même si les pays à réserves longues comme l’Arabie Saoudite peuvent trouver à se réjouir de ce que les sources alternatives au pétrole Opep soit pénalisées par ce niveau de prix, ce qui me semble une erreur. Il reste que la situation a atteint un tel niveau qu’une action résolue semble possible aujourd’hui. La baisse de 1.5 Mbj décidée en novembre n’avait pas suffi à orienter les prix à la hausse, c’est aussi que cette baisse n’a été réalisée par les pays de l’Opep que pour les deux tiers seulement. La grande question est la discipline des pays de l’Opep et leur respect des quotas décidés. Le marché ne peut pas se suffire d’énoncés de principe. Il faut des signaux forts. Une baisse totale de 4.2 Mbj est déjà un pas important fait par l’organisation. Il faut cependant aller plus loin tant que l’excédent de stocks disponibles qui pèse sur les prix et qui est de cinq jours de consommation sans compter les stocks se trouvant en mer dans les bateaux, n’est pas résorbé. Ce qui suppose un effort sérieux de discipline de l’Opep pendant au moins trois mois et pour un volume dépassant ces 4.2 Mbj déjà décidés. Peut-être encore un à deux millions de barils par jour. Cela suppose une évolution radicale de l’organisation alors que les capacités non utilisées s’accroîtront et pèseront sur les prix. Il faut souhaiter une intervention résolue et donc avec un effet rapide qui se traduira très vite par un accroissement des recettes d’exportation de ces pays. Sinon l’indiscipline menace et avec elle le chaos. D’autre part, un autre signal fort serait l’implication des grands pays producteurs hors Opep comme la Russie et le Mexique. On peut penser que ces pays (surtout la Russie qui a de forts besoins de financement et a gravement souffert de la crise financière) sont mûrs eux aussi pour une action concertée pour réduire la production et relever les prix. Il faut cependant bien définir le cadre de leur partenariat avec l’Opep pour lui donner le maximum de chances de réussite. Un travail doit aussi être fait envers les compagnies pétrolières internationales. Il faut souligner que les compagnies pétrolières ne trouvent pas leur compte dans cette situation et convergent vers un consensus où le niveau de prix optimum est de 60 à 80 dollars le baril. Mon sentiment est que nous sommes près d’un compromis. Pour l’heure, le baril reste dans la zone des 40-50 dollars, ce qui est un niveau excessivement bas, et il n’y a aucun signe de retournement de tendance à court terme. En dessous de 40 dollars, l’offre va s’effondrer très vite. Je pense malheureusement que le sentiment baissier continuera à exercer une pression sur les prix en 2009. Le marché a besoin de signaux forts de l’Opep. Et ces signaux doivent s’articuler autour d’une vision claire et cohérente qui incitera les autres acteurs à coopérer avec l’Opep.
Quel futur voyez-vous pour l’industrie pétrolière ?
Le grand danger est que, contrairement aux apparences, cette baisse dissimule un choc haussier structurel, ce qui rend encore plus complexe l’évolution erratique actuelle du marché pétrolier qui n’est plus prévisible du tout. Et l’on sait combien les tensions entre tendances opposées sont porteuses de risques de déflagration. En effet, il y a, toutes choses égales par ailleurs, un déficit structurel d’offre à long terme par rapport à l’évolution de la demande portée par les pays émergents et le secteur des transports. Alors que le peak oil est une réalité et que les plus grands gisements dans le monde sont en phase de déclin, Ghawar en Arabie Saoudite, Cantarell au Mexique et Daqin en Chine, Burgan au Koweït, il apparaît de plus en plus que le modèle de consommation énergétique occidental n’est pas soutenable sur le plan environnemental, mais plus encore, n’est pas généralisable à la planète, surtout pas aux pays émergents qui ont pourtant les moyens d’y accéder à terme. Il devient clair que la marge d’augmentation de la production mondiale ne peut pas dépasser 20 Mbj (millions de barils par jour). Les projections faites par l’AIE pour 2030 sont régulièrement revues à la baisse. Le dernier World Energy Outlook les estime à 107 Mbj. Les investissements prévus pour atteindre cet objectif sont de 350 milliards de dollars par an d’ici 2030, soit au total 8 400 milliards de dollars, alors que le secteur de l’énergie dans son ensemble nécessitera lui 26 000 milliards de dollars d’investissement. Le consensus des experts pense que nous sommes entrés dans une période de prix élevés, qui ne cesseront d’augmenter à mesure que les réserves s’épuisent et nécessitent plus de technologie et de capitaux. Mais les perspectives économiques mondiales ne prêtent pas à l’optimisme. Une récession dans les principaux pays OCDE, la perte de deux points de croissance pour les pays qui tiraient la croissance mondiale (Chine, Inde). Depuis les 5% de croissance l’an, les cinq dernières années, nous passons à 2.5% en 2008 et vraisemblablement à près de 1% pour 2009. Dans le meilleur des cas, la récession durera toute l’année 2009, dans le pire, elle s’étendra jusqu’au premier semestre 2010. La demande pétrolière ne peut que s’affaiblir et avec elle les prix. Combien durera la récession dépendra de l’accord qui s’établira entre grandes puissances sur les mécanismes de régulation de la sphère financière, c'est-à-dire en fait sur un leadership mondial. Mais aussi, on tend à le négliger en ces temps de tourmente boursière, la nécessaire régulation des marchés pétroliers, qui ont développé des instruments de couverture contre le risque et de spéculation d’une trop grande complexité, et se sont eux aussi déconnectés avec l’économie réelle. En l’espèce, cela peut être dangereux car l’industrie pétrolière est une industrie de long terme et qui a besoin de visibilité. Nous le voyons bien aujourd’hui où l’économie mondiale est sur une poudrière. L’AIE, par la voix de son chief economist, M. Birol, s’inquiète de l’impact des prix actuels sur l’investissement pour répondre à une demande structurellement orientée à la hausse. Je pense que la demande repartira en 2010, peut-être même le dernier trimestre 2009. Je crains que nous ne connaissions en 2010 – 2011 un violent choc pétrolier dû au double effet d’une demande dynamique (double effet de l’accroissement des besoins des pays émergents qui subissent moins la crise actuelle. Du fait de l’importance de leur marché intérieur des biens et services, et d’autre part, le relâchement des économies d’énergie dans les pays OCDE du fait des prix bas) et d’une offre qui ne sera pas au rendez-vous pour les raisons que l’on a évoquées plus haut. L’équilibre à long terme s’établirait avec un prix du baril qui fluctuerait autour d’un pivot de 80 dollars (constants). Il faut qu’un consensus s’établisse sur des mécanismes du marché plus transparents et une régulation qui permette l’atteinte d’un tel objectif. La singularité de la situation présente est que la crise financière masque une crise pétrolière structurelle et qui est, elle, une crise haussière. Voilà pourquoi la situation peut être explosive si on n’y prend pas garde ! Un ensemble de facteurs vont jouer les prochains mois, d’abord le facteur climatique, un hiver froid rendrait bien des services aux producteurs, le niveau des stocks, le facteur géopolitique qu’il ne faut pas ignorer, car la dépression et l’effondrement des recettes pétrolières font le lit des crises politiques comme chacun le sait et enfin la discipline de l’Opep pour absorber les cinq jours de stocks qui sont en plus aujourd’hui et pèsent sur les prix. Mais surtout l’évolution de l’économie réelle sera déterminante. Symétriquement, les investisseurs reviendraient en masse vers les actifs pétroliers dès lors que la reprise sera confirmée et pourraient avoir un effet de levier sur les prix. L’effet rebond sera plus violent si les acteurs perçoivent une reprise plus rapide que prévu. L’ambiance morose aujourd’hui n’est pas représentative des tendances à l’œuvre. Dans tous les cas, la qualité des anticipations des acteurs sera déterminante et prendra fortement en compte les comportements de l’Opep. Dès le troisième trimestre 2009, nous pourrions entrer dans une zone de volatilité élevée qui peut annoncer un nouveau choc haussier en préparation. L’économie mondiale et dans son sillage l’industrie pétrolière et le marché vont ainsi générer des évolutions chaotiques à l’avenir. Nous allons connaître régulièrement des situations semblables à celle-ci dans le futur avec trois caractéristiques : instabilité, forte volatilité et imprévisibilité. Elles vont se renouveler cycliquement.
N'est-il pas urgent de s'orienter vers des secteurs économiques plus viables que celui des hydrocarbures ?
Il faut déconnecter au plus vite la croissance économique nationale du secteur des hydrocarbures, au risque de voir notre économie évoluer dans l’avenir comme un bateau ivre, connaissant des périodes successives de prospérité qui accentueront le phénomène de dutsch disease. Ainsi que des situations de dépression qui se traduiront inévitablement par une détérioration des équilibres macro-économiques et, de façon inéluctable, à la récession et au retour à l’endettement externe avec, à la clé, ne l’oublions pas, l’épuisement de nos réserves qui ne sont, selon le BP Statistical Review, que de 16.8 ans. Comme nous l’avons vu, les perspectives de l’économie mondiale en 2009 sont très aléatoires. A partir du moment où nous sortons du paradigme d’un marché sacro-saint, capable de s’autoréguler par lui-même, se pose la question de la régulation et donc celle, extrêmement sensible, de la gouvernance mondiale, c'est-à-dire du leadership. Dès lors qu’un consensus sera trouvé entre grandes puissances, sur cette question, la crise se débloquera très rapidement. La Russie veut jouer un rôle dans cette reconfiguration en cours des rapports de force économiques et politiques mondiaux. Je pense que cette arrière-pensée marque aussi son rapprochement avec l’Opep. Mais il ne faut pas être naïf. Aucune puissance marquante dans le monde, et en premier lieu les Etats-Unis, n’acceptera que la Russie intègre l’Opep. Le risque sera fort qu’elle fédère les radicaux de cette organisation et la fasse éclater du même coup. En outre, la Russie à l’Opep portera la production de l’organisation à 55% du total mondial. L’Opep n’est politiquement acceptable que parce qu’elle est dominée par des pays proches des Etats-Unis, il faut bien le dire. Vue comme cela, vous imaginez bien que même l’Opep du gaz, dont on parle tant, a une forte odeur de soufre et ne peut pas voir le jour au moins pour cette raison car elle modifie significativement les grands équilibres géopolitiques de la scène énergétique mondiale. On s’aperçoit avec la Russie que le gaz naturel est un important vecteur de puissance ! Peut-être faut-il s’en inspirer.
Qu’en est-il des placements algériens à l’étranger ? D’autre part, on invoque la prudence s’agissant de la création d’un fonds souverain, est-ce une raison valable pour rester en dehors du jeu économique mondial ? N’est-ce pas antinomique avec le concept de la mondialisation dont on a accepté les règles ?

Alors là, question très intéressante ! Les officiels nous disent qu’ils s’élèvent à 139 milliards de dollars. Nous n’avons aucune raison de douter que toutes les précautions ont été prises pour minimiser le risque et accroître le rendement des placements. Permettez-moi de partir de cette hypothèse de départ, considérant que nos cadres font généralement consciencieusement leur travail même si, stratégiquement, nous sommes enfermés ici dans une logique de «confort du placemen» ou «placement de bon père de famille». Est-ce possible dans le contexte tumultueux de la globalisation ? J’ajouterai cette remarque : il est anormal qu’une question aussi importante, stratégique, ne fasse pas l’objet d’un débat public au sein de l’Assemblée nationale, que des compétences nationales reconnues dans ce domaine n’apportent pas leur contribution à la réflexion. Je crois qu’il y a réellement un problème de gouvernance à ce niveau et auquel il faut remédier. Cela est valable pour d’autres domaines, comme l’agriculture ou l’énergie. Concernant les fonds souverains, je voudrais dire que nous avons trop pris l’habitude dans ce pays de trop idéologiser le traitement des questions économiques avec, pour conséquence, d’en compliquer l’intelligence. Par le passé, nous avons eu l’exemple de la question du rééchelonnement, comme celle de la privatisation et j’en passe. Il faut bien considérer que ce sont des questions économiques qu’il faut traiter au mieux de l’intérêt national. Et le meilleur moyen d’éviter de se tromper, c’est encore de consulter tous ceux qui ont des choses intelligentes à dire sur la question. Parmi tous ces avis, il y a peutêtre une idée intéressante à prendre. En l’occurrence, pour les fonds souverains, et ramener les choses à leur dimension réelle. Ce sont des ressources financières que possède notre pays et dont il faut tirer le meilleur parti. Ces ressources doivent créer de la valeur au sens physique, avoir un caractère moteur pour la croissance et non pas être seulement vues comme un patrimoine à préserver. Je suis de ceux qui pensent que deux instruments doivent être mis en place, bien entendu dans la transparence et sous le contrôle des institutions élues de la nation. Un fonds souverain doit être créé avec pour objectif d’investir en Algérie en encourageant de manière volontariste les activités à haute charge en matière grise. Cela n’est pas contradictoire avec la création d’emplois, quoi que l’on pense. Un second fonds souverain doit partir en chasse au niveau international pour contrôler les «pépites» qui sont sousévaluées aujourd’hui du fait de la crise économique. Il faut partir d’une stratégie encore une fois claire et transparente et viser à prendre le contrôle d’entreprises qui peuvent avoir des effets de synergie avec le développement scientifique et technologique national. On peut aussi prendre des positions dans des secteurs stratégiques comme l’énergie, les télécommunications, le génie logiciel, etc. encore une fois en partant d’une vision globale. Des opportunités existent aujourd’hui qu’il serait fâcheux de rater.
L’adhésion à l’OMC continue à alimenter la polémique, cette fois-ci, elle bute sur le prix du gaz. Pouvez-vous nous éclairer sur cette question, quels sont les réels enjeux qui se cachent derrière cette adhésion ?

Je répondrai plus particulièrement à la question posée à notre pays concernant le prix du gaz pour le marché domestique. A ce sujet, il est clair que la présence de ressources énergétiques constitue un avantage comparatif pour notre économie, en plus d’être, bien entendu, une des dimensions de la souveraineté nationale. Le coût de l’énergie doit être un des leviers par lesquels l’Etat stimule et régule le dynamisme des acteurs économiques dans le cadre d’une vision souveraine du développement. A ce titre, il s’agit d’un pouvoir régalien qui ne me semble pas susceptible de compromis. De la même manière doit être traité le prix du gaz et de l’énergie en général aux ménages. Cependant nos ressources en gaz sont réputées rares et donc sujettes à une allocation basée sur des critères très sévères. La question posée dans les négociations me semble, selon les déclarations d’officiels, insister sur le prix pratiqué pour les projets pétrochimiques, jugés trop bas. A ce sujet, lorsque la CREG nous informe que la demande de gaz naturel national va doubler d’ici 2017, je pense qu’un débat doit être ouvert. Je l’ai dit durant ma conférence en juin dernier lors des Journées parlementaires sur la défense économique, notre marché naturel, soit l’Europe du Sud, est convoité par des sources qui, avec l’évolution de la technologie des méthaniers, lui deviennent accessibles, je pense au Moyen-Orient qui dispose de 73 Tm3 de réserves, à la Russie qui dispose de 43.6 Tm3 contre 4.5 Tm3 pour notre pays. Il nous faut réserver des capacités pour défendre nos parts de marché en Europe dans un marché en voie de sa libéralisation. Ainsi, autoriser des investisseurs étrangers en partenariat avec des nationaux, et avec le financement de banques algériennes, à réaliser des projets fortement consommateurs en gaz naturel, lequel est facturé dans tous les cas en deçà du prix à l’exportation, n’est-ce pas compromettre les volumes futurs qui nous seront nécessaires ? Nous souhaitons de bonnes surprises de la part de l’exploration en matière de gaz naturel mais je ne vous cache pas mon inquiétude. Nos ressources sont limitées et il convient à mon avis de les préserver pour les générations futures. Pour reprendre l’heureuse expression du professeur Chitour, «notre meilleure banque, c’est notre sous-sol»... Je prône une politique conservatrice des réserves et les faits me confortent chaque jour dans mon opinion, la politique pétrolière nationale doit se fonder sur le patriotisme économique. Les hydrocarbures et l’énergie en général sont la base de la souveraineté. De Churchill lorsqu’il a créé British Petroleum à partir de l’Anglo Persian Oil Company, jusqu’à de Gaule avec tout l’outil industriel et technologique qu’il a créé et développé depuis le pétrole jusqu’au Commissariat à l’énergie atomique, les Etats traitent l’énergie comme un domaine de souveraineté qui échappe aux considérations mercantiles. Ils en arrivent même à faire des guerres pour cela. L’Etat algérien ne peut pas faire moins. Aujourd’hui, la puissance pétrolière des pays producteurs ne repose plus seulement sur le niveau de leurs réserves et de leurs productions mais surtout sur la performance de leurs acteurs pétroliers et gaziers nationaux. Pour reprendre une expression d’un illustre pétrolier algérien. Sonatrach dit être considérée comme la prunelle de nos yeux. Tout doit être fait pour la renforcer et la consolider. Et le renforcement d’une compagnie pétrolière est d’abord dans le recentrage sur ses métiers de base, soit d’abord et avant tout l’exploration – production. Ce qui fait la force d’une compagnie pétrolière, ce sont ses réserves économiquement exploitables. D’autre part, l’industrie du pétrole devient de plus en plus une industrie de haute technologie et les compagnies pétrolières ne valent que par leur puissance technologique. Il faut que notre compagnie soit portée au niveau de ses concurrents internationaux. C’est une priorité. Il faut qu’elle conserve et développe sa matière grise et non l’inverse. Et dans cet immense effort, toutes les forces de la nation doivent être impliquées. Sonatrach doit être un moteur pour l’université et la recherche nationale. Elle doit aussi entraîner derrière elle un puissant tissu de PME innovantes. L’accès de ces PME au marché de Sonatrach ne doit pas se faire seulement sur la base de critères de moins-disant. La soustraitance dans le secteur des hydrocarbures doit faire l’objet d’une démarche nationale. Au premier rang, des sous-traitants à encourager chez lesquels doit figurer l’ingénierie, qui est une véritable mémoire de toute industrie. Pour conclure sur ce point, je voudrais dire que le monde engage sa transition énergétique vers un modèle non fossile qui sera largement concrétisée vers 2050. La planète a consommé la moitié de pétrole qu’elle recelait, reste la moitié la plus difficile à produire. Des ressources alternatives se préparent à prendre le relais. Le pétrole sera réservé à terme, aux usages pour lesquels il n’existe pas de substitut, essentiellement dans les transports aériens. L’intérêt des pays producteurs aujourd’hui est de fournir les ressources le temps que la transition s’opère et que les substituts s’imposent. Bien malheureusement, les pays producteurs sont les grands absents de cette transition énergétique. Notre pays doit viser à être un agent actif et non passif de cette transition énergétique, prendre appui sur ses ressources pour construire des partenariats qui ouvrent de réelles perspectives stratégies en la matière. De la même manière, il convient de mettre en œuvre une réelle politique d’économie des énergies. Ce qui se passe chez nous est anormal, contrairement aux tendances mondiales, notre efficacité énergétique se dégrade sans cesse, ce qui est grave. Il faut tirer la sonnette d’alarme !
F. H.

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