Chronique du jour : DECODAGES
RÉFORMES ÉCONOMIQUES :
Brusque retour en arrière ?
Par Abdelmadjid Bouzidi
abdelmadjidbouzidi@yahoo.fr


Serait-on en train d’assister, chez nous, à un retour au modèle économique des années 1970 fait d’omniprésence de l’Etat investisseur, régulateur et protecteur ? Les journées parlementaires qui se sont tenues les 17 et 18 janvier 2009, à l’intitulé d’ailleurs bien évocateur : «Le rôle des Etats et leur intervention dans les économies nationales», semblent en effet avoir sonné le glas des réformes économiques maintes fois reportées et dessiner un nouveau cours de la doctrine économique des gouvernants algériens.
Entre l’Etat et le marché, entre la régulation directe et la régulation indirecte, entre l’ouverture et le protectionnisme, aussi bien les députés qui sont intervenus (dans leur grande majorité des députés FLN) que le ministre de l’Industrie, M. Temmar, semblent pencher nettement pour plus d’Etat, plus de régulation directe, plus de protection de l’économie. Le ministre de l’Industrie a clairement déclaré dans son speech de clôture : «Dans les économies en transition comme la nôtre, l’Etat doit intervenir, doit réguler, doit investir. Le marché certes oui, mais il a des ratés...» Et aussi : «Notre pays a une riche histoire industrielle, courte, mais dense, faite d’Etat, d’entreprises publiques, qu’il ne faut pas perdre, qu’il faut réhabiliter.» Notons ici combien le discours de M. Temmar a changé. Finies les déclarations du type : «Les entreprises industrielles publiques, c’est de la quincaillerie », ou encore : «Les restructurations financières à répétition des entreprises publiques sont un fardeau que le Trésor ne peut plus supporter» ou encore «toutes les entreprises publiques sont éligibles à la privatisation... ». Pour M. Temmar, en Algérie, le bonheur n’est plus dans le marché, mais plutôt dans l’Etat. Renouer avec notre ambition industrielle ne passe pas par les entrepreneurs privées qui ne sont pas encore des capitaines d’industrie mais bien par les «joyaux de la famille», ces grandes entreprises publiques industrielles que «nous avons difficilement construites». Le secteur privé n’est pas mis aux oubliettes, précise le ministre, mais il ne peut pas jouer le rôle moteur dans la nouvelle stratégie industrielle. Et nous voilà ainsi revenus la berge de départ. Et nous réentendons le discours que Belaïd Abdeslam tenait au début des années 1970. Cette «nouvelle orientation économique (nouvelle par rapport à celle de la première mandature de Bouteflika) semble être partie du siège du FLN. Elle est en tout cas bien reprise par les députés de ce parti qui font écho aux récents discours du secrétaire général Belkhadem. Mais, il faut bien observer que même le Premier ministre, secrétaire général du RND, est sur la même longueur d’onde. Ses récentes circulaires, adressées aux SGP et aux entreprises publiques, la première relative aux nouvelles modalités d’agrément des investissements directs étrangers, la seconde concernant la régulation des importations, confirment ce retour de l’Etat et des entreprises publiques. S'agissant des IDE, le Premier ministre enjoint aux opérateurs publics de respecter dorénavant la règle des 51 % (au minium que doit détenir l’Algérie dans tout investissement direct étranger», nous disons l’Algérie, car ces 51 % peuvent être détenus par une association publique, privée mais algérienne. Lorsqu’on connaît déjà la mauvaise attractivité du site Algérie... bonjour les dégâts ! S’agissant des importations, les contrats d’approvisionnement passés par les entreprises publiques ou les administrations de l’Etat doivent privilégier les fournisseurs nationaux, même si leurs prix sont supérieurs à ceux de concurrents étrangers, et ce dans une fourchette de 15 %. C’est le principe de la «préférence nationale», mais dans le même temps, nous sommes en association de libre-échange avec l’UE et bientôt avec la zone arabe ?! Les réformes économiques, qui devaient assurer une mutation systémique et laisser une large place au marché et aux contraintes d'efficacité qu’il impose aux entreprises, semblent avoir fait long feu. Pourtant, il faut bien voir qu’autre chose est d’encadrer et de contrôler les mécanismes de marché et autre chose est de les «zaper» pour leur substituer l’Etat et son volontarisme. Autre chose est de décider de construire solidement les règles du marché et de les faire respecter et autre chose est de croire qu’il ne peut pas y avoir de marché structuré en Algérie. Est-ce la relative aisance financière qui réveille les vieux démons d’un Etat démiurge, redistributeur, producteur, investisseur et qui fait oublier les déboires dans lesquels se débat encore jusqu’à aujourd'hui notre économie et dont le moindre n’est pas celui d’avoir raté la construction de l’après-pétrole et la mise sur pied d’une économie de production performante, compétitive et conquérante de marchés extérieurs ? Le pétrole agit bien chez nous comme un soporifique puissant qui nous empêche de tirer avec lucidité les leçons de nos propres échecs. Ce n’est pas en cassant le thermomètre qu’on fait baisser la fièvre et ce n’est pas en recourant à la facilité de l’évitement de réformes profondes de notre économie qu’on va renouer avec une croissance durable et robuste. La théorie économique, les expériences concrètes ont établi définitivement que l’Etat ne sait pas faire mieux que le marché dans l’efficience et l’efficacité de l’utilisation des ressources. Nous sommes en économie ouverte, donc contraints à la compétition sur des marchés mondiaux de plus en plus difficiles d’accès. Dès lors, autant de marché que possible et autant d’Etat que nécessaire. Et ce n’est pas le volontarisme étatique seul qui nous sortira d’affaires. Et le pétrole, qui donne pour l’instant un semblant de légitimité aux gouvernants, en leur permettant de financer la redistribution, révélera en s'épuisant, si on n’y prend pas garde dès maintenant, que nous aurons totalement raté notre insertion dans la bataille économique mondiale. Dès aujourd'hui, il faut considérer qu’est engagée pour nous une course contre la montre et il faut cesser de reporter constamment les nécessaires réformes qui attendent notre économie.
A. B.

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