Chronique du jour : CHRONIQUE D’UN TERRIEN
Si j’étais président (5 et fin)
Par Maâmar FARAH
farahmaamar@yahoo.fr


En faisant du travail une vertu cardinale, le système que je défends installera les bases d’une relance économique véritable qui ne laissera plus de place aux milieux trabendistes et à leur économie informelle qui handicape le pays et menace sérieusement son avenir. L’ère des privatisations tous azimuts et de la déréglementation est révolue. La grave crise du capitalisme, qui installe partout récession et chômage, a amené les gouvernements les plus conservateurs à revenir aux nationalisations et aux aides publiques pour tirer l’économie du gouffre où elle se trouve.
Et si cela s’avère désormais indispensable pour des pays démocratiques qui ont une grande expérience dans l’économie de marché, que dire alors des nations du tiers-monde qui sortent d’une longue période de planification et de dirigisme ? On a vu, chez nous, un secteur informel parasitaire et exploiteur s’installer rapidement là où l’Etat cède du terrain. Cependant, les choix économiques ne sauraient être du ressort du président de la République dans le cadre institutionnel nouveau que je propose. C’est au gouvernement élu, représentant un parti ou une coalition de partis, d’en décider. Evidemment, comme moimême je proviens d’un mouvement politique bien précis, je serais très heureux d’appuyer les choix de mon parti s’il était vainqueur aux législatives, évitant par là, en cas de cohabitation, de rester impuissant face à ce que je considérerai comme une politique non fructueuse pour mon peuple. Par ailleurs, s’agissant justement de l’organisation de l’Etat, je proposerai par voie référendaire une profonde réforme du cadre institutionnel qui donnera aux régions un pouvoir à même de leur permettre de se hisser au rang d’entités viables économiquement et assurant à leurs populations essor et prospérité. Cette régionalisation donnera aux grandes zones géographiques, découpées selon des critères culturels et une vision complémentaire de leurs potentialités économiques, les moyens d’assurer leur propre développement en comptant essentiellement sur leurs richesses naturelles et le génie de leurs populations. L’Etat central continuera à assurer pleinement son rôle dans les domaines de souveraineté et dans la planification et la régulation afin que les intérêts nationaux l’emportent sur les visions étriquées et que la distribution du produit national se fasse d’une manière équitable. Ces régions seront administrées par de véritables gouvernements locaux issus d’élections régionales libres. Ces administrations, composées de ministres locaux aux pouvoirs étendus, seront contrôlées par des assemblées populaires régionales qui auront les mêmes missions que l’APN, mais dans les domaines qui intéressent la vie économique, sociale et culturelle des régions concernées. De véritables capitales régionales seront créées avec leurs plans d’urbanisme inspirés de l’architecture moderne, leurs grands édifices publics, leurs parcs, leurs avenues très larges, leurs théâtres, leurs salles de concert, leurs académies, leurs musées, leurs métros, leurs gares et leurs aéroports. Il fera bon vivre dans ces métropoles régionales modernes, ouvertes sur le progrès et rivalisant dans l’art de l’aménagement urbain et de la créativité culturelle et scientifique. Chaque capitale sera dotée de grands centres de loisir afin que la jeunesse puisse s’adonner à la pratique saine des sports et aux activités artistiques et scientifiques leur permettant de cultiver à la fois le corps et l’esprit. Des parcs d’attractions offrant les équipements les plus divers ainsi que des jardins zoologiques compléteront ces installations gérées par les gouvernements locaux et accessibles à des tarifs symboliques. Chaque région aura une large autonomie sur le plan de l’éducation, avec, cependant, un tronc commun qui devra symboliser l’unité de la nation et sa pérennité, et comporter des programmes communs dans les matières essentielles afin de mener les élèves de tout le pays à un examen du baccalauréat unique. Les universités seront spécialisées en fonction des potentialités culturelles et économiques de chaque région et l’échange d’étudiants ainsi que leur libre circulation permettront de fortifier le sentiment d’appartenance à la même nation, au-delà des possibilités qu’ils offrent aux demandeurs d’emploi de trouver du travail partout en Algérie, en fonction de leur spécialisation. Mes ambitions dans le domaine culturel sont immenses. Je doterai les capitales régionales d’académies culturelles de prestige qui permettront à notre pays de former une armada de troupes artistiques dans tous les domaines ; pour l’art et les belles lettres, mon programme n’en est pas moins imposant. Partout, la culture l’emportera sur l’ignorance, la tolérance sur l’obscurantisme et la beauté sur la laideur. Pour le cinéma, dont je suis un grand défenseur, j’ai un ensemble de projets qui permettront au septième art de retrouver son lustre d’antan. Contrairement à mon prédécesseur qui a regretté l’absence totale d’initiatives privées pour l’édification de salles de projection cinématographique, je prendrai le taureau par les cornes en lançant un programme de construction de 1000 cinémas, entièrement financés par l’Etat et dont la gestion sera confiée aux régions, wilayas, municipalités et différentes structures culturelles. Il y en a marre de radoter sur les 400 salles laissées par la colonisation et dont la majorité tombe en ruine. L’Algérie indépendante mérite de disposer d’un parc cinématographique digne de son septième art qui rayonnait, il n’y a pas si longtemps, sur le continent et la Méditerranée. Les grands noms de la réalisation, les acteurs et les techniciens qui se trouvent à l’étranger seront invités à rejoindre l’effort national pour la renaissance du cinéma algérien. Ils devront notamment encadrer les académies de cinéma qui seront créées dans les principales capitales régionales. Quant aux infrastructures, l’Algérie se dotera des plus grands studios d’Afrique qui seront érigés entre Biskra et Bou-Saâda, faisant revivre le rêve insensé du grand cinéaste et visionnaire Mohammed Lakhdar Hamina, qui a offert à notre pays la Palme d’or pour son film Chroniques des années de braise. Toute l’industrie du cinéma y sera concentrée avec la perspective d’attirer les surproductions mondiales qui bénéficieront de décors naturels uniques et d’un ensoleillement bien supérieur à celui d’Hollywood. Nous avons du pétrole certes, mais nous avons aussi des idées et cette industrie rapportera à moyen terme des milliards de dollars à notre pays. Dans le domaine sportif, des championnats régionaux seront organisés et gérés par les gouvernements locaux qui devront créer des sélections régionales fortes dans tous les sports, sélections qui alimenteront les équipes nationales en joueurs qualifiés. Des ensembles sportifs, pourvus de toutes les commodités et d’équipements pour le sport de performance, seront créés dans chaque capitale régionale. L’organisation des jeux continentaux, arabes, méditerranéens et même mondiaux ne sera plus du seul ressort d’Alger. Dès mon installation, je lancerai un vaste programme de sensibilisation et de faisabilité pour qu’Oran organise les prochains Jeux olympiques. Je pèserai de tout le poids de mon poste pour que Blida soit un jour la capitale des Jeux africains. Quant à Béjaïa, je la verrai bien prendre en charge les Jeux méditerranéens. J’ai inscrit Constantine et Annaba pour l’organisation de compétitions aussi prestigieuses que les Jeux arabes ou les championnats mondiaux d’athlétisme. Je rêve d’une Algérie belle et prospère où il fera bon vivre dans des villes où la nature aura son mot à dire pour faire taire les affreuses taches grisâtres imposées par le tout-puissant béton. Je rêve d’un pays où la fraternité ne sera pas un vain mot, où l’amour ne sera plus combattu par les affreux, sales et méchants et où les femmes auront les mêmes droits que les hommes. Je rêve d’une société moderne où les gens se lèveront tôt pour peupler les rues de sourires et d’optimisme, avant d’aller batailler dur sur le front du travail pour faire avancer la grande machine de la production et de la productivité. J’ai fait un rêve, mais je n’ai ni les moyens, ni l’envie de devenir président. Et d’ailleurs, pour tout l’or du monde, je ne quitterai cette petite terrasse qui domine la mer, changeante chaque matin mais toujours somptueuse. Ici, le rêve devient réalité, un rêve à ma mesure, celui d’un homme heureux de vivre dans la plus belle plage du monde et de compter les meilleurs amis. D’ici, le bureau d’El- Mouradia me paraît bien triste. J’ai justement, en face de moi, la belle plage du Belvédère — l’une des rares orientées plein sud — où M. Bouteflika venait en vacances dans les années 1970. Le bungalow des Draïa où il séjournait a totalement changé de physionomie. Mais, je suis sûr que dans la tête de notre président, ce soleil qui m’enivre quotidiennement a dû laisser de magnifiques et émouvantes images…
M. F.

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