mercredi 28 janvier 2009
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Même quand ça ne rime à rien, ça rime toujours !

Par Hakim Laâlam  
Email : laalamh@yahoo.fr

Devinette. Quelle est la première fédération sportive à avoir apporté son soutien au 3e mandat d’Abdekka ? La fédération des…

… échecs !

Faut pas leur faire des peurs pareilles ! Ils étaient stressés. Ils serraient les dents. Ils agitaient frénétiquement les genoux en tics irrépressibles. Ils suaient des mains. Ils avaient la gorge sèche. Mal en point, ça, ils l’étaient. Heureusement qu’ils viennent d’être partiellement délivrés de leur détresse profonde. Par une simple annonce : «Le chef de l’Etat va se déclarer candidat en février, dans l’enceinte de la Coupole du stade du 5-Juillet, à Alger.» Ouf ! Un ouf énorme. Gigantesque. Signalé d’ailleurs par les appareils de mesure du CRAAG et de tous les centres de surveillance sismique du Bassin méditerranéen. Le cercle des mauvais poètes disparus peut enfin souffler et surtout réapparaître au grand jour. Mais il ne sera tout à fait rassuré qu’avec l’annonce officielle. Celle qui sortira de l’auguste orifice buccal présidentiel. Et donc, tous et toutes (eh oui, y a des femmes dans ce cercle-là) vont se pointer en face de leur télé le jour « J » et attendront qu’il le dise enfin. Lui, imperturbable, commencera à dresser son bilan positif. Eux, intérieurement, penseront très fort : «Dis-le ya errab ! Dis-le !» Lui, ménageant ses effets, reviendra en détail sur les phases difficiles que le pays aura traversées et qu’il s’apprête encore à traverser. Eux, la tension à son comble et le cœur battant la chamade articuleront avec leurs lèvres, mais sans pour autant émettre de son, «dis-le ya errab ! Dis-le !» Lui, en véritable joueur d’échecs, un sport qu’il pratique tous les jours depuis au moins dix ans, rappellera l’épopée des glorieux moudjahidine, s’inclinera à la mémoire des victimes du devoir. Eux, l’estomac torturé par les crampes, les doigts fracturés à force d’être craqués, fixeront rageusement sa bouche et psalmodieront : «Dis-le ya errab ! Dis-le !». Lui, plus sadique que jamais, insistera sur le fait qu’il n’est là que «fi sabil el watan». Eux, dans un mouvement de balancier de plus en plus prononcé, le buste allant nerveusement de l’avant à l’arrière, commenceront à murmurer «dis-le, ya errab ! Dis-le! Et il le dira enfin, les laissant pantelants d’épuisement, ruisselants d’efforts de concentration, vidés émotionnellement et chavirants presque, au bord de l’évanouissement. Ça y est, ya errab ! Il l’a dit enfin ! Allez les poètes-maison ! A vos blocs-notes. Astiquez vos vers ! Bandez vos strophes. Laissez gicler l’encre guimauve de vos stylos. Montrez que le cercle des mauvais poètes disparus est de retour. Et démontrez surtout que, même lorsque ça ne rime rien, ça rime toujours. Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.

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