Chronique du jour : CHRONIQUE D’UN TERRIEN
Complainte d’un citoyen qui ne vote jamais
Par Maâmar FARAH
farahmaamar@yahoo.fr


Qu’est-ce que tu fais
Des roses que je t’envoie
Qu’est-ce que tu fais
Des petits mots que tu reçois
Et qui te disent ô combien
Je t’aime mon pays !
Qu’est-ce que tu fais
Des morts qui sont morts pour toi
Des veuves des orphelins
Qu’est-ce que tu fais
Des tourments des révoltes
Des sacrifices des sermons
Qu’est-ce que tu fais
Des ossements trimballés
D’un cimetière à l’autre
D’un oubli à l’autre
Qu’est-ce que tu fais
Des rêves expédiés
Sous le sceau de la banalité
Par des bureaucrates
Qui ne savent plus rêver
Qu’est-ce que tu fais
Dans le lit de l’infidélité
Qui t’a trahi qui t’a ruiné
Qu’est-ce que tu fais
Dans la maison des riches
Toi qui es des nôtres
Qui es d’ici de la terre de la mémoire
Qui coule dans nos artères
Comme la cavalcade des braves
A l’aube des révolutions
Qu’est-ce que tu fais
Des felouques perdues
A la lisière d’un sol interdit
Des cadavres gênants
Dans les morgues d’Italie
Dans les pactes d’amitié
Qu’est-ce que tu fais
Du vol de la mouette
Du regard des parents
Des larmes des enfants
Qu’est-ce que tu fais
Des ouvriers déchus
Des usines fermées
Des ateliers clandestins
Des navires surchargés
De camelote et de filouterie
Qu’est-ce que tu fais
De nos mères de leurs regards
Rivés sur la montagne
Où hurlent les loups
Sous le vol des rapaces
Qu’est-ce que tu fais
Des médailles mutilées
Des dignités assises
Sur les chaises roulantes
Des fiertés soldées
Au rayon du surgelé
Des résistants refoulés
De leurs armes saisies
Des montagnes écroulées
Des forêts décharnées
Des oueds taris
Qu’est-ce que tu fais
De ceux qui sont partis
Pour te fuir sans te haïr
Pour t’aimer sans te sentir
De ceux du Canada et d’Australie
De ceux exilés ici même
Aux portes de leurs châteaux
De ceux qui se chauffent
Sur le feu ardent de la démagogie
De ceux qui tendent leur main
Vers notre indifférence
Oubliés rangés dans les coins de nos rues
Dans les recoins de nos cœurs
Les roses pourpres que je t’envoie
Et les petits mots que tu reçois
Sont trop grands pour l’enveloppe du scrutin
L’urne n’est pas ta raison
Elle n’est pas ta maison
Viens mon pays au pays de la liberté.
M. F.

Nombre de lectures :

Format imprimable  Format imprimable

  Options

Format imprimable  Format imprimable