jeudi 29 janvier 2009
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LETTRE DE MADAME LA COUPOLE DU 5-JUILLET
AUX ALGÉRIENNES ET AUX ALGÉRIENS !

Par Hakim Laâlam  
Email : laalamh@yahoo.fr

Mesdames ! Messieurs !
Désolé de venir ainsi vous importuner avec ma missive.
Mais j’ai voulu m’adresser à vous directement. N’en
pouvant plus du sort qui m’est réservé depuis des
lustres.

Mesdames ! Messieurs !
Beaucoup d’entre vous me connaissent. Au moins par le fait d’être passés devant moi une fois dans votre vie, sur l’axe routier reliant El-Biar au carrefour Chevalley, dans la capitale. Certains d’entre vous ont peut-être eu l’occasion de me pénétrer un jour. D’apparence extérieure, je donne l’air d’une dame sage, bien assise, bien campée, inébranlable. Pourtant ! Combien d’entre vous connaissent mon calvaire ? Ils ne sont pas nombreux, je le crains. Car c’est bien un calvaire que j’endure. Pensée et construite à l’origine pour abriter des manifestations sportives, des joutes athlétiques et juvéniles, ma vocation initiale a été, avec le temps, bafouée, violée. De salle de sports collectifs à rang olympique, je suis devenue, par la force de bandes organisées, salle de spectacles collectifs, d’opéras comiques, de vaudevilles, de sketchs, de mises en scène plus ou moins douteuses et de séances massives d’endoctrinement sectaire. Il fut un temps où je repris tout de même espoir. Des bonnes gens, des personnes sûrement mues d’intentions louables à mon égard — du moins l’ai-je cru un instant — firent connaître à l’opinion la plus large l’étendue du danger qui me minait de l’intérieur. C’est ainsi que la rue apprit que j’étais bourrée d’amiante. Je fus obligeamment désamiantée. Et je me mis à espérer un retour à ma vocation sportive. Mon désappointement fut terrible en constatant que les soins qui m’avaient été prodigués ne le furent en fait que pour protéger la petite santé d’un homme. Un homme qui se fit fort alors d’aller et venir en moi, sans crier gare, en criant gare, le plus souvent d’ailleurs en se targuant du haut de mes tribunes d’être le seul chef de gare. Cet homme-là m’en a fait voir de toutes les couleurs. Imprévisible, dangereusement imprévisible, il m’a fait subir tour à tour ses coups de gueule terribles, ses petits poings serrés tapant mes malheureux pupitres, ses rires sardoniques, ses roulements d’yeux, ses froncements de sourcils, le ballet fou de ses mains fourrageant dans une mèche rebelle, ses tapes rageuses sur mes pauvres micros et ses sourires carnassiers.
Mesdames ! Messieurs !
Plus que tout cela, encore plus insoutenable, il est une chose qu’une dame vénérable comme moi ne peut plus tolérer. C’est à partir de moi, en moi, dans moi que cet homme, toute honte bue, est venu, et va encore venir dans les jours prochains, jurer qu’il va tenir des promesses qu’il n’a jamais tenues jusque-là. Et toutes les dames vous le diront, les jeunes comme les moins jeunes : il n’y a rien de plus méprisable aux yeux d’une femme, fût-elle une Dame-Coupole, qu’un homme qui ne tient jamais ses promesses. Alors, je vous en supplie ! Mettez fin à mon calvaire. Secourez une femme avilie, une salle martyrisée par le mensonge.

Signé : La Coupole du 5-Juillet, ex-enceinte sportive victime du mensonge et devenue, avec le temps, accro au thé qu’elle fume pour rester éveillée à son cauchemar qui continue.
H. L.

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