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Mesdames ! Messieurs !
Désolé de venir ainsi vous importuner avec ma missive.
Mais j’ai voulu m’adresser à vous directement. N’en
pouvant plus du sort qui m’est réservé depuis des
lustres.
Mesdames ! Messieurs !
Beaucoup d’entre vous me connaissent. Au moins par le fait d’être passés devant
moi une fois dans votre vie, sur l’axe routier reliant El-Biar au carrefour
Chevalley, dans la capitale. Certains d’entre vous ont peut-être eu l’occasion
de me pénétrer un jour. D’apparence extérieure, je donne l’air d’une dame sage,
bien assise, bien campée, inébranlable. Pourtant ! Combien d’entre vous
connaissent mon calvaire ? Ils ne sont pas nombreux, je le crains. Car c’est
bien un calvaire que j’endure. Pensée et construite à l’origine pour abriter des
manifestations sportives, des joutes athlétiques et juvéniles, ma vocation
initiale a été, avec le temps, bafouée, violée. De salle de sports collectifs à
rang olympique, je suis devenue, par la force de bandes organisées, salle de
spectacles collectifs, d’opéras comiques, de vaudevilles, de sketchs, de mises
en scène plus ou moins douteuses et de séances massives d’endoctrinement
sectaire. Il fut un temps où je repris tout de même espoir. Des bonnes gens, des
personnes sûrement mues d’intentions louables à mon égard — du moins l’ai-je cru
un instant — firent connaître à l’opinion la plus large l’étendue du danger qui
me minait de l’intérieur. C’est ainsi que la rue apprit que j’étais bourrée
d’amiante. Je fus obligeamment désamiantée. Et je me mis à espérer un retour à
ma vocation sportive. Mon désappointement fut terrible en constatant que les
soins qui m’avaient été prodigués ne le furent en fait que pour protéger la
petite santé d’un homme. Un homme qui se fit fort alors d’aller et venir en moi,
sans crier gare, en criant gare, le plus souvent d’ailleurs en se targuant du
haut de mes tribunes d’être le seul chef de gare. Cet homme-là m’en a fait voir
de toutes les couleurs. Imprévisible, dangereusement imprévisible, il m’a fait
subir tour à tour ses coups de gueule terribles, ses petits poings serrés tapant
mes malheureux pupitres, ses rires sardoniques, ses roulements d’yeux, ses
froncements de sourcils, le ballet fou de ses mains fourrageant dans une mèche
rebelle, ses tapes rageuses sur mes pauvres micros et ses sourires carnassiers.
Mesdames ! Messieurs !
Plus que tout cela, encore plus insoutenable, il est une chose qu’une dame
vénérable comme moi ne peut plus tolérer. C’est à partir de moi, en moi, dans
moi que cet homme, toute honte bue, est venu, et va encore venir dans les jours
prochains, jurer qu’il va tenir des promesses qu’il n’a jamais tenues jusque-là.
Et toutes les dames vous le diront, les jeunes comme les moins jeunes : il n’y a
rien de plus méprisable aux yeux d’une femme, fût-elle une Dame-Coupole, qu’un
homme qui ne tient jamais ses promesses. Alors, je vous en supplie ! Mettez fin
à mon calvaire. Secourez une femme avilie, une salle martyrisée par le mensonge.
Signé : La Coupole du 5-Juillet, ex-enceinte sportive victime du
mensonge et devenue, avec le temps, accro au thé qu’elle fume pour rester
éveillée à son cauchemar qui continue.
H. L.
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