Chronique du jour : DECODAGES
ÉCONOMIE MONDIALE : INCERTITUDE EXCEPTIONNELLEMENT ÉLEVÉE
Par Abdelmadjid Bouzidi
abdelmadjidbouzidi@yahoo.fr


2009 va être pour l’économie mondiale une année plus mauvaise encore que ce que pronostiquaient les différentes institutions mondiales de prévision. Le Fonds monétaire international vient de publier ses nouvelles projections : la croissance de l’économie mondiale devrait tomber à 0,5 % en 2009 «taux le plus faible depuis la Seconde guerre mondiale». Nous savons qu’en novembre 2008, le FMI prévoyait un taux de croissance de l’économie mondiale de 2,25 % pour 2009. L’économie ira donc plus mal encore que ce que l’on craignait. Et aucune région du monde n’est épargnée comme le montre le tableau de projections suivant :
Pays Taux de croissance
2007 2008 2009 2010
Etats-Unis 2 1 -2 1,1
Allemagne 2,5 1,3 -2,5 0,1
France 2,2 0,8 -1,9 0,7
Italie 1,5 -0,6 -2,1 -0,1
Espagne 3,7 1,2 -1,7 -0,1
Grande-Bretagne 3 -0,7 -2,8 0,2
Japon 2,4 -0,3 -2,6 0,6

S’agissant des pays émergents (BRIC) la situation, bien que moins mauvaise, n’en est pas moins en récession :

Pays Taux de croissance
2007 2008 2009 2010
Brésil 5,7 5,8 1,8 3,5
Russie 8,1 6,2 -0,7 1,3
Inde 9,3 7,3 5,1 6,5
Chine 13,0 9,0 6,7 8,0

Les efforts financiers considérables consentis par les Etats développés dans le cadre de politiques monétaires et budgétaires expansionnistes ne produiront des effets de redressement des économies qu’à partir de 2010 et à un rythme progressif. Pour 2009 et une partie de l’année 2010, l’incertitude pèsera de tout son poids tant sur les entreprises que sur les ménages qui vont différer leurs dépenses avec comme conséquences une baisse de la demande de consommation et d’investissement et donc des menaces d’une dépression économique que seule une bonne application des mesures de relance monétaire et budgétaire qui ont été prises un peu partout dans le monde pourra juguler. Le FMI s’attend à ce que la production des pays avancés se contracte de 2 % en 2009. «Ce serait la première contraction annuelle depuis la fin de la Seconde guerre mondiale», souligne l’institution de Bretton Woods. Le commerce mondial, pour sa part, a commencé à s'effondrer dès la fin de l’année 2008. Le tableau qui suit retrace les projections du FMI dans les domaines des importations et des exportations mondiales.

Commerce mondial

Zones géographiques Taux de croissance
2007 2008 2009 2010
Importations Économies avancées 4,5 1,5 -3,1 1,9
Économies émergentes et en développement 14,5 10,4 -2,2 5,8
Exportations Économies avancées 5,9 3,9 -3,7 2,1
Économies émergentes et en développement 9,6 5,6 -0,8 5,4

S’agissant du pétrole, matière première qui nous intéresse particulièrement, le FMI prévoyait en novembre des cours de 68 dollars le baril en 2009 et 78 dollars en 2010. Ses nouvelles prévisions ne sont plus que de 50 dollars le baril en 2009 et 60 dollars en 2010. «Et cette projection risque d'être revue encore à la baisse», prévient le FMI. La seule bonne nouvelle dans ce contexte économique mondial déprimé concerne l'inflation : celle-ci sera faible : de 3,5 % en 2008, le taux d’inflation devrait passer, selon le FMI, à 0,25 % en 2009 et 0,75 % en 2010. Tant mieux pour la facture de nos importations qui ont battu tous les records ces trois dernières années ! Ce qu’il faut surtout souligner, s’agissant de tout exercice de prévision sur l’économie mondiale, c’est cet avertissement du FMI : «L’incertitude qui entoure les perspectives est exceptionnellement élevée.» Alors, lorsqu’on observe la sérénité qu’affichent nos policy makers, on reste pantois : le ministre des Finances répète à satiété que «Nous tiendrons trois années» en ne touchant à aucun volet des plans de relance prévus. Le gouverneur de la Banque d’Algérie, pour sa part, pense que les équilibres pourront être tenus durant deux ans. Pour l’ancien ministre des Finances, Benachenhou : «Ça passe jusqu’en 2015.» (?!) Seule le ministre de l’Energie qui, il est vrai, tient les cordons de la vraie bourse, avertit : «Si les prix du brut continuent leur trend baissier, nous serons obligés de revoir tous nos programmes d'investissements. » Au-delà de cette cacophonie au sein de l’équipe aux affaires, ce qui est le plus inquiétant c’est bien le silence lourd qui pèse sur le pays quant au diagnostic juste à établir rapidement et surtout la stratégie de riposte à mettre en place : aucun débat, aucun échange entre les différentes évaluations possibles et les thérapies à préconiser, aucune appréciation de la situation économique par les différents partis politiques. Silence, on dort ! Pourtant, autres choses sont les impératifs du calendrier politique et autre chose est la veille économique que le pays doit organiser notamment en ce contexte d'incertitude. Quand pourra-t-on prendre conscience enfin chez nous, que l’économie n’est pas soluble dans la politique, qu’elle a ses exigences propres et que la stabilité sociale, et même politique d’ailleurs, en dépendent largement ? Sortir de la litanie de «l'après-pétrole» pour aller à un véritable plan d’action pour édifier une économie de production diversifiée, forte et compétitive ; définir la feuille de route pour les dix années à venir à respecter par tout exécutif quelle que soit sa couleur politique, c’est cela qui fera sortir les Algériens de cette désespérance qui n’arrête pas de les envahir.
A. B.

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