Culture : 8es JOURNÉES THÉÂTRALES D’EXPRESSION AMAZIGH
Business is business


Dédiées à Kateb Yacine et Ali Zamoum, deux amis inséparables liés par l’amour de leur patrie, de sa diversité culturelle et par des idéaux de liberté et de démocratie, les 8es Journées théâtrales d’expression amazighe ont été ouvertes, dimanche 1er février, par le directeur de la culture en présence d’un public plus nombreux qu’on ne l’espérait à l’heure de l’ouverture prévue à 10h et reculée à 11h.
Elle s’est faite avec Business is business adaptée et mise en scène par Fouzia Aït Hadj, actuelle directrice du Théâtre régional Kateb-Yacine de Tizi-Ouzou, toujours en cours de mise à niveau et dont la réouverture est promise dans le courant de cette année par le directeur de la culture. Bien réussie en adaptation et en mise en scène, et très bien jouée par une troupe pleine de vitalité et de promesses, Aïssa, Brahim, leurs campagnes respectives et Mehdi, Business is Business, jouée en hors concours, passe en revue, dans sa trame, quelques aspects de la vie de la jeunesse algérienne plus particulièrement la crise de logement, la promiscuité et la difficile cohabitation de deux conceptions de la vie, une laïque sans être athée, l’autre religieuse pratiquante, placée dans un même espace et même contexte... Autour de ces trois volets essentiels, Fouzia Aït El Hadj nous met en présence de deux jeunes universitaires, ils sont amis malgré leurs origines sociales différentes, et en dépit de leurs conceptions de la vie, ils partagent un vide sanitaire comme gîte et vivent dans l’entente jusqu’à leurs mariages respectifs en catimini, dans l’ignorance mutuelle. L’entrée en scène des deux épouses permet à Fouzia Aït El Hadj de montrer l’acuité de la crise du logement et d’évoquer au passage le chômage sévissant parmi les diplômés de l’université, insistant, particulièrement, sur l’impossibilité de concilier les deux façons de vivre en présence. L’entente, la solidarité et l’entraide de deux amis célibataires, originaires d’un même village, ne résistent plus face aux besoins et aspirations, des couples en présence. La supercherie et la tromperie se dévoilent sous l’action des deux femmes menées en bateau par leurs époux qui tentent de trouver des artifices à leur nouvelle situation imprévue et pour le moins insolite. On est là en plein centre de la pièce où les deux couples cherchent une issue à leur imbroglio sans y parvenir, car si Aïssa le laïque veut un partage équitable, Brahim le religieux essaie d’accaparer le maximum de surface de la cave qui leur sert de logis, une partie pour le séjour de son ménage une autre pour la prière. S’ensuit une altercation à haute voix qui provoque l’intervention d’un cinquième comédien, le propriétaire de la cave, qui s’empêtre dans un arbitrage des plus difficiles tantôt en faveur de l’un tantôt au profit de l’autre. Cette partie de la pièce, la plus comique et hilarante d’entre toutes, fait remonter en surface les origines sociales mettant aux prises les modes de vie des deux couples dont l’incompatibilité est caractérisée par la voracité, la cupidité de Brahim désavoué, y compris par son épouse. Le décor qui meuble la scène, une série de tuyaux d’évacuation des eaux usées de l’immeuble, deux lits de camp, une tente de deux places, des casques, des bottes et autres accessoires, met les spectateurs dans l’ambiance générale qui allait suivre, et joue un très grand rôle dans le fond et dans la forme de la pièce, bien saluée par le public dont la présence constitue un hommage aux hommes et femmes de culture, au mouvement associatif qui comme l’association Amezgoun n’Djerdjer, organisatrice de ces 8es Journées théâtrales d’expression Amazigh, font leur possible pour la réappropriation, la sauvegarde et la renaissance de la culture nationale en général, et de la culture amazighe brimée, en particulier.
B. T.

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