Culture : AU THÉÂTRE KATÉBIEN
Ulac el harga !


Ceux qui ont décrété la mort du théâtre en salle, sous prétexte de nouvelles techniques de communication qui isolent l’individu et individualisent l’accès aux biens culturels, doivent revoir leur copie.
Le théâtre n’est pas mort et ne le sera pas tant qu’il parlera la langue et le langage du peuple, tant qu’il reflétera les préoccupations et les aspirations des pauvres et des plus démunis, tant qu’en un mot il collera à la dure réalité du peuple d’en bas, plus particulièrement à sa partie jeune porteuse de grandes espérances et animée d’une volonté inébranlable de surmonter tous les obstacles qui se dressent sur son chemin vers le changement et le progrès. C’est la conviction que tire le plus commun des spectateurs présents, lundi 2 février, à la 2e journée du Festival du théâtre d’expression amazighe, à la maison de la culture Mouloud- Mammeri de Tizi-Ouzou, où une jeune troupe baptisée Hamid- Bentayeb, d’Iferhounene, donnait une 7e représentation de la pièce intitulée Ulac el harga qui sonne comme un appel au combat sur le terrain à l’intérieur du pays et un avertissement aux gouvernants, auteurs de tous les échecs collectionnés par le pays, de répondre aux revendications légitimes de la jeunesse ou de céder le gouvernail du bateau aux plus compétents et aux plus fidèles aux idéaux de progrès économiques et socioculturels . Il ne faut surtout pas tomber dans le piège du pouvoir en désertant le terrain des luttes. L’avenir et le bonheur de la jeunesse ne sont pas dans la traversée des océans, encore moins dans la démission et le désespoir symbolisés par l’attentisme et le suicide. Il se construit ici dans un combat acharné contre les promoteurs du marasme et de l’échec. La lumière pour la femme n’est pas dans la réclusion et le dévoiement mais dans le dépassement des tabous surannés, dans sa formation et sa participation pleine et entière à la vie sociale nous disent, à juste titre, les auteurs et les comédiens de la pièce. Avec cette pièce qui a fait salle pleine et qui a tenu l’assistance en haleine du début à la fin, on redécouvre la tonalité du théâtre militant ou de combat dit amateur des années 1970 fortement marqué par le style de Kateb Yacine. C’est un spectacle pédagogique décapant qui colle à l’actualité et au patrimoine culturel interpellant vivement les consciences sur les failles de notre présent et les possibilités de gérer, de se comporter et de vivre autrement dans ce pays riche en ressources, en potentialités économiques et humaines, malheureusement détournées et dilapidées par les gouvernants. Chaque tableau de la pièce constitue un programme qui précède et appelle un autre tous appuyés par des chansons appropriées aux thématiques et puisées dans le patrimoine national et régional. Le rôle de la femme dans la société, le chômage, la recherche éperdue de l’emploi, la bureaucratie, la corruption, la répression de la moindre contestation qui constitue l’ossature de cette pièce tragi-comique sont joués avec brio par la troupe mixe Hamid-Bentayeb d’Iferhounene composée de jeunes âgés de 16 à 25 ans mais d’ores et déjà performants sous la direction de Hadj Mohand Mohand Oulkacem, directeur de la maison de jeunes d’Iferhounene, et Houche Abderrahmane, responsable de la troupe. Une pièce qui attire beaucoup de monde surtout parmi la jeunesse qui se retrouve parfaitement dans le contenu et le message qu’elle véhicule tout autant que dans la dérision et la gestuelle des comédiens.
B. T.

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