Culture : AUX ÉTATS-UNIS D’AFRIQUE DE ABDOURAHMAN A. WABERI
Au pays de l’Africola…


La planète perd sa boussole. Les continents sont sens dessus-dessous. Le Nord au Sud. Le Sud au Nord. Le monde est à l’envers. La misère et la pauvreté changent de camp.
La fédération des Etats-Unis d’Afrique domine le monde avec ses richesses, sa matière grise et ses villes titanesques. Des réfugiés jouent leur vie à pile ou face pour y trouver une terre d’accueil, comme Cacoub, un jeune Suisse en situation irrégulière. «… Pauvre comme Job sur son fumier, n’a jamais vu la couleur d’un savon, n’imagine pas la saveur d’un yaourt, ne soupçonne point la douceur d’une salade de fruits». p.13. Une délicieuse fiction dans laquelle l’auteur, sur le ton de la légèreté et de la dérision, met en scène un monde où les rôles sont inversés. Un monde où l’Afrique belle, puissante et riche regarde du haut de son piédestal une Europe pauvre et misérable. «… Ces pauvres diables sont en quête de pain, de lait, de riz ou de farine distribués par les organisations caritatives afghanes, haïtiennes, laotiennes ou sahéliennes. Des petits écoliers français, espagnols, bataves ou luxembourgeois, malmenés par le kwashiorkor, la lèpre, le glaucome et la poliomyélite, ne survivent qu’avec les surplus alimentaires des fermiers vietnamiens, nord-coréens ou éthiopiens depuis que notre monde est monde». p.12. Au cœur de cette fiction se trouve Maya alias Malaïka, abandonnée par sa mère Célestine dès sa naissance en Normandie elle a la chance d’être adoptée par docteur Papa qui l’emmène vivre à Asmara, en Erythrée. A l’âge de 32 ans, Maya part à la recherche de sa mère biologique, «la femme sans visage», inaccessible à ce jour». L’appel du sang est plus fort que tout, mais Maya retrouvera très vite son pays d’adoption. Abdourahman A. Waberi use et abuse de la dérision pour aborder des questions graves. Une manière d’instaurer un dialogue entre le Nord et le Sud, de défier les apparences et de faire un pied de nez aux préjugés. Un hommage aux grandes figures du continent africain est aussi rendu : Kateb Yacine, Frantz Fanon, Myriam Makeba, Oum Kaltoum… L’humour, encore et toujours : «Un quidam avec une casquette élimée vantant les mérites d’Africola, la boisson gazeuse mondialement connue pour ses publicités et sa concurrence féroce contre Papesy…» p.39 ; «… tu t’habillerais d’un blouson en peau de gazelle, d’un jean Ébene…» p.70. Ce roman est peutêtre un miroir qui nous renvoie nos préjugés, nos apriori et ce sentiment de peur de l’autre. Un ouvrage à ne rater sous aucun prétexte !
SabrinaL
Aux Etats-Unis d’Afrique de Abdourahamen A. Waberi, éditions Chihab 2008

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