Monde : LA FRANCE DE SARKOZY VA RÉINTÉGRER L’OTAN
S’assurera-t-elle pour autant le partage de la gouvernance du monde ?


La réintégration de la France dans le commandement intégré de l’Otan (Organisation du traité de l’Atlantique Nord) n’a jamais fait mystère depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy aux affaires. Il l’avait d’ailleurs clairement signifié lors de son premier discours sur la politique étrangère, donc avant même qu’Obama ne soit porté à la présidence des Etats-Unis. Le nouveau président des Etats-Unis donne simplement une opportunité au président français de répondre à tous ceux, et ils sont nombreux, qui ne veulent pas de ce retour, de dire que le monde a changé et que la France n’y perdra pas son indépendance. Aura-t-il, comme il le clame, les coudées franches ? Rien n’est moins sûr et des voix s’élèvent contre «une décision grave» et un «bradage de souveraineté».

De notre bureau de Paris, Khadidja Baba-Ahmed

«L’alliance avec les Etats- Unis et l’Alliance (Atlantique) ne mettent pas en cause l’indépendance de mon pays» et plus loin «la France veut rénover sa relation avec l’Otan… Voilà ce que j’expliquerai aux Français, le moment venu et ce moment approche.» Ce sont là les déclarations prononcées par le chef de l’Etat français samedi dernier à la 45e conférence internationale sur la sécurité, qui s’est déroulée à Munich. Dans quelques semaines (avril prochain) au sommet de l’Otan qui doit se tenir à Strasbourg et qui fêtera son soixantième anniversaire, Nicolas Sarkozy confirmera, très probablement dit-on, la réintégration de la France dans le commandement intégré de l’Otan que la France a quitté en 1966. Certaines informations évoquent même un accord qui aurait été obtenu par Sarkozy de la part des Américains et des Européens et qui consisterait en l’octroi à l’Hexagone de deux postes importants dans le commandement : celui de Norfolk, où se dessinent la politique et la stratégie de l’Otan, et celui de Lisbonne, quartier général de la Force de réaction rapide. Mais d’abord, et pour rappel, qu’est-ce que l’Otan et pourquoi le général de Gaulle a quitté cet organisme en 1966 ? L’Otan, organisme politico-militaire, a été créée en avril 1949, soit après la Seconde Guerre mondiale pour, essentiellement, garantir la sécurité de l’Europe face à l’Union soviétique. A sa création par le traité de Bruxelles, l’Otan comprenait les Etats-Unis, le Canada, la Belgique, la France, le Luxembourg, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, le Danemark, l’Italie, l’Islande, la Norvège et le Portugal. Depuis 2004, l’Otan compte 26 pays dont sept anciens du bloc de l’Est. Paris était le siège de l’organisation, jusqu’à ce que le Général de Gaulle décide, en 1966, de retirer ses forces du commandement intégré de l’Otan. La méfiance du général de Gaulle vis-à-vis de l’Otan exprimée dès 1958 s’est fortement renforcée pour aboutir à un retrait estimant que la France ne pouvait plus accepter un régime de subordination de la France aux Etats-Unis en mettant ses forces sous le seul commandement américain. Le secteur de l’Otan devrait être étendu au monde entier et la direction de l’Alliance devait être exercée par trois pays et pas seulement par les seuls Anglo- Saxons, avait demandé de Gaulle, ce qui fut refusé. Dès lors, le général a retiré de l’Otan la flotte française de Méditerranée ; a interdit le stationnement d’armes atomiques en France, remis sous l’autorité française les moyens de défense aérienne et accéléré le programme nucléaire français (avec notamment les essais sur Reggane). De gaulle a cependant maintenu la participation française au Conseil atlantique et à ses structures autres que militaires. Par ces décisions, de Gaulle faisait recouvrer à la France sa souveraineté, qui a d’ailleurs permis à la France, lorsque Bush a décidé d’envahir l’Irak de ne pas s’engager à ses côtés. C’est sur tout cela que Sarkozy compte revenir, sans surprise d’ailleurs, les Etats-Unis ayant toujours constitué à ses yeux non seulement un allié mais un modèle. Le président français a beau avoir déclaré samedi, afin de faire taire les opposants au retour de la France au sein de l’Otan, que la «France veut rénover sa relation avec l’Otan en étant un allié indépendant, un partenaire libre des Etats-Unis», la réintégration de la France dans le commandement unifié de l’Otan la contraindra à s’engager davantage dans les guerres qu’elle aura décidées. L’arrivée d’Obama au pouvoir ne changera pas grand-chose. Dès samedi d’ailleurs à Munich, le vice-président américain Joe Biden a clairement répondu à la demande du chef de l’Etat français de rénover ses relations avec l’Otan, déclarant : «L’Amérique fera davantage, mais l’Amérique sera plus exigeante à l’égard de ses partenaires. » C’est clairement dit et ce n’est pas le nouveau locataire de la Maison Blanche qui abandonnera ou tout au moins partagera avec Sarkozy la direction du monde et les grandes décisions internationales.
K. B.-A.

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