|
A 13 DA la pièce, l’achat d’une plaquette d’œufs devrait désormais
être assimilé par la loi à du…
… blanchiment d’argent !
Réagissant au carnage provoqué par le double attentat de Tébessa, le ministre
de l’intérieur du système a déclaré : «C’est l’œuvre de terroristes poussés dans
leurs derniers retranchements.» Depuis le temps que j’entends parler de ces
«derniers retranchements», j’ai eu envie de savoir enfin ce que ça voulait dire,
les derniers retranchements. Tout naturellement donc, j’ai ouvert un
dictionnaire. Pour «retranchement », le dico m’a donné cette définition :
«Obstacle naturel ou artificiel organisé pour défendre une position.» Donc, si
je suis le ministre très à l’intérieur du système, les tangos se seraient
réfugiés derrière cet obstacle naturel organisé pour défendre leur position.
Cette définition pose problème ! Parce que là, les frères barbus et armés ne se
défendent pas. Ils attaquent. Hors de «leur retranchement». Bien sûr, j’entends
d’ici mes confrères des rubriques sportives me rappeler que la meilleure
défense, c’est l’attaque. Peut-être. Mais là aussi, cette pirouette sportive ne
règle rien, non plus. Car, si aujourd’hui, après ce qui vient de se passer à
Tébessa, les terroristes sont dans leurs derniers retranchements, avant, ils
étaient où ? Eh ouais ! Lors d’attentats antérieurs, le même ministre avait
affirmé sur un ton identiquement monocorde «c’est le signe que les terroristes
sont dans leurs derniers retranchements». Y a un truc qui cloche. A Tébessa, les
tangos ne pouvaient pas être dans leurs derniers retranchements. Pour la simple
et bonne raison qu’ils y étaient déjà, dans ces derniers retranchements, avant
Tébessa. Il aurait donc été plus logique que le ministre dise, à propos de
crimes commis avant Tébessa : «Nous avons réussi à pousser les terroristes dans
leurs avant-derniers retranchements.» A la réflexion, même cette formule-là ne
règle rien non plus. Imaginons, Rabbi yestâar el moumnin et les autres, qu’un
nouvel attentat soit perpétré dans les jours qui viennent. Donc, après ceux de
Tébessa. Le ministre vachement à l’intérieur du système va-t-il encore pouvoir
dire que les tangos sont poussés dans leurs derniers retranchements ? Evidemment
non ! Puisqu’il ne pouvait déjà pas l’affirmer pour Tébessa ! Elémentaire ! Il
est donc clair qu’on nous cache quelque chose derrière cette histoire pas très
nette des derniers retranchements. Je n’en veux pour preuve que ceci : s’il
s’agit bien de derniers retranchements, la république, forte de ses presque 200
milliards de dollars de réserves de change et de sa résolution ferme à en finir
avec les tangos, aurait dû, ya Errab el karim, localiser depuis un bon moment
ces retranchements, puisque ce sont les «derniers» pour reprendre le
qualificatif du ministre. Pourtant, rien ! Le pays semble maillé de «derniers
retranchements». Et les tangos vont d’un dernier retranchement à un autre
dernier retranchement sans donner l’air que leur heure dernière soit arrivée.
Les statisticiens devraient d’ailleurs se pencher sur ce phénomène. S’ils
travaillent bien, je suis convaincu qu’ils arriveront à la seule conclusion
possible : l’Algérie est le pays qui compte le plus de derniers retranchements
au monde ! Je fume du thé et je reste éveillé dans mon dernier retranchement, le
cauchemar continue.
H. L.
|