Chronique du jour : CHRONIQUE D’UN TERRIEN
Nous n’irons plus chez Sauveur
Par Maâmar FARAH
farahmaamar@yahoo.fr


Nous n’irons plus chez
Sauveur
Nous n’irons plus nulle part
C’est l’heure des tuteurs
Et des faire-part
Que vivent les avis
Les codes les règlements
Tueurs de roses et de vie
Vive l’aveuglement

Triste comme une pâleur
La mer est morte ce matin
Tuée par les censeurs
Au vu de tous les gredins
L’aube brumeuse
La dévêt de ses rivages
Et allonge la dormeuse
Au creux de l’orage
Des guérisseurs insouciants
Pompiers de l’amour
Venus de l’inconscient
La traînent au carrefour
Et tentent de la réveiller
Avec des jets de jour
De leurs corbeilles égayées
Ils larguent des baisers
Sur les joues des vagues
Et des tonnes de tendresse
Dans le vent de la Madrague
La mort est une caresse
Haletant sans bruit
Dans le halo des saisons
Les ombres de la nuit
Disent l’oraison
Un linceul en lambeaux
Tendu sur le phare
Fait le beau
Triste étendard
La virée imaginaire
Fait pleurer la plage
Une lumière funéraire
Traîne dans les parages
Le port est livide
Comme une mouette
Au cœur vide
Mémoire en miettes
Morsures de la nuit
Traquée par le souvenir
Comme un beau gâchis
Qui refuse de mourir
Le soleil lâche son aile
Sur le glabre de la mer
Couverte de dentelle
Et du souffle de naguère
Nostalgie sanguine
Parfums de paradis
La crevette est divine
Comme une maladie
L’amour boude le Sahel
Palm-Beach la fière
N’est plus un label
C’est Palm misère
Nous n’irons plus chez
Sauveur

Nous n’irons plus nulle part
C’est l’heure des tuteurs
Et des faire-part
Que vivent les avis
Les codes les règlements
Tueurs de roses et de vie
Vive l’aveuglement

La gaieté a été arrêtée
Jetée en prison
Comme une saleté
Sans motif ni raison
La joie a été ligotée
Nous n’irons plus danser
Ni courir sur les jetées
Ni voir l’aube valser
Dans les yeux de Yasmina
Peau de velours
Cheveux gomina
Dans la naissance du jour
Le blanc qui te sillonnait
Est un voyage sans retour
De clarté clairsemé
Et le noir aux alentours
La mer est morte amnésique
Salah Soufi où es-tu ?
Ennemi des caciques
Et de tous les têtus
Nos camarades sont usés
D’avoir porté l’arc-en-ciel
Sur le dos des musées
Et des mémoires partielles
Les étreintes sans sève
Traînent dans les rades
Comme un songe, un rêve
Promesses en parade
Nos frimousses embrasées
Trimballées nuit après nuit
Se perdent dans les baisers
Et le verre qui luit
Et le verbe qui crapahute
Siffle et peine
Sur les pentes abruptes
Des soirées sereines
Nous avons rêvé
Sur un bout de papier
Dans une coupe noyée
Par la joie et l’amitié
Nous avons levé l’espoir
Comme un drapeau
Une explosion dans le noir
Un amour qui colle à la peau
Plus de «Sauveur» basta
La crevette aura meilleur goût
Là-bas à Tunis ou Casa
Tant pis pour vous
Mangez des sauterelles
royales
Les touristes qui s’en soucie
Nous avons trop de dollars
Qu’ils aillent en Russie
La Madrague est triste ce
matin
Les vagues déboussolées
s’effritent
Contre la jetée contre un rien
Mon cœur s’irrite
Et se perd dans les dédales
De leur grande nullité
De leur bêtise congénitale
Poussée par un vent dépité
Qui tombe comme un rideau
Comme une sentence
Jouant sur les libidos
Emportées par les errances
Une question me turlupine
Elle surgit de la peur
Elle se pose en épine
Qui après «Sauveur»
Ou encore celle-là
Emportée par la bise
Qui après «Yasmina»
Jusqu’où ira la bêtise
Pourquoi chasser le FIS
Si c’est pour faire pire
Deux cent mille martyrs nos
fils
Au sang sucé par les
vampires
Je l’écris en majuscules
A l’encre couleur de
désespoir
En français et sans virgules
Amère sera votre victoire

Nous n’irons plus chez
Sauveur
Nous n’irons plus nulle part
C’est l’heure des tuteurs
Et des faire-part
Que vivent les avis
Les codes les règlements
Tueurs de roses et de vie
Vive l’aveuglement

Dédié à la mémoire du fils de la glorieuse Sédrata sœur de M’daourouch, le commandant Salah Soufi qui, entre les honneurs du Conseil de la Révolution et sa liberté, a choisi de vivre sa vie… C’était un grand amoureux de la Madrague…
Madaure, 17 février 2009

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