Monde : CE MONDE QUI BOUGE
Hugo Chavez et le pouvoir médiatique
Par Hassane Zerrouky


«La vérité a triomphé du mensonge », a déclaré le président Hugo Chavez après qu’une majorité de ses concitoyens eurent voté en faveur de la révision constitutionnelle lui ouvrant la voie pour un troisième mandat. En effet, le «oui» à cette révision a recueilli 54,36% des suffrages exprimés contre 45,63% de non, et l’opposition a admis sa défaite.
Cette révision constitutionnelle consacre par la même occasion la laïcité de l’Etat. Cela étant, à quoi faisait allusion le chef de l’Etat vénézuélien en parlant de triomphe de la vérité sur le mensonge? Il faut savoir qu’il avait affaire à une forte opposition politique dont son ex-épouse, Marisabel Rodriguez, qui a rejoint l’ex-parti chaviste, Podemos, et qui a fait campagne contre son ex-mari. Ses attaques contre son-ex-époux, les critiques de l’opposition étaient relayées par les puissants médias du pays. Lesquels ne faisaient pas dans la dentelle, n’hésitant pas à diffuser des mensonges (soutien au terrorisme international) à l’endroit d’Hugo Chavez sans être nullement inquiétés. Pour avoir une idée de la puissance de ces médias, il faut savoir que sur les 81 chaînes de télévision du pays, 79 sont privées et majoritairement aux mains de l’opposition. Quatre d’entre elles, RCTV qui diffuse par le cable et par satellite, Globovision, Televen et Venevision, contrôlent pratiquement l’espace médiatique. De ce fait, le «non» à la révision constitutionnelle a disposé de plus d’espace médiatique. Il faut savoir aussi que RCTV, surtout RCTV, ainsi que Televen, Globovision et Venevision, avaient soutenu le putsch militaire du 11 avril 2002 contre Hugo Chavez, putsch qui a échoué grâce à l‘intervention populaire. Mieux, le patron de RCTV, Marcel Garnier, qui possède en plus 40 chaînes de télévision locales, et qui avait ouvertement soutenu le coup d’Etat, n’a pas été emprisonné : il est resté libre. Mieux, il a poursuivi son activité après le coup d’Etat raté. Or, dans n’importe quel pays démocratique, il aurait été poursuivi en justice et condamné. Poursuivons: sur les 709 radios du pays, 706 sont privées et majoritairement aux mains des opposants à Chavez. Enfin, tous les journaux sont privés et les grands titres de la presse du pays El Universal (140 000 exemplaires) et El Nacional (175 000 exemplaires), lesquels avaient également soutenu le coup d’Etat d’avril 2002 (sans être poursuivis), ainsi que la majorité des titres privés ont tiré à boulets rouges contre le leader vénézuélien. Face à cette armada médiatique, les médias pro-Chavez dont TeleSur, lancée en juillet 2005, avaient fort à faire. Dès lors, qualifier comme l’a fait Leopoldo Lopez, l’un des responsables du parti «Un nouveau temps» (principale force d’opposition) que la victoire du «oui» contre le «non» était celle de «Goliath contre David», est quelque peu risible. De ce fait, Hugo Chavez, qui avait vu son projet de révision rejeté en décembre 2007, a su cette fois-ci convaincre une majorité de ses concitoyens, afin de poursuivre sa mission au terme d’un mandat expirant en 2013, sur la base d’un bilan positif en termes de santé, d’éducation, de lutte contre le chômage et la pauvreté et, partant, d’une meilleure répartition du revenu national. Il veut poursuivre cette mission par les seuls moyens démocratiques, sans censure et sans limitation des libertés. Quant à ceux en Algérie qui osent des comparaisons hasardeuses avec le Venezuela, il faut rappeler simplement que chez nous les grands médias - TV et radios - sont aux mains du pouvoir, que l’opposition n’y a pas accès et qu’elle ne dispose ni du même espace d’expression, ni de puissants relais médiatiques comme c’est le cas de l’opposition vénézuélienne.
H. Z.

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