Chronique du jour : LETTRE DE PROVINCE
Pédagogue ou commissaire politique ?
Par Boubakeur Hamidechi
hamidechiboubakeur@yahoo.fr


Au moment où l’inamovible ministre de l’école fait la tournée des popotes pour parler politique, en vue de la prochaine reconduction présidentielle, les potaches, eux, sèchent les cours et occupent la rue. A l’instant même où ce prétendu pédagogue de la République se mue en «endoctrineur» du régime et pérore sur les vertus du civisme électoral devant un parterre de boutonneux désorientés, la colère des enseignants enfle.
Chaperonné par le premier flic du pouvoir et parlant sous son contrôle, il s’embrouille dans son sermon et commet de malheureux amalgames, au point de «vendre» le succès aux examens en échange de l’embrigadement politicien. Allant jusqu'à renier ses directives et apporter des démentis à ses propres circulaires ! Jusqu’à garantir l’accès à la «peau d’âne», qu’est le baccalauréat, à toutes et tous à l’occasion de cette saison électorale. Sous sa conduite, l’école algérienne ne cesse de se dévaluer. Elle est devenue, par la force des improvisations et des considérations politicardes, la première fabrique de faux diplômés du secondaire, dont plus de la moitié n’ira pas jusqu’au bout de ses études supérieures. Car, sous le label de la réforme, il n’a, dix ans durant, rien fait d’autre que de recycler des programmes à peine toilettés et souvent en mal. Il a multiplié les manuels et les matières, au point de rendre confuse l’évaluation qu’il corrigera par le détestable recours à la fixation préalable du taux de «réussite». Un gâchis. Une montagne de gaspillages de talents et de potentialités. Il n’y a pas d’autres formules pour qualifier l’école actuelle. Celle qui craint toujours de se remettre en cause. Pourtant, cela fait des lustres que les diagnostics appellent à sa refondation. Une conviction largement partagée aussi bien par les praticiens de l’enseignement que dans les milieux associatifs et qui est sciemment escamotée au nom d’on ne sait quel principe de précaution. C'est-à-dire une prudence plutôt idéologique que pédagogique. De conférences en «états généraux» et promesses électorales (en 1999 et 2004, la réforme était inscrite dans le programme de Bouteflika) à la création de factices commissions, sa refondation a toujours été indexée aux malsains calculs politiques. Unanimement, la communauté nationale dans toute sa diversité, relais associatifs et chapelles politiques confondus, n’a eu de cesse d’appeler à une nouvelle mise en équation des programmes scolaires et des outils pédagogiques. En vain. Le saupoudrage fut la seule réponse qu’on lui réserve tout ce temps-là. Aussi, faut-il s’attendre à ce que le mois de juin 2009 (période des examens) ressemble aux précédents, autant par l’inflation des messages d’autosatisfaction que par l’inertie, devenue une modalité de gestion. Or, le pire, à travers cette propension à arranger les statistiques, est de faire accroire que notre école change en mieux. C’est une dangereuse hypothèque que non seulement, on cache, mais pire, qu’on manipule pour gagner en sympathie politicienne. Autant dire qu’elle va finir par envoyer des générations entières au rebut de l’illettrisme. Bien plus qu’une concession de la part du pouvoir aux lobbies hostiles à la réorientation du discours pédagogique et au changement des outils de l’enseignement, c’est déjà un crime que de se contenter de réaménagements secondaires. Quand tous les spécialistes s’accordent sur l’urgence d’une rupture avec un système ravageur et insistent, de surcroît, sur la menace qui pèse en aval sur la qualité de nos universités, que répond le centre de décision ? Rien, sinon en mettant sous le coude les rapports alarmants, puis en battant le rappel des anciens promoteurs d’une école formatée par les nuisances doctrinales du régime. L’on aura, par conséquent, compris pourquoi le pouvoir actuel tergiverse sur ce dossier et quel dividende il s’efforce de tirer par le biais du matraquage patriotard (levée quotidienne du drapeau et chant de l’hymne national) et l’odieux embrigadement des lycées au profit exclusif d’un homme politique. Une dérive grave qui ressemble aux pratiques de l’islamisme politique. Mais alors, que faire face à ce conditionnement et ces marchandages qui sont en train de détruire le sanctuaire du savoir et de la citoyenneté ? C’est la question que se posent avec inquiétude les parents et les associations. Ceux-là seraient peut-être les seuls à ne pas renoncer à défendre la cause d’une école performante et soustraite à l’endoctrinement. Otage d’apprentis sorciers politiques, l’école algérienne capitule d’année en année. En attendant que surgisse dans ce pays un Jules Ferry nourri des véritables valeurs de la citoyenneté, nos instits et nos profs continueront à se battre dans l’indifférence mortelle d’une société profondément blessée jusqu’au mutisme. Tant il est vrai que rien ne lui a été épargné, jusqu’au «squat» des établissements scolaires afin d’en faire des annexes de la grande chapelle du pouvoir ! Une hérésie dont ne se relèvera pas de sitôt notre système éducatif.
B. H.

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