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A quand la rebaptisation d’un lycée au nom du…
… bachagha Boualem ?
Je savais le désespoir des jeunes de mon pays immense, mais là ! Jusqu’ici,
il y avait la moyenne d’âge des suicidés qui rajeunissait à une vitesse
vertigineuse. Il y avait aussi le flot incessant et croissant des barques fuyant
le pays avec, à leur bord, les harraga. Il y avait aussi ces murs noirs des
traces de dos de jeunes adossés dessus à longueur de journée, d’ennui et de
délaissement. Il y avait aussi les ravages de la drogue, dealée jusqu’à l’entrée
des écoles… primaires. Et bien, aujourd’hui, ce désespoir déjà chronique de la
jeunesse algérienne vient de prendre une dimension encore plus dramatique.
Jugez-en : l’autre jour, lors d’un meeting préélectoral d’Abdekka dans la ville
de Blida, des filles, de jeunes filles ont crié «Bouteflika zaoudjouna !»
Bouteflika notre mari, notre époux. Ya sahbi ! Vous imaginez le choc des parents
de ces jeunes filles lorsqu’ils ont entendu leur progéniture annoncer devant des
centaines de personnes, donc de témoins, qu’elles étaient toutes mariées avec
Boutef’ ? Moi qui suis aussi papa, je sais que je serai scié en deux, voire en
quatre si, en regardant la télévision paisiblement, les jambes mollement
allongées sur un sofa, j’entendais et voyais ma fille révéler en direct-live sur
le petit écran qu’elle était, elle et plein de copines à elle, mariées au Raïs.
Je me poserai des questions légitimes. Et c’est mon droit de père ! Comment
ai-je fait pour ne pas avoir découvert que ma fille était mariée. Et pas à
n’importe qui. Où avais-je donc la tête pour être le dernier à apprendre que
j’avais Abdekka pour gendre ? Illico presto, j’aurais conduit ma fifille devant
un psychologue. Parce que c’est la seule démarche à adopter dans ce cas-là. Je
la conseille, d’ailleurs, vivement aux parents de toutes ces malheureuses qui
ont, dans un coming out parfaitement synchro, annoncé à l’Algérie ébahie
qu’elles étaient les épouses du président candidat. Mais en même temps, ne leur
en voulez pas trop non plus, ne les punissez pas trop sévèrement et ne leur en
gardez pas rigueur éternellement. Elles ne savent pas ! Je fume du thé et je
reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
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