|
Ecole algérienne. Nouvelle réforme de Benbouzid. Dès la rentrée
prochaine, en plus du tablier, le port du…
… gilet pare-balles sera obligatoire !
Si ! Si ! J’en suis sûr ! Aucun doute là-dessus. J’en mettrais ma main au
feu, et le bras avec, tellement j’en suis sûr. Lorsque mes parents se sont
penchés sur mon berceau, à ma naissance, ils évoquaient déjà son nom. Ali. Ali
Zeghdoud. Impossible de me tromper. A cet âge-là, quelques heures à peine, la
mémoire est quasiment vierge, pas encombrée, et donc, elle retient facilement ce
genre de détails. Et je sais que c’est ce nom que mes géniteurs ont prononcé.
Ils l’évoquaient déjà à propos d’une élection. C’était à l’époque de la
télévision en noir et blanc, des Renault 16 du parti et des gros malabars à
lunettes noires qui vous embarquaient dans les cafés parce que vous teniez votre
tasse de manière antirévolutionnaire. Lorsque à notre tour, mon épouse et moi,
nous nous sommes penchés sur les berceaux de nos enfants, à leur naissance, nous
parlions nous aussi de lui. Ali. Ali Zeghdoud. Ali Zeghdoud est aux élections
algériennes ce qu’est la RSTA aux encombrements dans Alger. Un élément
constitutif, central, capital, incontournable. Je n’ose imaginer un scrutin sans
Allilou dialna. Ça serait comme un appariteur sans son air renfrogné. Certains
de ses collègues candidats ont eu des absences. Bouacha n’a pas fait tous les
rendez-vous électoraux. Touati aussi en a raté quelques-uns. Ali. Ali Zeghdoud,
lui, n’en a jamais manqué. Le reste du temps, hors élections, personne ne sait
vraiment où se terre Ali Zeghdoud. D’ailleurs, est-ce vraiment important de
savoir où vit et où respire Allilou dialna lorsqu’il n’y a aucune urne à bourrer
? Non, bien sûr. Ce qui importe, c’est de se rassurer en apprenant que Ali, Ali
Zeghdoud a bien déposé à temps son dossier de candidature au Conseil
constitutionnel, avant minuit, la montre de Abdekka et le cachet des services
faisant foi. La seule présence de Ali, Ali Zeghdoud dans une présidentielle vaut
celles réunies de tous les observateurs internationaux de la planète, vaut
toutes les commissions nationales de surveillance des élections et vaut le
regard myope de tous les scrutateurs du dépouillement des bulletins. C’est comme
qui dirait un gage. Un gage de continuité, de fidélité et d’abnégation du
système à faire de ce rendez-vous électoral le frère jumeau des précédents. Ali,
Ali Zeghdoud devrait être remboursé par la sécurité sociale. Car le simple fait
d’entendre son nom vous détend, vous réconcilie avec votre lit un jeudi
d’élections. Vive Allilou dialna ! Je fume du thé et je reste éveillé, le
cauchemar continue.
H. L.
|