Monde : FRANCE-CUBA : JACK LANG EN ÉMISSAIRE
Avec la bénédiction du PS


La politique d’ouverture sur les hommes de gauche du chef de l’Etat français n’a décidément pas de limite.

De notre bureau de Paris, Khadidja Baba-Ahmed

Jack Lang, ancien ministre et député socialiste du Pas-de-Calais, est le dernier en date que Nicolas Sarkozy a sollicité pour une mission de bons offices avec Cuba. Il faut dire que le chef de l’Etat français n’a pas eu beaucoup à faire pour convaincre le nouvel émissaire. D’abord parce que l’émissaire lui-même évoquait déjà en décembre dernier qu’il ne rechignerait pas et qu’il ferait volontiers une mission exploratoire à Cuba : «Si j’y vais et si le président pense utile que je contribue à réchauffer les rapports entre Cuba et la France, s’il advient qu’on me le demande, je n’ai aucune raison de refuser.» Effectivement, il n’a pas refusé et a peut-être même suggéré ce déplacement de six jours qui a pris fin jeudi et dont l’objectif, dit-il, est «de tourner la page», transmettre un message à Nicolas Sarkozy et renouer les relations avec La Havane. A son retour d’une mission qui lui a permis de rencontrer de nombreux responsables dont le président Raul Castro, l’émissaire socialiste est retourné dans l’Hexagone avec une invitation pour une visite dans l’île que le président cubain a adressée à son homologue français. Depuis la révolution cubaine de 1959, aucun chef d’Etat français n’a effectué de visite officielle dans l’île. Mais il n’y a pas que la France qui boycottait Cuba. L’Union européenne, qui a suspendu depuis 2005 les sanctions — consistant à limiter les visites bilatérales pour protester contre la violation des droits de l’Homme — ne les a levées définitivement qu’en juin dernier et ses membres ont décidé alors en octobre 2008, sous présidence française, de reprendre leur coopération et leur dialogue avec Cuba. Dès la désignation de Jack Lang pour cette mission, beaucoup ont crié à une traîtrise de plus de certains socialistes qui ont rallié la droite. Face aux interrogations sur cette mission particulière, l’intéressé lui-même a déclaré à l’AFP, depuis Cuba : “Je suis en pleine harmonie avec moi-même, avec mon parti, ses grandes traditions et avec la politique internationale du président de la République française.» Même si aucune nuance et aucune condition n’a été apportée par Lang au soutien de Sarkozy à sa politique internationale, la première secrétaire du PS n’a pas été à contre-courant de cette déclaration et a réfuté le qualificatif de «traître» accolé au nouvel émissaire socialiste. «On utilise les talents, les contacts de Jack Lang pour que la France soit présente au moment où les Etats-Unis veulent sans doute reprendre contact à Cuba», a encore déclaré Martine Aubry. En direction de ceux qui pourraient penser qu’il a retourné sa veste comme d’autres au PS (Bernard Kouchner ; Eric Besson…) Lang a tenté d’expliquer qu’il n’est absolument pas question pour lui d’entrer dans le gouvernement de Sarkozy et «qu’il n’était pas prêt à renoncer à se battre sur les questions d’éducation et sur la politique sociale du gouvernement». Pourra-t-il, sur la durée, tenir ses engagements et refuser de céder aux sirènes de l’ouverture à gauche de Sarkozy.
K. B.-A.

Nombre de lectures :

Format imprimable  Format imprimable

  Options

Format imprimable  Format imprimable