Chronique du jour : DECODAGES
Les économies maghrébines face à la crise économique mondiale
Par Abdelmadjid Bouzidi
abdelmadjidbouzidi@yahoo.fr


A l’instar des autres économies mondiales, les économies maghrébines subissent les effets de la crise chacune selon son «modèle» économique : l’Algérie et la Libye, dont les recettes d’exportation proviennent à 97,8% et 96,9 % respectivement des hydrocarbures souffrent de l’effondrement du prix du baril sur le marché mondial ; la Tunisie et le Maroc, dont les recettes proviennent de leurs exportations de produits d’industries manufacturières, voient leurs économies frappées par le rétrécissement des marchés d’exportation.

Ainsi, les prix du pétrole, qui se sont effondrés sur le marché mondial et les marchés extérieurs sur lesquels exportent la Tunisie et le Maroc qui se sont considérablement rétrécis, sont les points d’impact de la récession mondiale sur cette région du monde. 2009 et 2010 seront donc des années difficiles pour les économies maghrébines frappées déjà par des taux de chômage, notamment des jeunes, très lourds à gérer.
Quelques données chiffrées
Les cinq pays du Maghreb affichent les indicateurs économiques et sociaux suivants :

TABLEAU N° 1

  PNB réel PNB/Hbt
Algérie
Maroc
Tunisie
Libye
Mauritanie
122,5
69,4
32,8
55,5
2,6
36.20
2.250
3.200
9.010
840

 

  Inflation Espérance de vie
Algérie
Maroc
Tunisie
Libye
Mauritanie
4,3
3,9
5,1
12
12,5
72
70
74
73
60

(Le PNB est exprimé en milliards de dollars)

S’agissant des performances de croissance économique, la moyenne des deux années 2007 et 2008 est la suivante pour chacune des économies :

TABLEAU N° 2

Taux de croissance 2007/2008
Algérie
Maroc
Tunisie
Libye
Mauritanie
3,1%
4,2%
6,3%
6,8%
1,9%

• En Algérie : la croissance est tirée principalement par les secteurs BTP et services. Les importants programmes d’investissements publics (infrastructures et équipements) font l’essentiel de la croissance dans un contexte où l’industrie perd régulièrement chaque année au moins un point de croissance et l’agriculture stagne.
• Au Maroc :
la croissance est toujours erratique et dépend des facteurs climatiques qui déterminent les performances de l’agriculture- «gouverner c’est pleuvoir ». 2,3% de taux de croissance en 2007, 6,2% en 2008. Les pouvoirs publics marocains ont décidé de stimuler le marché intérieur pour contrebalancer les effets de la crise économique mondiale. Ils ont décidé une hausse des salaires et un plan de relance basé sur les travaux d'infrastructures et notamment le rail. Les secteurs manufacturiers subissent de plein fouet les effets de la récession mondiale : le secteur automobile en crise impacte négativement les activités industrielles d’équipementiers qui se sont développées récemment au Maroc. L’industrie textile, pour sa part souffre de la disparition (momentanée ?) de ses débouchés (européens, notamment) traditionnels.
• En Tunisie : la croissance reste tirée par les exportations. Les performances atteintes en 2008 sont tout à fait probantes : les exportations de la branche «industries mécaniques» ont augmenté de +78,9 % en 2008 par rapport à 2007, celles des industries électriques de +18,4 %. Les activités des branches informatique et électronique ont crû de +23,4 % entre 2007 et 2008.
On voit bien que l’industrie joue un rôle déterminant dans les performances de croissance de l’économie tunisienne. Ce secteur est tourné vers les exportations elles-mêmes centrées principalement sur la sous-traitance. Il faut noter aussi que le tourisme reste un secteur-clé de l’économie tunisienne.
• La Libye a réalisé un taux de croissance économique de 6,8%. Ici comme on peut l’imaginer, le secteurclé est celui des hydrocarbures. En 2008, les recettes d’exportation d’hydrocarbures ont atteint 37 milliards d’euros (il faut rappeler que la population libyenne est de 6,8 millions d’habitants). Kheddafi a décidé en 2008 une distribution directe des richesses en donnant des revenus aux citoyens, en quelque sorte leur part de rente pétrolière. 3 milliards d’euros ont ainsi été distribués directement aux citoyens sous forme de revenus. Il faut aussi rappeler que la Libye dispose d’un fonds souverain «Lybian Investment Authority» (LIA) de 55,2 milliards de dollars.
• En Mauritanie : la croissance a été (2007/2008) de 1,9%. La pêche, les mines de fer et un peu de pétrole constituent l’essentiel des activités économiques de la Mauritanie. La conjoncture économique actuelle du pays est surtout marquée par le coup d’Etat militaire du 6 août 2008 qui a compliqué la situation. Le taux de chômage déclaré est de 32,5 %. La malnutrition touche plus d’un million de personnes (sur une population totale de 3,2 millions d’habitants). La Mauritanie importe les trois quarts de son alimentation. On peut relever, une nouvelle fois, que les économies maghrébines restent des économies bien vulnérables et extrêmement sensibles aux évolutions de l’économie mondiale. La construction du Maghreb économique pourrait diminuer cette sensibilité. Mais pourrait-elle seulement avoir lieu ?
A. B.

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