Culture : NADIA BENYOUCEF ET NARDJESS EN CONCERT À CHLEF
En hommage au combat de la femme


La salle des fêtes de Boukadir, commune située à quelques encablures de Chlef, a été le théâtre d'un évènement culturel d'une grande intensité. C’est Nadia Benyoucef qui en est à l'origine.
En effet, les habitants de Chlef ont été choyés, tant la prestation de cette star a été à la hauteur de la réputation qui l'a précédée. Les autorités conscientes de l'importance de cette journée n'ont négligé aucun détail concernant l'accueil et n'ont ménagé aucun effort pour assurer un service d'ordre irréprochable. Ce sont le directeur de la culture et le P/APC de la commune qui ont accueilli Nadia Benyoucef, au milieu d'une haie d'honneur formée par des jeunes filles de la chorale polyphonique locale. Ces dernières arboraient un chemisier blanc avec une fleur rouge et un pantalon vert. La salle bondée de femmes accueille Nadia Benyoucef avec une standing ovation. L’émotion est à son comble quand fusent de l'assistance «Vive la femme» ; «Longue vie à Nadia, nous t'aimons si fort». Pendant que la troupe est dans la loge, la chorale entonne kassaman.On sent que la préparation est approximative. C’est ce que trahit la moue réprobatrice du chef d'orchestre. Puis un pupitre est dressé pour le discours de bienvenue prononcé par le P/APC et un hommage appuyé est adressé à la femme pour sa participation à la guerre de Libération nationale. Enfin, Nadia Benyoucef apparaît, majestueuse dans son l’kat, un bedroun rose et un karakou émaillé de broderie dorée. Le maintien élégant, elle donne le la avec son tambourin. Sa voix claire porte très haut et dès les premières notes, c'est le délire dans la salle. La diva est visiblement touchée et elle le fait savoir par un mouvement de la tête. Rapidement, une piste de danse est improvisée, investie par des jeunes filles qui veulent faire de cette journée une date marquante de l'histoire de cette commune. Le service d'ordre intervient pour mettre un holà à tant d'enthousiasme afin de permettre à l'assistance de mieux savourer le récital. Des gâteaux et des boissons sont distribués pour tempérer cette atmosphère fébrile créée par les plus jeunes. Nadia Benyoucef a choisi les chansons les plus rythmées de son répertoire pour impulser un ton plus festif à cette après-midi. Cette musique a eu tellement de prestige que même après la Reconquista, la reine Isabelle de Castille, consciente de la valeur d'un tel patrimoine a tout fait pour le protéger. L'auditoire, tout acquis, applaudit à tout rompre une prestation de haut niveau. Malgré une longue carrière, la voix de la cantatrice n'a rien perdu. Elle conserve toute sa fraîcheur. Ya el mima et Ichli ya baba ont recueilli les suffrages. À la fin du spectacle, haut en couleur, la vedette a bien voulu nous accorder un petit entretien. Elle nous confie qu'elle est très émue de se produire dans la ville de Hassiba Ben Bouali en ce jour anniversaire. Cette chanteuse révélée par Alhane oua chabab dans les années 1970 pense que la longévité de sa carrière est due au sérieux de son travail et à la persévérance. Son éclipse de la scène pendant un moment a été motivé par un désir de souffler et de s'occuper de l'éducation de ses enfants. Elle constate qu'il y a un regain d'intérêt pour le chaâbi et que des graines de star émergent, à l'image de Mustapha el-Relizani qui chante El-Anka. Le chaâbi, pour conserver son empreinte originelle, doit éviter l'usage d'instruments électroniques et ainsi rester acoustique. La création d'écoles serait à même de perpétuer un patrimoine d'une grande richesse musicale d'où est issu le flamenco. Pour ses projets, elle compte ouvrir une école de musique en hommage à Fadhila Dziria. Enfin, elle pense que les échanges culturels inter-wilayas ont permis aux artistes de mieux se connaître et d'échanger leurs expériences. C’est un bon tremplin pour une relance pérenne de ce secteur. Le lendemain, c'est Nardjess qui s'est rendue à Chlef, plus précisément à la radio locale pour animer une émission en direct avec les auditeurs qui lui ont posé des questions sur ses activités artistiques. À cette occasion, elle a été honorée par le responsable de l'association culturelle de Oued Sly et a reçu de nombreux cadeaux. Elle rend un hommage appuyé au sacrifice de Hassiba Ben Bouali. Elle pense que Chlef possède de bonnes troupes de chaâbi comme Afrah, Magharia, Hachimia. Elle a une grande confiance dans la relève car le chaâbi est une belle musique. Quant à elle, elle continuera de chanter et nous apprend qu'elle initie des jeunes à travers son association les Amis de Fadhila. Le moment le plus émouvant dans sa vie d'artiste a été le jour où elle a chanté dans une émission avec Hachemi Guerrouabi à la télé, en 1973.
Medjdoub Ali

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