Chronique du jour : DECODAGES
La crise économique mondiale et ses effets sur le monde arabe
Par Abdelmadjid Bouzidi
abdelmadjidbouzidi@yahoo.fr


Nous savons à présent que la crise financière mondiale s’est propagée à l’économie réelle et que la récession est mondiale et sérieuse si l’on en croit les prévisions du FMI, revues déjà deux fois à la baisse. Le monde arabe est, bien sûr, affecté et la région Mena (Moyen- Orient-Afrique du Nord) dans son ensemble, que les économies soient pétrolières ou pas, est concerné par la crise.

Il est vrai que grâce aux performances de croissance atteintes ces dernières années et à l’accumulation de recettes d’exportations pétrolières, cette zone Mena a les capacités de résister au choc, sa position étant relativement meilleure. Les pays pétroliers de cette zone, plus particulièrement, ont les moyens de financer les politiques budgétaires expansionnistes qu’ils ont engagées en cette décennie 2000. En effet, entre 2002 et 2008, les pays pétroliers du Conseil de coopération du Golfe (CCG), qui regroupe l’Arabie saoudite, le Koweït, les Emirats arabes unis, Oman, le Qatar et Bahreïn, ont accumulé, par les ventes de pétrole, 2 500 milliards de dollars. Les réserves de change atteignent dans ces pays du CCG, 1 500 milliards de dollars. La plupart de ces pays disposent de fonds souverains consistants :

Fonds souverains

Emirats arabes unis 875
Arabie Saoudite 300
Koweït 250
Qatar 50

                     (En milliards de dollars)

La part du secteur pétrolier dans le PIB est, en 2008 :

Part du secteur pétrolier

Qatar 63 %
Koweït 55 %
Arabie Saoudite 53 %
Oman 43 %
Bahreïn 23 %

L’importance de ces recettes pétrolières s’est traduite, dans l’ensemble de ces pays, par des programmes colossaux d’investissements publics dans les infrastructures de base (routes, ports, aéroports) et l’immobilier. Dans ces pays du CCG, les dépenses publiques ont crû de 20% par an depuis quatre ans et le montant consacré aux investissements d’infrastructures encore en cours, est estimé à plus de 400 milliards de dollars. Dans le même temps, ces pays ont stimulé la consommation par des hausses de salaire notamment dans la fonction publique ainsi qu’une augmentation des transferts sociaux. On retrouve ici le programme algérien de relance : tout se passe comme si les pays pétroliers ont la même utilisation de la rente ! Les secteurs productifs et notamment industriels, les secteurs de la recherche innovation, les secteurs des services à l’entreprise n'apparaissent pas dans l’allocation sectorielle de ces importantes ressources.

Les projets d’investissement
 

Secteurs Emirats arabes unis Arabie saoudite Koweït Qatar
Construction 88,7 43,6 73,2 40,2
Eau 0,8 3 4,1 1,5
Pétrochimie 19,7 1,7 9
Pétrole et gaz 7,8 20,4 19,5 36,6
Industrie 3,3 4,2 3,3 2,5
Total des investissements en Mds $ 660 370 250 140

* (L’essentiel des investissements dans les pays du CCG va à la construction d’hôtels, de centres commerciaux et de loisirs, d’infrastructures) Malgré la baisse importante qu’enregistrent les prix du brut sur le marché mondial, l’ensemble des pays pétroliers de la région Mena annoncent maintenir les hauts niveaux de dépenses publiques, ce qui présage de déficits budgétaires abyssaux. Les pays arabes non producteurs de pétrole ont connu, eux aussi, des taux de croissance économique significatifs durant ces quatre dernières années. La Tunisie et l’Egypte ont affiché des taux de croissance moyens sur la période de +5% par an. Le Maroc, et malgré les taux de croissance erratiques de son secteur agricole, a fait quatre points de croissance annuelle. Bien évidemment, ces pays non pétroliers connaîtront des difficultés financières plus fortes et la récession des économies occidentales, et notamment européennes, se répercutera par une contraction importante des exportations tunisiennes, marocaines et égyptiennes, surtout celles de produits manufacturés. De même, les pays arabes non pétroliers (Jordanie, Liban, Syrie, Maroc, Tunisie) connaîtront une contraction de leurs ressources en devises qui proviennent du tourisme, des transferts privés ou des investissements directs étrangers. Lorsqu’on sait qu’en 2008, les transferts, par exemple, ont représenté 6% du PIB en Egypte, 9% au Maroc, 5% en Tunisie et plus de 22% en Jordanie et au Liban, on mesure l’ampleur des contraintes financières que vont connaître ces pays. Le problème le plus lourd à gérer sera celui du chômage qui bénéficiera de moins en moins des programmes d’aide à l’emploi, financés par la dépense publique. Entre la crise politique et sociale et le creusement du déficit budgétaire nul doute que la plupart des gouvernements des pays arabes choisissent la seconde voie.
A. B.

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