samedi 28 mars 2009
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Solidarité avec mes frères mutants !

Par Hakim Laâlam  
Email : laalamh@yahoo.fr

Cambriolage d’une bijouterie par deux filles en hidjab, à Khemis-El-Khechna. Malgré le quadrillage de la ville par la police, les filles avaient déjà levé les…

…voiles !

Le phénomène est observé tous les cinq ans par les plus grands scientifiques. Ces lumières convergent toutes vers l’Algérie au même moment pour y constater la même chose, à chaque fois. Pendant la campagne électorale pour la présidentielle, les meetings sont désertés, vides de monde. Les candidats aux grandes oreilles (je respecte la directive Teguia) sont souvent obligés de parler devant des auditoires clairsemés. Parfois, ils sont contraints d’annuler carrément leurs rassemblements, car ne rassemblant même pas un présent. Ce phénomène, jusque-là pas très extraordinaire, dure le temps de la campagne. C’est ensuite, le jour de l’élection que les instruments d’observation et de mesure des scientifiques s’emballent. Sans que l’on sache vraiment pourquoi, comment, aâlach, kiffech, komencasefé, la foule sort à gros bouillons, en flots ininterrompus et investit avec furia les centres de vol… de vote. Une marée plus ou moins humaine. Un truc de fous. J’ai eu l’occasion, lors de précédents scrutins présidentiels, de discuter de tout cela avec deux ou trois scientifiques, à leur hôtel. Encore sous le double choc, celui de cette réapparition soudaine d’un peuple de votants invisible à la veille du scrutin, et celui provoqué par la prestation toujours aussi flamboyante de Nounou la Gaffe, plus connu sous le sobriquet de «Souk El-Djemaâ», ces scientifiques se sont essayés devant moi à des théories qu’ils se sont tout de même empressés de qualifier eux-mêmes de pistes de travail sans réel fondement logique et prouvé. Ainsi, et avec toutes les précautions d’usage précitées, mes interlocuteurs se sont hasardés à supposer que les millions d’électeurs du jeudi que l’on ne voyait pas pendant la campagne étaient en fait enfermés chez eux, assignés à résidence jusqu’au jour «J», afin de s’assurer de les avoir toujours à portée de vote. Une autre théorie a été émise par les scientifiques, celle d’une population jamais vraiment recensée, une sorte de magma composé d’humains à l’origine, mais qui, au fur et à mesure des votes depuis 1962, des traficotages et des fraudes, aurait subi des modifications génétiques ayant entraîné des séquelles graves, provoquant une maladie incurable et non répertoriée par le Vidal. Une maladie dont le principal symptôme est l’impossibilité pour les personnes qui en sont atteintes de sortir à l’air libre en dehors d’un créneau temps très précis : une seule fois tous les cinq ans, et un jeudi obligatoirement. Jamais avant 8 heures. Jamais au-delà de 21 heures. En l’état actuel de leurs recherches, les scientifiques n’ont pu me dire où résidaient ces millions de mutants algériens. Où ils sont parqués. Mais là, j’ai ma propre théorie. Un régime qui se targue d’avoir construit autant de trémies en si peu de temps me semble tout à fait en mesure de cacher, de dissimuler à nos yeux 20 millions d’électeurs. Moi, depuis que cette éventualité me trotte dans la tête, je marche en battant moins de la semelle sur le pavé. Par respect pour mes frères mutants retenus en détention. Sous terre. Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L

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