Société : SMS
Les plus courts sont les meilleurs


Du fond de la classe, de la salle d’attente du dentiste, du taxi ou du bus ou tout simplement sous la couette juste avant le passage du marchand de sable, nous sommes des millions à utiliser ce moyen moderne de communication : le SMS (short message service) ou texto. Pour communiquer plus rapidement en gagnant un maximum de temps, d’espace et de crédit, on utilise, via notre portable, ces fameuses abréviations.
Exemple BSR au lieu de bonsoir, DAK au lieu de d’accord, DSL au lieu de désolé... Une sorte de langage en phonétique pas toujours facile à décoder surtout pour les adultes. Ces textos sont souvent accompagnés de petits symboles graphiques : des petites têtes animées qu’on appelle smileys ou émoticones qui traduisent notre humeur du moment (joie, tristesse...) Les SMS sont-ils la chasse gardée des plus jeunes ? En abusent-ils au point de ne plus savoir aligner une phrase correctement faisant choux blanc aux examens ? Avis des uns et des autres.
Parler en phonétique

Le texto ou SMS a débarqué sans crier gare dans la vie des Algériens séduits par ce moyen révolutionnaire de communication. Adlène (27 ans) gérant d’un salon de thé à Alger, se dit complètement accro. «Ça ressemble à un télégramme, le bip qui annonce l’arrivée d’un message excite toujours notre curiosité. Dans la minute qui suit, on sait qu’on va rire, s’énerver ou pleurer. Une chose est sûre, le texto rend énormément service.» Adolescents et jeunes adultes pianotent avec dextérité sur le clavier de leur portable. Parler en phonétique est devenu vital pour eux. «C’est la plus belle invention avec le cellulaire», nous lance Fériel, une étudiante en pharmacie. «Le texto permet de communiquer sans se ruiner. Quand je suis dans un cours barbant, j’envoie un petit message à mon fiancé. Une manière de lui transmettre, en temps réel, mes états d’âme. Franchement, c’est génial sauf pour ma mère qui n’arrive jamais à déchiffrer mes messages. Elle me rappelle aussitôt pour me crier : c’est quoi ce charabia ?»
Lol
Y aurait-il un code consensuel que les plus de 20 ans ne peuvent pas comprendre ? Amine, un lycéen de 17 ans, nous livre son témoignage : «Avec les copains, on ne communique que par abréviation que ce soit sur MSN (PC) ou téléphone portable. Les jeunes ont créé leur propre langage pour se dire plein de choses en utilisant le moins d’espace possible. Ainsi, à titre d’exemple «beaucoup» devient BCP, «comment» s’écrira CMT, etc. Ce langage est passé de la forme écrite à la forme parlée. Entre nous, ont dit souvent MDR (signification : mort de rire). Et lorsqu’on est censé avoir lâché quelque chose de drôle, on dit : «Lol» (en anglais, lot of laught). Mes parents me traitent d’extra-terrestre mais moi je pense que c’est eux qui sont périmés !»
Jamais !
Les textos courts et concis sont-ils la chasse-gardée des plus jeunes ? Farida (52 ans) pharmacienne à Fort-de-l’eau est catégorique : «Lorsque j’envoie un message, j’écris sans abréviations. Je n’aime pas escamoter les mots, sans doute parce que j’appartiens à l’ancienne école. Le comble serait d’envoyer un message de vœux, de condoléances ou d’anniversaire en abrégé !» dira-t- elle. Quant à Thouraya (51 ans), professeur à l’Ecole nationale d’architecture, elle avoue se laisser tenter parfois par ce nouveau genre de communication. «Mais cela dépend du degré de familiarité que j’entretiens avec le destinataire du message. Par exemple, si le texto s’adresse à l’un de mes étudiants (es), j’écris les phrases en entier, exactement comme sur une carte postale», confie-t-elle.
Au secours, mes élèves me rendent dingue !

Levée de bouclier du côté des défenseurs de la langue de Molière surtout lorsque ces abréviations s'incrustent dans les copies d’examen. Lilia Assari, professeur de français au lycée El Mokrani avoue vouloir s’arracher les cheveux à chaque fois qu’elle corrige les copies de ses élèves. «Le parler en phonétique a envahi rédaction et dissertation bafouant les règles les plus élémentaires de la grammaire et de l’orthographe, par exemple, au lieu d’écrire le mot rendez-vous, l’élève se contentera de mettre RDV. Nos enfants ne savent plus écrire correctement, massacrant à la tronçonneuse la langue de Molière et c’est vraiment regrettable», se désole-t-elle.
C’est quoi ce charabia ?

Nora Adjale, sociologue, abonde dans le même sens. «Ecrire en abréviation menace de fabriquer toute une génération qui sera incapable de rédiger une phrase correctement. Mieux vaut acquérir d’abord de solides bases linguistiques avant de s’y risquer», pense-t-elle. Quant à Mohamed Bafdele, libraire à Alger, il se dit dérouté lorsqu’il reçoit ces messages codés : «J’avoue que je n’y comprends absolument rien. J’appelle aussitôt mon fils à la rescousse. Il déchiffre les phrases en 3 secondes et se moque gentiment de moi, me traitant de «has been»... Je campe sur mes positions. Il faut écrire en entier, sinon autant revenir à la sténographie, c’est plus intéressant» ! Que l’on soit pour ou contre, ce genre d’abréviations, une chose est sûre ; le texto rapproche les gens, ressert les liens affectifs, cultive les amitiés et réduit les distances. Il suffit de voir le nombre de messages envoyés lors d’événements spécifiques comme l’Aïd ou le nouvel an pour s’en convaincre... A défaut de se rapprocher physiquement des siens, un rapprochement virtuel est toujours bon à prendre. SLT (salut)
Sabrinal
sabrinal—lesoir@yahoo.fr

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