Chronique du jour : LETTRE DE PROVINCE
Théâtre d’ombres pour un vote inutile
Par Boubakeur Hamidechi
hamidechiboubakeur@yahoo.fr


A quelques jours de la clôture faut-il se donner la peine de parler encore d’eux ? Ces cinq agités des tréteaux qui, pour les besoins d’une troisième légitimation, jouent aux parangons de la contradiction quand ils ne sont que de larmoyants critiques donnant le change. De piètres cache-sexe d’un despotisme réel qui aurait honte de se présenter tel qu’il est. Doit-on, par scrupule journalistique, commenter leurs surréalistes propos ?

Folkloriques faire-valoir assignés à occuper la scène du cabaret politique et que l’on a soudoyés par la subvention. Avaient-ils, vraiment, quelque chose à dire sinon à mentir à bon compte ? A eux, il leur a été demandé de se déployer à travers bourgades et miteuses salles de quartier afin de faire les rabatteurs quand l’unique candidat va d’une province à une autre où il est accueilli avec un faste hollywoodien facturé au contribuable. Cinq larrons en foire, cependant, incapables d’être de subtils bonimenteurs. Tout juste s’ils furent en mesure de capter l’intérêt de quelques oisifs de rencontre. Plus qu’une erreur de casting de la part des metteurs en scène de cette élection, ils ont fini par incarner, après deux semaines, tout le côté infâme du système. Qu’on leur concède le cynisme de chasseurs de prince agissant uniquement par opportunisme ne dédouane que leur petite personne. Car, a contrario, le fait qu’ils aient reçu le quitus d’entrer dans une scène majeure signifie que le régime lui-même a déjà franchi le Rubicon de l’immoralité. Un ultime mépris pour l’opinion de ce pays qu’il ne manque pas de flatter circonstanciellement en qualifiant sa composante de «citoyens». Naturellement portés par leurs intérêts, nos dirigeants ne s’étaient-ils pas forgés depuis dix années quelques convictions pour durer ? Parmi celles-ci la certitude, entre autres, que l’électorat n’existe pas dans les faits puisque l’appareil d’Etat, qu’ils contrôlent, est seul en mesure de fabriquer les résultats. C’est à partir, précisément, de cette persistance des pratiques malsaines que l’on doit analyser l’échec de l’expérience démocratique de ce pays. Bien évidemment, ces danseuses(1) consentantes, invitées au bal électoral, y trouvent leur compte. Elles qui, par souci de paraître sous la lumière, sont prêtes à toutes les contorsions politicardes. Tout juste si elles ne deviennent pas, lors des «grandes saisons » des urnes, un peu plus exigeantes sur les honoraires et parfois sur certaines garanties pour l’après-grand soir. Plus d’argent demandait récemment Touati, plus de visibilité politique sollicitait Louisa Hanoune ! Une indécente danse de Saint- Guy autour de la dépouille du pluralisme. Leur mission accomplie à compter du 9 avril, elles rentreront sagement dans les rangs et seront, notamment, sans inquiétude sur le verdict des urnes. Ne les concernant guère, dès lors qu’elles furent recrutées pour être battues comme plâtre, elles ne feront pas de commentaires sur les taux ridicules qui leur seront impartis. Ayant par avance préféré le maraudage politique, bien plus fructueux, elles s’abstiendront de toute contestation. Car lorsque entre en scène le deus ex machina chargé de moduler les stocks de voix, au soir du 9 avril, il faut savoir raison garder. Monstre froid dans l’exécution de la besogne en question, ce dernier n’est traversé par aucun doute ni dérangé en conscience par l’infamie qu’il est appelé à commettre. La «raison d’Etat, c'est-à-dire la pérennité du clan, est suffisante pour en faire une éthique. Elle fonctionne comme une autojustification jusqu’à présenter une opération antirépublicaine sous les traits d’une exigence patriotique. Autant dire que cette distribution des rôles qui vient d’animer la campagne participe de l’éternelle tromperie que l’on sert à chaque rendez-vous important. Sauf que cette fois-ci, le cache-sexe du pluralisme est de médiocre qualité. L’opinion d’ailleurs le constate bien mieux qu’en 1999 et 2004. Avec certitude, elle peut aujourd’hui désigner les officines qui ont chaque fois volé au secours du régime. Celles qui ont appuyé les choix les plus impopulaires, laissé passer les impairs politiques, cautionné les lois scélérates, travesti les grandes vérités, falsifié les scrutins et enfin contribué au désespoir des Algériens. Pour faire court jusqu’à la simplification, ceux que l’on a présentés depuis le 19 mars, date de l’ouverture de la campagne, comme des candidats crédibles ne sont en vérité que des petites mains chargées d’apporter leur poignée de terre à la tombe de la démocratie. Des fossoyeurs au rabais dont la seule présence sera étonnement plus dissuasive pour l’électeur que ne le fera l’image imposée d’un président sortant qui ne veut pas partir ! Une élection pluraliste à candidat unique, c’est quand même ce qui se fait de pire pour la tenue d’un vote.
B. H.

1- L’on remarquera que l’on a suivi les recommandations de Me Teguia en cessant de les qualifier de «lièvres». Désormais, ils seront affublés du vocable de «danseuses». C’est peut-être plus humain en «genre» mais pas, pour autant, plus digne.

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