samedi 02 mai 2009
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Le mot qui tue !

Par Hakim Laâlam  
Email : laalamh@yahoo.fr

50 Tunisiens fuient leur pays et se réfugient en Algérie.
Face à ce drame, et devant l’urgence, comment les aider ?
En les faisant…
 

… examiner par des psychiatres !

Allez savoir pourquoi ! Dès que ce mot est prononcé à proximité de mes pavillons auditifs, j’ai une irruption cutanée. Je n’exagère pas. Ce que je vous en dis, je l’ai vérifié scientifiquement. Par l’expérimentation. Ainsi, j’ai fait lire à des amis des textes où ne figurait pas le mot en question, avec pour consigne de procéder à cette lecture à quelques petits centimètres seulement de mes oreilles. Et rien ! J’ai écouté, paisiblement, sans effet secondaire, sans conséquence sur ma santé et sans dommage collatéral. Ensuite, j’ai demandé aux mêmes amis de lire un autre texte dans lequel figurait le fameux mot. Et là, patatras ! La vraie cata ! J’ai été pris de tics nerveux, de tremblements incontrôlés, de poussée de fièvre accompagnée de l’apparition de gros boutons purulents et de nausée insoutenable. C’est tout de même terrible ! Pourquoi diable suis-je sujet à ces symptômes dès que le mot «ad hoc» est prononcé devant moi ? Pourquoi ai-je ainsi revécu l’enfer dès que l’annonce en a été faite dans le journal de l’ENTV, l’installation d’une «commission ad hoc pour faire face aux risques de pandémie que provoquerait la grippe porcino-mexicano-H1N1» ? Quel est ce sortilège qui me fait tomber malade à chaque fois que je croise à l’insu de mon plein gré le mot «ad hoc» ? Pourtant, intrinsèquement, il n’y a rien dans «ad hoc» qui expliquerait logiquement et raisonnablement les réactions en chaîne qu’il provoque en moi. Bien au contraire, au plan phonétique, je trouve le mot «ad hoc» plutôt sympa. Il me rappelle la bande dessinée, Hergé, le reporter Tintin et son bouillant compagnon, le capitaine Haddock. Mais, dans les faits, je suis bien obligé de l’avouer : je suis une victime du syndrome ad hoc. Mais pas n’importe quelle victime. Surtout pas une victime résignée. J’ai donc cherché d’où pouvait venir mon mal. Et j’ai trouvé ! J’ai chopé cette saloperie, cette allergie sévère au mot «ad hoc» très jeune. Suite à une overdose. Déjà, dans le ventre de ma maman, j’entendais distinctement les responsables du pays annoncer à la télévision l’installation de commissions ad hoc pour tout et n’importe quoi. Une fois hors du doux ventre maternel, j’ai encore entendu ce mot «ad hoc» employé en mitraille par les mêmes dirigeants et par leurs successeurs. Toujours à propos de tout et de n’importe quoi. Plus récemment encore, à propos de l’assassinat d’un président, à propos de séismes, à propos d’inondations, à propos de guerre entre tribus ennemies, à propos de manifestants assassinés en masse, à propos de pomme de terre, à propos de ciment ou à propos de violence dans les stades, le mot «ad hoc» a fini par faire voler en éclats mes barrières immunitaires. Je suis cliniquement et définitivement allergique au mot «ad hoc». Et pour l’heure, je n’ai trouvé qu’un seul remède pour combattre ce mal : fumer du thé et rester éveillé à ce cauchemar qui continue.
H. L.

www.tacervellesarrete.blogspot.com

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