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A l’heure où le pic de la grippe porcino-mexicaine semble
avoir été atteint et où les autorités sanitaires prévoient une
accalmie, je reçois ce courrier édifiant sur nos certitudes,
notre infaillibilité légendaire et notre «supériorité» en tout,
même en matière de prévention d’une pandémie. Lettre d’une
lectrice reproduite fidèlement. Lisez !
«Bonjour,
Je suis une jeune Algérienne qui a séjourné à Cancun début avril, je ne suis
pas rentrée directement en Algérie, j’ai transité par Houston puis Londres où
j’ai passé une dizaine de jours avant de rentrer à Alger le 20 avril 2009. Je
n’ai entendu parler de la grippe porcine qu’environ une semaine après mon retour
à Alger, comme je n’avais aucun symptôme, j'ai conclu que je n’étais pas
contaminée. Suite à votre chronique au sujet du comité ad hoc qui a été mis en
place par le ministère de la Santé pour prendre en charge les personnes
atteintes du virus de la grippe porcine, j'ai commencé à me poser des questions
et je me suis donc dirigée vers le site Internet du ministère espérant trouver
un numéro de téléphone où je pouvais avoir plus de renseignements sur la maladie
et être rassurée. Je n’ai rien trouvé. Il n’y avait que des communiqués parlant
du nombre de personnes atteintes du virus à l’étranger. Franchement Hakim, Ce
n’est pas ce que j’attends de notre ministère de la Santé, car j’ai les chaînes
d’information à la maison et je lis 5 quotidiens par jour. Je me suis dit par la
suite qu’il devait sûrement y avoir des cellules dédiées dans les hôpitaux,
sinon à quoi servirait ce comité ad hoc. Je décide donc d’aller vers l’hôpital
le plus proche. Une fois arrivée à l'hôpital, je me suis dirigée vers les
urgences pour me renseigner. J'explique mon cas à l'infirmier, sa première
réaction fut la suivante : «Ah bon t'es partie au Mexique ! Comment t'as fait
pour le visa ? T’es partie pour le boulot ou en vacances ? » Puis il me demande
d'entrer dans la salle de consultation alors qu'il y avait une autre patiente à
l'intérieur. Chose que j'ai refusé en lui disant que même s’il y avait une
faible probabilité que je sois contaminée, je n'allais pas prendre le risque de
contaminer une personne supplémentaire. Une fois dans la salle de consultation,
une autre personne se dirige vers moi (je ne sais pas si c'est une interne ou
une résidente ou même une infirmière), elle me demande ce que «je veux» car
l'infirmier ne lui a bien sûr rien dit ! Je lui explique que j'ai passé
récemment un séjour au Mexique, etc. et donc elle me répond : je ne sais pas
quoi faire en plus je ne pense pas qu'on traite ce genre de cas ici. Elle ne m'a
posé aucune question pouvant lui permettre d’établir un diagnostic, ne serait-ce
que pour me rassurer ou m’orienter. Elle me demande de patienter et va se
renseigner. En revenant, elle m’informe qu'ils ne pouvaient rien faire pour moi
et qu'il fallait que je me dirige vers un autre hôpital. Voilà Hakim ! Voilà
comment on gère les risques de pandémie dans ce pays. Maintenant, j'espère que
j'ai répondu à votre question concernant le rôle du comité ad hoc : ben, il ne
sert à rien ! Ce ne sont que des termes théoriques utilisés pour épater la
galerie mais concrètement, sur le terrain, y a rien. J’espère que mon histoire
va être rapportée, car il est temps que nous avancions dans ce pays, surtout
dans le domaine de la santé. Y en a marre des paroles inutiles. On m’a renvoyé
chez moi sans confirmer que je n’avais pas le virus ! Certes, je n’ai aucun
symptôme mais je voulais un avis médical sur la question. D’ailleurs, on ne m’a
même pas demandé si j’avais l’un des symptômes de cette maladie, rien de rien,
je vais donc me contenter de fumer du thé pour rester éveillée car un cauchemar
bien pire que celui d’avoir la grippe porcine continue.»
Nawal, une grande fumeuse de thé
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