Chronique du jour : CHRONIQUE D’UN TERRIEN
La grande «harba» (VII)


Résumé : le peuple algérien a émigré clandestinement le 23 mars 2009. Pour peupler le pays, les autorités importent 30 millions de Chinois. L’ancien peuple algérien s’installe en Sardaigne qui devient la Sardélie. Travaillant dans un quotidien de la capitale, Sidi Cagliari, je suis envoyé en reportage en Algérie africaine. A quelques minutes de l’atterrissage, l’avion dans lequel je me trouve est détourné…
Par Maâmar FARAH
farahmaamar@ymail.com

Un gars masqué surgit de la cabine de pilotage. Il porte quelque chose qui pourrait être une bombe : «Que personne ne bouge de sa place ! C’est un détournement…» Les visages sont livides, les yeux hagards… Un silence intégral règne dans l’avion et seul le chérubin qui passait son temps à tirer sur les moustaches des voyageurs et à bombarder les hôtesses de boîtes de préservatifs piquées on ne sait d’où, continue de courir entre les sièges. Sa mère se lève pour le faire asseoir de force. Elle est interpellée par le terroriste qui a un fort accent de Bab Ezzouar : «J’ai dit : personne ne bouge ! A votre place, madame ! Le gosse, je m’en occupe !» Le terroriste saisit le môme d’une main de la grandeur d’une raquette de tennis et le plaque sur un siège vide. Le turbulent gamin ne trouve pas mieux à faire que de tirer le masque du terroriste ! Ce dernier lui refile une baffe qui l’assomme pour quelques heures. Le visage du gars est à découvert. Il porte une grande moustache à la turque et n’a pas de cheveux. Ses yeux brillent comme s’il était drogué. Un passager du troisième rang croit avoir reconnu le terroriste : «C’est un émir dont la tête est mise à prix. Il vaut 4 millions de dinars !
- Il valait ! Depuis qu’ils se sont réconciliés, il ne vaut plus rien !
- Ah bon ! Si on attrape un terroriste et qu’on le livre à la justice, on n’obtient rien ?
- Si ! La certitude d’être abattu puisque le terroriste en question prouvera qu’il n’était «que» cuisinier dans le campement et qu’il n’a jamais égorgé personne. Par contre, toi, il t’égorgera pour l’avoir dénoncé !
- Mais comment peut-il prouver qu’il n’était «que» cuisinier ?
- Le juge lui fait un test dans une vraie cuisine. S’il réussit à préparer une h’rira tlémcienienne, une «batata fliou» et une trida constantinoise, on le libère.
- Et s’il ne réussit pas ?
- Il a une deuxième chance. Il peut toujours dire qu’il n’était «que» chauffeur !
- Et comment le croire ?
- On l’inscrit sur le «Paris- Dakar» et on attend le résultat. S’il est malin, le gars peut prendre la poudre d’escampette, une fois arrivé au Mali. C’est déjà arrivé plusieurs fois. Ils sont tellement nombreux là-bas qu’ils ont réussi à former une équipe de hockey sur glace !
- Tu te fous de ma gueule ! Du hockey sur glace en plein désert ?
- Et alors, tu comprends quelque chose toi à ce climat qui installe des températures sibériennes en plein mois de mai ?
- Bof, je crois que…» Le passager est interrompu par le terroriste : «Taisez-vous, sinon, je vous mets tout de suite la tête dans cette musette !» Tous nos regards fixent le sac porté par le pirate. Mais que contient-il donc ? «Vous voulez le savoir, hein ?
- Oui, oui, oui…
- Il n’y a pas de bombe. Il y a une quantité de A-H1N1 capable d’envoyer toute une ville au cimetière.»
Une partie des passagers prend peur et le manifeste bruyamment en hurlant et en pleurant. L’autre partie crie sa joie : «Il n’y a pas de bombe ! Il n’y a pas de bombe ! C’est une plaisanterie !» Une vieille dame pousse un youyou strident, plus fort encore que celui de l’autre femme, vue à la télévision, qui venait de mettre le pied dans son nouvel appartement de la cité de la «réconciliation nationale» de Mérouana… Ou de l’autre, résidant à Remchi, qui regarde brûler, pour la première fois, le gaz naturel dans sa cuisinière ! Un type, ne comprenant rien, demande à son voisin : «C’est quoi le A-H1N1 ?
- C’est la nouvelle appellation de l’USM El Harrach !
- Ah bon ! L’ancienne était meilleure !»
Un autre gars, installé juste derrière, apporte une rectification : «Non, monsieur, vous vous trompez : c’est le code secret d’une opération d’enrichissement illicite qui va pousser les Etats à acheter massivement un vaccin produit exclusivement par un laboratoire américain !
- Toi, tu fais de la «boulitique » ! Tu dois être du parti de Louisa !»
Le pied-noir lève la main et demande la parole. Le terroriste l’autorise à parler : «Est-ce que je peux avoir du vin ?» Le steward, qui se tient toujours à côté de lui, le gifle une nouvelle fois et lui lance : «Digoulasse ! Ti-toi ! Toi vouloir prendre du divène !» Sur ce, une hôtesse surgit de derrière le rideau pour nous apprendre qu’il n’y a plus de kérosène dans le réservoir de l’avion. Il faut atterrir coûte que coûte. L’aéroport le plus proche se trouvant à Sinshu-Béjaïa, le terroriste donne l’ordre d’y poser l’appareil. Le vol A-H1N1, baptisé ainsi à cause du potentiel extraordinaire de grippe porcine qu’il porte, touche le sol de la vallée du «printemps éternel-Soummam» à 3h du matin. Alertés, les autorités civiles, militaires et surtout militaires, donnent des instructions fermes pour ne pas laisser l’avion s’approcher des bâtiments de l’aéroport. Le wali d’Amizour, un certain Klina Filbatima, demande aux présents de se recueillir à la mémoire des passagers du vol A-H1N1 :
- Mais ils sont vivants, M. Klina !
- Pas pour longtemps. Je viens de recevoir l’ordre de ne pas approvisionner l’avion en carburant. On leur fera croire le contraire. Et une fois là-haut, ils se crasheront…
Un balayeur chinois qui passait par là fait remarquer à l’auguste assemblée que l’initiative de crasher l’avion était la plus idiote des inventions depuis la création de la wilaya d’Amizour. C’était le meilleur moyen d’éparpiller le virus à travers au moins cinq à six départements ! Le chef de la brigade d’El-Kseur, revenu depuis que les Chinois ont remplacé les turbulents Kabyles, traîne le pauvre balayeur jusqu’à la gendarmerie où il le torture affreusement, en lui faisant lire à haute voix les trente-trois discours de l’ancien chef du gouvernement, un certain Ouyabel Hiakhadem. Les Chinois de la localité se rassemblent autour du bâtiment et demandent la libération de leur camarade Aït Mao.
Pendant ce temps-là, le pirate de l’air commence à s’énerver : «S’ils ne remplissent pas l’avion tout de suite, je mets la tête du pied-noir dans le sac !
- Pourquoi moi ? Hurle le buveur de Jack Daniels
- Parce que tu bois du vin !
- Je connais au moins une quinzaine de passagers qui boivent également du vin !
- Montre-les !»
Tout mon corps tremble de peur. Depuis la bagarre au restaurant «Le Casbah» de l’aérodrome de Sidi Cagliari, les relations entre moi et le pied-noir se sont gravement détériorées. Va-t- il m’accuser, moi qui ne prends que du l’ben Allbraü produit justement à El-Kseur ? Le pied-noir se lève et pointe son doigt sur les buveurs de vin…
M. F.
(A suivre)

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