jeudi 07 mai 2009
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Que reste-t-il aux naufragés lorsque le radeau a été mangé par la méduse ?

Par Hakim Laâlam  
Email : laalamh@yahoo.fr

Chadli offre 2000 livres à une bibliothèque. Un cadeau d’autant plus appréciable que les ouvrages sont à … 

… l’état neuf !

C’était en une du Soir, hier mercredi : un homme arrêté à El- Kala par les gendarmes parce qu’il transportait clandestinement, dans le coffre de sa voiture, 10 kg de corail. Au même moment, à des centaines de kilomètres de cette scène impossible à expliquer à un étranger de passage chez nous, toujours sur le littoral, mais cette fois-ci au centre, à proximité du port d’Alger. La mer en colère, dans un spasme énorme de dégoût, rejetait des ballots de cannabis. Les gendarmes ayant procédé au repêchage sont formels. Tous les colis récupérés pèsent le même poids : 32, 8 kg. Les P-V des pandores ne précisent cependant pas si la pesée a eu lieu juste après le repêchage ou après séchage des ballots. Dans les deux hypothèses, s’il faut rendre hommage aux gendarmes pour leur travail, il me semble normal aussi de saluer le boulot dingue des trafiquants de drogue qui arrivent, avec une précision suisse, à fabriquer des ballots pesant tous strictement le même poids, 32,8kg. Au même moment, plus à l’ouest, toujours et encore au bord de la mer, des harraga, slalomant entre des cargaisons de drogue qui s’échouent sans discontinuer sur la plage, courent vers les barques et la promesse du large. Chassé-croisé mortel. Pour ceux qui partent. Comme pour ceux qui restent. Si tu pars, tu chavires et tu meurs. Si tu restes, tu chavires de désespoir et tu meurs d’overdose. Alors, pars et meurs, mais juste avant d’enjamber l’embarcation, fais-toi un dernier joint ! Ça fera swinguer le poisson ! Tout ça pour vous dire qu’aujourd’hui, enfin, au bout de tant d’années, je comprends l’insistance de mes pauvres profs qui tenaient à me faire comprendre la chance de l’Algérie d’avoir 1 200 kilomètres de côtes. Jusque-là, je ne les prenais pas trop au sérieux. J’avais tort. La mer, en Algérie, c’est encore le lieu où il se passe des trucs. Le dernier endroit où les marins d’eau douce qui nous gouvernent sans gouvernail et sans boussole n’ont pas réussi à tout boucler avec des portes blindées et du barreaudage. Entre les départs de harraga et les arrivées de ballots de cannabis, y a encore une mince ouverture. Souquez ferme bagnards et galériens ! Le vent finira bien par souffler dans le bon sens. Vers le large. Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
www.tacervellesarrete.blogspot.com

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