Chronique du jour : LETTRE DE PROVINCE
L’insoluble Parlement
Par Boubakeur Hamidechi
hamidechiboubakeur@yahoo.fr


Même si l’on sait pourquoi Louisa Hanoune s’agite, il est, par contre, difficile de savoir si Zerhouni parle sérieusement ou, au contraire, il fait dans la diversion. Lorsque, face à la presse, il déclarait avec une étonnante désinvolture que la dissolution de l’APN est de l’ordre des probabilités pour peu qu’elle permette de «consolider la paix et la stabilité du pays» (sic !) l’on se demande s’il n’est pas dans la foucade, comme à son habitude, ou s’il est vraiment dans la communication officielle.
C’est que le message porte en soi des interprétations ambiguës. En effet, l’opération, si elle venait à être concrétisée par le président de la République, serait lourde de conséquences en termes politiques. Car, enfin, l’on n’abrège pas une législature sans raison plausible. Comme il est d’usage l’on n’y recourt à cette extrémité qu’à travers un argumentaire étayé. Autrement dit, la dissolution d’une institution, mal élue soit-elle, répond à une nécessité majeure. Celle notamment de déboucher sur une remise en cause des équilibres internes du régime. Or, vouloir modifier ceux-là, juste pour soigner l’image d’un pouvoir, est une prise de risque disproportionnée par rapport aux dividendes espérés. Certains avis politiques ont souligné cet aspect en l’évoquant autrement. «Le risque, déclaraient-ils, est d’avoir le même Parlement avec quelques retouches». C’est dire que l’on devine mal ce qui se cache derrière l’hypothèse. Pourquoi s’offrir un nouveau Parlement au moment où l’on ne désire rien d’autre que de renforcer les prérogatives de la fonction présidentielle au détriment de la totalité de l’architecture institutionnelle ? Faut-il rappeler que la tendance dominante du régime est au verrouillage et que celui-ci s’accommode mal de l’incertitude d’un scrutin même quand c’est lui qui le pilote. Quand madame Hanoune, à l’origine du pavé, stigmatisait la domestication du Parlement, l’on peut comprendre qu’elle souhaite cette disqualification au nom de l’ouverture et de l’émancipation de l’appareil législatif. Mais lorsque M. Zerhouni s’empare de la question et la traduit en piste politique, l’on craint qu’il ne parle pas de la même chose ni des mêmes objectifs que la députée du PT. En effet, dans l’esprit du ministre, la notion de «stabilité » renvoie fortement au concept du bâillon. L’ordre institutionnel qu’il image ne s’apprécie qu’à travers le degré de vassalité. «Etre aux ordres», c’est ce qu’on exigera un peu plus d’un Parlement déjà castré. La docilité, désormais légendaire, d’une chambre qui a déjà voté tout ce que l’on a voulu serait-elle devenue insuffisante pour que l’on envisage de la renvoyer à mi-parcours ? L’hypothèse semble farfelue au regard de tous les services qu’elle a, jusque-là, rendus avec pour acte de bravoure son unanimisme un certain 12 novembre 2008. Dans les faits, nous sommes dans une opération insidieuse de chantage à l’orée de ce troisième mandat. Celui d’agiter la menace afin de tuer dans l’œuf les velléités nourries par la frustration et le mépris dont sont victimes ces législateurs de pacotille. En réactualisant, bien tardivement, l’argument de la non-représentativité de ce Parlement, le palais, ou du moins son porte-voix, ne se soucie guère de donner raison aux initiateurs de la proposition. Il s’adresse plutôt aux députés et leur signifie qu’il est l’unique géniteur de leurs mandats. Leur rappelant, qu’en ce qui concerne la mythologie des urnes et la caution de celle-ci, il est également en mesure d’organiser à tout moment un nouveau scrutin pour changer le personnel. C’est à cela que se résume cette manœuvre médiatique. Car au point où l’on s’est compromis dans la trituration de la loi fondamentale, il est improbable que le pouvoir prenne l’initiative de contester la légitimité de l’institution. Et pour cause, il se tirerait une balle dans le pied s’il venait à le faire, lui qui a sollicité une chambre, représentative à un tiers, pour amender la Constitution. Toute dissolution ayant besoin de motifs la justifiant, l’on se demande si, dans l’immédiat, le régime a les bons griefs qui risquent de ne pas se retourner contre lui. Reconduit grâce à cet aréopage de courtisans, il ne peut disqualifier sa propre matrice sans mutiler les fondements de sa légitimité. Etrangement, le lien ombilical qui les rend tributaires l’un de l’autre plaide pour le statu quo jusqu’en 2012. Il s’illustre parfaitement dans la parabole du palais, quand le monarque voulant imposer à la cour sa volonté lui dit avec morgue : «…. Qui vous a fait tous princes ?» Il s’entendit alors répondre : «Mais Majesté, sans nous, seriez-vous roi ?» Nos parlementaires aussi peuvent ronronner tranquillement. Sans crainte, ils garderont leurs maroquins jusqu'à échéance. Trop prudent pour ranimer le débat d’hier quand il veut le faire oublier, le pouvoir ne touchera pas à ce qui existe et qui lui sert si bien. La morale de l’histoire est qu’il y a eu trop de bruit pour rien dont seul le ministre de l’Intérieur en porte la responsabilité. Cela lui ressemble tellement que s’en est devenu son signe distinctif.
B. H.

Nombre de lectures :

Format imprimable  Format imprimable

  Options

Format imprimable  Format imprimable