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A l’issue d’une semaine passée en Algérie, les 50 Tunisiens
qui ont fui leur pays pour se réfugier chez nous n’ont qu’un
seul mot à la bouche :
Repaaaaaaaartir !
Les chiffres sont officiels et formels. Je dirais même plus : ils sont
formels et officiels. Le pays s’apprête à accueillir un million de naissances en
cette année 2009. Un million de bébés qui vont débarquer des ventres de leurs
mamans exténuées, mais heureuses. Je ne sais pas pour vous, mais moi, ce genre
d’événements, ça chamboule tout l’ordre de mes priorités. Je laisse donc tomber
Ziari et les montagnes de copeaux de bois sous lesquelles le président désigné
de l’Assemblée nationale a consciencieusement et méthodiquement enseveli hier
vendredi la Radio Chaîne III et nos oreilles. J’en oublie la drague effrénée d’Abdekka
envers les gens de presse, et le nombre astronomique de méchouis offerts ces
dernières heures aux consœurs et confrères par les walis du pays, orgies
gargantuesques qui renseignent vachement sur la conception que beaucoup de ces
responsables peuvent avoir de nous : un estomac vorace et une plume trempée dans
la graisse d’agneau braisé. Tout cela, je le laisse de côté, et je ne me
consacre aujourd’hui qu’à la seule tâche qui me semble importante et capitale :
souhaiter la bienvenue au million de futurs compatriotes. Et en guise de
bienvenue, je me dois d’abord de leur présenter mes excuses. DESOLE ! Désolé les
mioches de vous avoir fait venir au monde aujourd’hui et ici. Je vous le concède
volontiers, il y a meilleurs parachutages sur terre ! Désolé de vous obliger à
supporter l’image de vos mamans dormant à plusieurs dans un seul lit de
maternité. Désolé de vous imposer les récriminations de vos parents lorsque vous
dégurgiterez des gouttes d’un lait à 500 DA la boîte. Désolé de vous contraindre
à écouter pendant vos siestes d’anges innocents les calculs apeurés d’un papa et
d’une maman qui ne savent pas s’ils pourront vous acheter, au détail, le nombre
de couches suffisant pour la journée. Désolé de vous imposer la même silhouette,
la même figure, la même main qui fourragera dans vos cheveux, de votre premier
jour d’école à votre dernier, j’ai nommé l’immortel Monsieur Bob. Désolé de vous
faire subir à 18 ans la même agression sévère : celle d’un Belkhadem hirsute et
vous condamnant à un seul choix : voter pour la Sainte Alliance ou passer pour
un traitre à la nation. Désolé pour tout cela, pour le reste, et pour les restes
que nos «buveurs de pétrole» vous jetteront de temps à autre, en guise de
pitance des damnés. Désolé ! Je n’ai que ce mot pour souhaiter la bienvenue au
million de nouveau-nés attendus cette année. Remarquez, en faisant tout de même
un petit effort, je peux aussi les féliciter. Bravo de venir grossir les rangs
de toutes celles et tous ceux qui fument du thé pour rester éveillés à ce
cauchemar qui continue.
H. L.
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