Culture : MILA À TRAVERS L’HISTOIRE – ACTE IV
De Saint Optat de Milev à El-Kherba de Mila !


Sous le thème «Mila à travers l’histoire», qui est déjà à sa quatrième édition, l’Association des amis du vieux Mila, que préside l’éminent professeur, enfant prodige du terroir et fervent défenseur de la cité antique, Abdelaziz Segueni, ne cesse de gagner du terrain.
Au départ, une simple idée, puis beaucoup de volonté, un thème, une large et convaincante opération de sensibilisation, une prise en charge sérieuse et officielle, une large implication des uns et des autres et enfin une précieuse collaboration de l’université et des gens du savoir. Tel est le cheminement de cette opération de dépoussiérage intitulée «Mila à travers l’histoire». Lancée en 2006, cette rencontre qui coïncide avec la célébration du mois du patrimoine attire de plus en plus de participants de qualité, surtout depuis 2008, année de signature d’une convention de partenariat entre la wilaya de Mila et l’université Mentouri de Constantine (département de l’histoire et du patrimoine archéologique.) Pour la rencontre de cette année (14 mai courant), on enregistre, en plus de Constantine, la participation de l’université d’Alger, avec un groupe d’étudiants bien encadré et qui séjourne depuis quelques jours déjà à Mila, pour un séjour d’étude. Inaugurée par un convaincu de cette cause, pour être tombé, d’emblée, sous le charme de ce trésor inestimable qu’offre l’antique Milev, en l’occurrence Djamel- Eddine Salhi, wali de Mila, qui est à sa quatrième participation consécutive, cette manifestation a vu la présentation de plusieurs communications et un débat très rehaussé par les interventions des enseignants de l’université d’Alger, eux qui restent subjugués par ce qu’ils ont découvert à Mila. «Le statut de notable dans le Grand Maghreb et en Algérie», «Le développement des mosquées à travers l’histoire », «Traité contre les Donatistes – par Saint Optat de Milev», sont respectivement les thèmes développés dans les communications présentées par les professeurs Bouba Medjani, Omar Bellout et Aibèche. Maintenant que Mila est devenue ce qu’elle est devenue, c'est-à-dire un fief pour l’inculture, la médiocrité et la bêtise humaine, qui entend de nos jours parler du saint Optat de Milev ? Cet enfant du bled, né vers 320 et mort en 385, était le précurseur de Saint Augustin, dans la lutte contre le schisme des Donatistes, sectaires ambitieux, partisans de Donat, qui contestaient la validité du pouvoir de certains évêques, sous prétexte qu’ils étaient traditeurs ou ordonnés par des traditeurs. Saint Augustin le mentionne à maintes reprises et avec grande estime. Grand historien que même la critique moderne consulte avec intérêt et profit ; grand écrivain : Traité contre les Donatistes – un livre de 7 tomes – dans lequel il s’adressait aux donatistes qui «prétendaient être les seuls dans leur Afrique à prier dignement Dieu : n’enlevez pas à Dieu son tribut de louanges. Louez-le vous aussi, avec tous les autres, ou si vous ne voulez pas être avec les autres, alors soyez seuls à vous taire». Païen de naissance, fils de militaire, Saint Optat, grand évêque de Milev la Numide, finit par se convertir pour devenir l’un des plus illustres défenseurs de la foi dans l’église du 4e siècle avec Saint Augustin, Saint Cyprien et Saint Hilaire. Après ce pan de l’histoire, la cité fut conquise par les compagnons du prophète (QLSSSL), menés par Abou Mouhadjer Dinar qui y a construit la première mosquée en Algérie, l’actuelle mosquée Sidi Ghanem, qui fait l’objet d’une importante opération de restauration, initiée par le ministère de la Culture. Puis vinrent l’époque ottomane, la colonisation française et enfin l’indépendance du pays. Mais où en est Mila aujourd’hui ? Qu’a-t-on fait de sa mémoire et de son rayonnement culturel et spirituel de ces siècles de lumière, pour qu’elle aboutisse, aujourd’hui, à cet état de fait ? Ne mérite-t-elle pas mieux que ces méga-cités crasseuses, insalubres, sans âme et sans attrait, appelées «Sennaoua», «Filège Nigrou » et «El Kherba» entre autres ; construites toutes d’une manière illicite et anarchique. Cette ville qui a vu naître ou abriter d’illustres personnages pour ne citer que l’évêque Saint Optat de Milev, Abou Mouhadjer Dinar, Moubarek El-Mili, Abdelhafid Boussouf et Lakhdar Bentoubal, ne mérite-elle pas respect et considération ne serait-ce que pour sa riche mémoire ? Dommage, vraiment dommage pour cette cité qui fut, jadis, berceau de civilisations plurielles parmi les plus prestigieuses.
A. M’haimoud

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