Chronique du jour : LETTRE DE PROVINCE
Ouyahia et l’hémicycle des fantômes
Par Boubakeur Hamidechi
hamidechiboubakeur@yahoo.fr


Dans le huis clos du Parlement où Ziari et Hanoune font semblant de polémiquer, le Premier ministre s’est invité en sa qualité de porteur de la parole officielle. Vieil habitué de cette tribune et ses fantômes qui peuplent l’hémicycle, Ouyahia est décidément sublime dans ce rôle-là. Plus d’une fois, il a eu à le tenir sans craindre le moindre désaveu. C’est que de part et d’autre, l’on a été, de tout temps, consensuels sur l’essentiel. A lui de pérorer et à eux de mimer la critique avant de s’incliner par discipline.
En résumé, la représentation nationale ne tient pas à censurer un programme tout comme le Premier ministre ne souhaite pas s’écarter de la langue de bois dont il a seulement affiné quelques vocables au fil de l’usage. Il est assurément notre Talleyrand national qui, selon Châteaubriand «consacra sa vie à changer de maître comme on change de domestique». Passant par toutes les servitudes, il a pu s’acoquiner avec tous les régimes. Une réputation à la fois redoutable et ridicule. De Zeroual à Bouteflika, il a déjà traversé quatorze années au sommet du pouvoir sans qu’à aucun moment, il ne lui vint l’idée de se mettre en réserve pour un autre destin et avec une autre image. Sa fâcheuse «disponibilité », lui valant plus d’ennemis que de partisans, ne semble pas l’inquiéter outre mesure. Passant de la proximité du général Betchine à celle de Zerhouni, il s’accommodera de toutes les feuilles de route qu’on lui imposa. Hier éradicateur intransigeant et de nos jours plaideur pénitent de l’amnistie, il n’a en guise de rectitude politique que celle de la girouette. Un Premier ministre pétri dans cette pâte ne peut que s’épanouir dans le bouteflikisme triomphant. Lui qui ne croit pas un traître mot de ce qu’il dit ne prend-il pas un infini plaisir à soudoyer justement une Assemblée supposée pluraliste ? C’est que ce Talleyrand des tropiques possède une perspicacité hors du commun. Il sait que dans cet hémicycle qui lui fait face, ne siègent que de petites ambitions toutes prêtes à solder leurs propres chapelles afin de conserver de misérables maroquins. Ah ! ce pluralisme parlementaire au rabais. Tout ce qu’il y a de plus négatif dans ce qu’il est advenu à nos libertés publiques. C’est que les partis politiques portent déjà les stigmates de l’échec. L’opinion, que l’on croit pouvoir tromper, ne s’abuse que rarement à leur sujet. Les percevant comme un non-sens démocratique, elle leur préfère la désobéissance passive à leur offre de relais. Tous ces appareils ne sont désormais perçus que comme des ponctuelles sources de promotions en saisons électorales. Sans plus. Il est vrai que la plupart d’entre eux sont nés d’un malentendu historique. Un détournement du grand mouvement social amorcé en 1988. Depuis, ils ne purent survivre qu’avec la complicité du système et ne bénéficièrent de la visibilité que grâce à un Etat de non-droit et à l’ombre des situations d’exception. Qu’est-ce à dire si ce n’est que lorsque les libertés publiques devinrent une source de marchandage ils se trouvèrent en première ligne pour les négocier au lieu de résister et les défendre dans leur globalité. In fine, ils participèrent implicitement à leur restriction ! A la dissidence légale, qui n’était possible qu’à travers le boycott des scrutins, ils privilégièrent le désastreux «participationnisme » sous prétexte de réformer le système de l’intérieur. La compromission que souhaitait justement ce dernier. Ainsi, chaque fois qu’ils ont accompagné celui-ci dans ses scénarios de recomposition des institutions, ils ont justement bénéficié d’un retour d’ascenseur au nom d’une mensongère consolidation de la démocratie. Aujourd’hui, les partis (du moins ceux qui siègent au Parlement) découvrent l’impasse dans laquelle ils se sont fourvoyés. Perdant sur tous les fronts, ils se sont aliénés les couches sociales qui pariaient sur leur contrepoids et ne récoltèrent que le mépris du régime comme en attestent les passes d’armes entre le PT et le président de l’APN. A juste titre, le pouvoir leur dénie toute représentativité et par conséquent toute voix au chapitre de la critique ; dès l’instant où lui-même est parvenu à les compromettre. Faux élus sortis des urnes, ils sont dans leur totalité considérés comme les vrais mandataires du pouvoir vis-à-vis duquel ils ont plus que des devoirs. Plutôt des dettes qu’ils ne peuvent et doivent payer que par l’approbation. Une bonne raison pour ce Ouyahia- Talleyrand de plastronner devant eux avant de retourner à sa besogne d’intendant.
B. H.

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