Le Soir Auto : PIÈCE DE RECHANGE CONTREFAITE
L’association des concessionnaires hausse le ton


Le sujet de la pièce de rechange contrefaite semble enfin susciter l’attention des pouvoirs publics qui viennent de sortir de leur immobilisme en organisant une journée d’étude, dimanche dernier, au cours de laquelle il ont annoncé une batterie de mesures pour contrecarrer le travail de sape de certains importateurs indélicats.
Une initiative louable qui a de suite obtenu l’adhésion de l’association des concessionnaires automobile l’AC2A, qui a longtemps fait cavalier seul, ainsi que d’autres intervenants dans le secteur. En plus d’un laboratoire d’analyses, des décisions ont été prises pour contrôler de près l’importation de la pièce de rechange, notamment son pays d’origine, en concertation avec les fabricants et constructeurs automobiles. Si les autorités concernées ont décidé de déclarer tardivement la guerre à la contrefaçon dans un domaine important pour la vie des citoyens, les textes législatifs réglementant cette activité datent, en revanche, de 2002 et ils n’ont jamais connu d’application. De toutes les interventions, celle du président de l’AC2A est, nous semblent-il, la plus pertinente dès lors qu’elle sort des sentiers battus de la langue de bois institutionnelle et qu’elle nomme par leurs noms les véritables leviers du réseau de la contrefaçon et qu’elle indique à qui de droit les voies et moyens à entreprendre pour mener à bien et efficacement cette mission de salubrité publique. Mohamed Baïri a d’emblée souligné l’importance du sujet et l’engagement des concessionnaires à encourager et soutenir toute action visant à mettre un terme à ce fléau qui tue par dizaines les citoyens sur nos routes. De par son rôle d’intermédiaire, l’AC2A se propose de «conjuguer ses efforts avec ceux des pouvoirs publics pour contribuer à la moralisation de la profession et son encadrement dans le seul intérêt du citoyen et des attentes de ses membres».
La source : le sud-est asiatique
 M. Baïri dressera aussi un bref aperçu historique en rappelant que «l’importation de la pièce de rechange a de tout temps été du ressort de personnes ayant peu ou prou de relations avec le métier et qui, dès le début, se rabattaient sur les pays du sud-est asiatique où la contrefaçon battait son plein et où l’on se souciait le moins de la qualité des produits qui nous étaient destinés. Il y eut même certaines pièces tout aussi contrefaites qui transitaient par l’Europe avant d’inonder les points de vente en Algérie». L’intervenant rappela tout de go : « Ce sont les professionnels de l’automobile qui ont tiré en premier la sonnette d’alarme vers la fin des années 1990 quand ce phénomène commençait à prendre des proportions inquiétantes et qui plus est avec des prix singulièrement bas comparés à ceux de la pièce d’origine importée par les concessionnaires légalement installés dans notre pays, ce qui n’obéissait naturellement à aucune logique économique ou commerciale.» Il s’est avéré au fil des années que les spécialistes de la contrefaçon s’ingéniaient à «améliorer» leur pâle copie et rendait de plus en plus difficile la mission de détection des anomalies par les services de contrôle. Souvent, ce sont des analyses poussées qui finiront par déceler la non-conformité avec la qualité et les normes du constructeur. Selon l’AC2A, le marché de la pièce de rechange contrefaite est d’abord un business prospère pour des personnes sans scrupule que seul le profit anime. Il va sans dire que très vite les conséquences d’une telle situation se sont manifestées à travers des accidents d’une rare violence causant la mort de personnes. Les premiers dégâts se sont révélés avec des plaquettes de frein fabriquées avec de l’amiante ainsi que des organes de suspension et de direction.
Un marché livré à lui-même
«Il faut dire, précisera M. Baïri, que cette situation de pourrissement a été favorisée par l’absence de cadre juridique réglementant le secteur, la politique des bas prix pratiquée par une concurrence déloyale et la mise en veilleuse ou l’abandon de certains projets industriels structurant qui auraient pu jeter les jalons d’une véritable industrie automobile nationale.» Pour lui, tant que le marché n’est pas assaini, il est pour le moins inutile de parler d’investissement étranger dans le secteur sachant que le marché est pris en otage par ces importateurs indélicats qui ne s’acquittent pas ou partiellement de leurs droits et taxes au détriment du Trésor public. A cela s’ajoute un manque à gagner en matière d’emploi puisque les concessionnaires officiellement installés chez nous et leurs agents agréés voient leur chiffre d’affaires limité par cette concurrence déloyale. Dans son exposé, le président de l’association des concessionnaires évoquera même les moyens utilisés par les importateurs pour convaincre les fabricants de pièces dans les zones suscitées de mettre à leur disposition les produits les moins coûteux possibles, encouragés, il est vrai, par la baisse importante du pouvoir d’achat du citoyen. Il rappellera de ce fait que «l’Algérie est passée d’un marché de qualité à un marché de prix où les professionnels de l’automobile se trouvent lourdement pénalisés ». M. Baïri citera un autre élément important dans l’appréciation de la situation générale, à savoir la domination à 80% du marché de la réparation par des opérateurs particuliers non structurés dans le cadre du réseau des concessionnaires et qui ne s’entourent évidemment pas de scrupules pour s’approvisionner en pièces contrefaites. Quant à la démarche à suivre pour endiguer ce phénomène, il préconisera essentiellement une sensibilisation du client algérien sur la nécessité vitale de préférer la pièce de rechange d’origine garantie, du reste, par le constructeur et solliciter les fabricants de pièce pour qu’ils viennent défendre la qualité de leurs produits et aider surtout le client à distinguer la bonne de la mauvaise pièce. Il demandera, par ailleurs, aux services concernés de durcir les procédures de contrôle afin d’éviter les sousfacturations.
B. Bellil

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