Chronique du jour : ICI MIEUX QUE LA-BAS
Par Arezki Metref
Par Arezki Metref
arezkimetref@free.fr


Francis Ponge, poète français, disait que la «radio déversait le purin de l’actualité mondiale». C’était avant, ça ! Maintenant, c’est la télé. Tous les soirs, un flot de la même matière glisse tout le long du tube cathodique (avec le numérique, c’est encore plus rapide) et vient s’échouer sur votre parquet, pitoyable spectacle, scène dramatique. Ce sera encore le cas avec le film docu (diffusé sur Arte le 1er juin) réalisé à partir de l’ouvrage Une brève histoire de l’avenir,de Jacques Attali, ex-conseiller vedette de François Mitterrand, essayiste prolifique, projectiviste planteur qui avait écarté définitivement l’élection de Barack Obama à la dernière élection américaine.
Selon lui, le monde aurait déjà un pied dans l’apocalypse. L’avenir n’est pas jojo. Du tout, du tout ! C’est le moins qu’on puisse dire. Ça commence par un déclin, celui des Etats-Unis. Il est déjà largement entamé avec la crise que voilà. A l’addition économique présentée par la voracité des patrons de l’ultralibéralisme débridé, s’ajouterait éventuellement la colère de la nature. Et si, guettant cet instant de grande vulnérabilité, frappait le fameux big one, tremblement de terre majeur, redouté et attendu depuis toujours, réduisant en ruines au prix de millions de disparus sur les rives des 1 000 km de la faille de San Andreas qui rallie San Francisco à Los Angeles ? C’est à la fois une crainte et une funeste probabilité. Adieu Google, adieu Microsoft, empires aux empereurs invisibles mais néanmoins omniprésents ! Avec l’anéantissement des prestidigitateurs transformant le virtuel en monnaie sonnante et trébuchante, en beaucoup de monnaie même, c’est 36% du Produit national brut des Etats-Unis qui ficherait le camp. Rien que ça ! Une bagatelle ! L’Amérique, ce gendarme du monde qui posait un regard arrogant à partir de sa Statue de la Liberté sur les nains qui s’agitaient autour d’elle, rentrera dans le rang. Obligé, caporal ! Un pays comme un autre, suspendu à son tour aux intérêts et à l’humeur des puissants du moment. La nature ayant horreur du vide, un pays doit prendre la place de leader d’où est déchue l’Amérique liquéfiée par la corruption. Ce sera la Chine, bien entendu. Un historien chinois de l’économie de l’empire du Milieu, Ding Yifan, n’y va pas par trente-six chemins. En 2013, c'est-à- dire dans à peine cinq ans, «la Chine retrouvera sa place de premier pays du monde», affirme-t-il. Dans la course qui la hissera inéluctablement sur le podium, Pékin dépasse déjà d’une coudée ses concurrents. Deux chiffres l’attestent et une flopée de faits. Un : 13 des 20 plus grands ports pour porte-conteneurs du monde sont chinois. Deux : 25 000 éoliennes détourneront, au plus tard dans dix ans, au profit de la production, les vents dévastateurs du nord de la Chine.
En 2020, l’Asie assurera 50% de la production mondiale, conduite par la Chine
Mais le leadership économique sur le monde, fût-il celui d’un pays à la peau capitaliste mais à l’âme communiste, n’en humanisera pas pour autant la superéconomie de marché qui dérégulera tout, pas plus que ne sera empêchée l’aggravation des inégalités compliquées par le dérèglement climatique. Le monde sera alors comme l’arche de Noé, mais dans la version trash : l’embarcation n’aurait pu échapper à la furie des eaux. Neuf milliards d’être humains se bousculeront sans quartier pour accéder à une nourriture abondante mais détenue par une poignée de puissants qui la distillent chichement. La pénurie d’eau culminera en des sommets jamais atteints. Les famines se répéteront sans que les peuples écrasés ne trouvent de remède pour y survivre. L’urbanisation fera des villes laides et surpeuplées, où la désespérance sera la seule valeur accessible au plus grand nombre. Des guerres éclateront, plus nombreuses pour l’eau, pour la terre, pour l’espace, et elles seront converties, comme c’est déjà le cas, en conflits tribaux, idéologiques, religieux, de civilisations. Plus prosaïquement, ce sont des conflits d’intérêt et d’accumulation que l’on tente d’ennoblir mais cette pratique est aussi vieille que la guerre, laquelle est aussi vieille que l’humanité. La nanotechnologie sera développée au point où vous ne pourrez pas faire pipi contre un arbre d’une forêt du fin fond de l’Alaska, connue uniquement des animaux sauvages, sans qu’une caméra ne capture l’acte coupable. Fichés partout, traqués sur tout, surveillés par tout : c’est le rôle dévolue à la technologie. La planète maillée comme une nasse à travers laquelle une anguille ne passerait pas, c’est en marche, camarade ! Les libertés individuelles ? Connais pas ! Voilà donc un aperçu de l’avenir vu par Jacques Attali. Une partie de ces projections sont évidemment plausibles, partagées par de nombreux projectivistes, scientifiques, hommes politiques. D’autres le sont moins. Elles ne tiennent pas compte de l’irruption à la surface du monde de forces qu’on ne calcule habituellement pas. Imprévisibles, intempestifs, les peuples peuvent, quand ils se lèvent, changer le destin. Ça l’a été d’une certaine manière lorsque le peuple américain n’a pas renouvelé sa confiance au continuateur probable de l’inénarrable George Bush pour la donner à Obama. Ce que Attali ne voulait même pas envisager. Bien entendu, ce «plantage» n’a pas de conséquence particulière sur les projections d’avenir.
A. M.

Nombre de lectures :

Format imprimable  Format imprimable

  Options

Format imprimable  Format imprimable