Chronique du jour : DECODAGES
LA LIBYE
Une économie qui s’ouvre ?
Par Abdelmadjid Bouzidi
abdelmadjidbouzidi@yahoo.fr


Comment l’économie libyenne s’insère-t-elle dans l’économie mondiale ? Lorsque nous avons décidé de nous intéresser à la question, nous n’avons pas évalué à leurs justes dimensions les difficultés qui nous attendaient tant les informations économiques sur la Libye sont rares et la complexité du système de gouvernance complexe. Rappelons tout d’abord que l’économie libyenne est à dominante étatique et que le secteur privé y joue un rôle, pour l’instant, limité. Les principales données économiques sont les suivantes :

Le PNB réel (la richesse produite) est de 65,5 milliards de dollars (contre 141 milliards de dollars pour l’Algérie).
Le PNB par habitant y est de 9 150 dollars (contre 3 850 en Algérie).
La population libyenne est de 6,8 millions d’habitants.
Le taux de croissance annuel a été de 6,8% pour les années 2007/2008. (3,1% pour l’Algérie).
L’inflation est de 12% en Libye (4,5% en Algérie).
En 2008, la Libye a réalisé 37 milliards d’euros d’exportations d’hydrocarbures (contre 52 milliards d’euros pour l’Algérie).
Enfin la Libye dispose d’un fonds souverain «Libyan investment authority» (LIA) de 55,2 milliards de dollars. La Libye fait partie bien évidemment de la Méditerranée et sa proximité à l’Europe est grande. Quelles sont les relations économiques de la Libye avec l’Union européenne ? C’est le premier point de notre chronique. La Libye appartient aussi au Maghreb et l’analyse de ses relations commerciales avec ses voisins fera l’objet de notre second point.
L’économie libyenne et ses rapports à l’Europe
De tous les pays tiers-méditerranéens, la Libye est le seul qui ne fait pas encore partie du partenariat euro-méditerranéen, mis en œuvre par la déclaration de Barcelone. Le statut d’observateur a été accordé à la Libye en 2000 mais son intégration au processus de Barcelone reste soumis à ce jour à des conditions notamment politiques (rejet du terrorisme, système politique démocratique, Etat de droit). Cette non-intégration ne signifie pourtant pas que la Libye n’entretient pas de rapports économiques avec l’Europe. Loin s’en faut, les rapports de la Libye avec l’UE sont même des rapports privilégiés, 82,9% de ses exportations et 62,1% de ses importations se font avec l’Europe comme l’indique le tableau suivant :
Commerce euro-libyen (en%)

  Exportations
(en % du total)
Importations
(en % du total)
Pays de l’UE 82,9 62,1
Italie 37,6  23,6
Allemagne 22,3 12,6
Espagne 12,0 2,8
France 5,2 6,2

Le pétrole brut et les produits dérivés composent près de 95% des exportations annuelles libyennes avec comme principaux destinataires l’Italie (43,0%), l’Allemagne (24,6%), la France (5,6%) et l’Autriche. La Libye importe principalement des biens d’équipement, des produits alimentaires, du fer et de l’acier, ainsi que des produits chimiques et pharmaceutiques. Même si les voitures particulières en provenance de la Corée du Sud représentent le premier poste des importations, celles-ci proviennent pour l’essentiel de l’Union européenne. 13 des 25 produits les plus importés par la Libye proviennent d’Italie. Les firmes européennes sont fortement présentes dans le secteur pétrolier libyen : 
l’italien Agip Eni, l'autrichien OeMV, les allemands Veba et Wintershall, le français Total et l’espagnol Repsol.
De nouvelles mesures en matière d’investissement étranger

Dès 1997 et en réponse aux sanctions onusiennes (aujourd’hui levées) le colonel Kadhafi promulgue la loi n°5 sur les investissements de capitaux étrangers dans les secteurs autres que pétroliers. Le leader libyen est désormais convaincu que le développement de plusieurs secteurs (industrie, santé, tourisme, agriculture, services) passe par la captation d’IDE. Un organisme d’encouragement à l’investissement a été créé en vue d’étudier, d’autoriser et de favoriser les investissements étrangers. L’orientation est à l’ouverture aux IDE mais encadrés par l’Etat. La loi libyenne offre différents avantages aux investisseurs étrangers : ils sont exemptés de l’impôt sur le revenu pour une période de 5 ans et ils sont autorisés à transférer annuellement leurs bénéfices nets et les intérêts réalisés. La loi prévoit aussi une baisse des taxes et des droits de douanes. L’investisseur a le droit de rapatrier le capital investi seulement 5 ans après avoir été autorisé à investir.
La Libye membre de l’UMA

Avec les pays du Maghreb, le commerce extérieur libyen est très peu développé comme l’indiquent les données suivantes :
Commerce extérieur de la Libye avec l’UMA

  Exportations Importations
Algérie 0,0 0,001
Tunisie 3,2  7,2
Maroc 0,5 2,9
Egypte 0,8 1,6

(en % des exportations et des importations totales)

Même s’il reste très peu développé, le commerce extérieur de la Libye avec les pays de la région Afrique du Nord se réalise principalement avec la Tunisie et l’Egypte, pays avec lesquels la Libye a signé des accords commerciaux. Avec l’Egypte, la Libye a aussi signé des accords de partenariat en vue de la constitution de projets mixtes portant sur la création d’entreprises dans plusieurs secteurs : automobile, immobilier, textile, électroménager...) La Libye se rapproche aussi du Maroc avec lequel des projets de partenariat dans l’industrie, l’immobilier et le tourisme sont envisagés. Rappelons aussi que la Libye fait partie de la Zone arabe de libre-échange (ZALE) et qu’elle constitue un véritable «pont» entre les pays du Maghreb (Maroc, Algérie, Tunisie) et les pays du Machrek (Egypte, Jordanie, Palestine, Liban, Syrie) même si ce pont n’a pas encore fonctionné à ce jour.
M. B.

Nombre de lectures :

Format imprimable  Format imprimable

  Options

Format imprimable  Format imprimable