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Interrogé sur l’amnistie générale, Belkhadem a répondu : «Au
FLN, la question n’a pas encore été tranchée.» Quand le verbe
«trancher» sort de la bouche d’Abdelaziz 2, par réflexe, je porte…
… la main à mon cou !
Je ne sais pas si c’est le soleil de plomb, le temps lourd, l’absence de vent
frais ou l’angoisse paralysante à quelques petites heures du match de football
Algérie-Egypte, mais il me semble bien que le G.T.S.T., le Grand Tribunal
Spécialisé dans les questions de Traitrise, soit en vacances anticipées, sans
préavis. Sinon, comment expliquer que de ces travées, de son auguste cour
jonchée de cadavres de «traîtres présumés, condamnés et abattus» ne se soit
élevée aucune voix autorisée pour dénoncer l’attitude de l’Algérien Beojaoui,
candidat d’un autre pays que l’Algérie pour l’élection à la tête de l’Unesco ?
Il n’est pas question ici même de dresser un réquisitoire contre cet homme qui a
été l’imminence grise de la justice algérienne et l’un des principaux rédacteurs
des textes fondamentaux qui étaient censés nous faciliter la vie et qui nous
l’ont vachement compliquée. Non ! Nous avons assez souffert des anathèmes pour
en jeter à notre tour. Personnellement, je me fous un peu, et même beaucoup du
fait que Bejaoui ait choisi de concourir sous les couleurs du Cambodge pour
cette élection. Si ça ne tenait qu’à moi, Bejaoui pourrait concourir sous les
couleurs du Liechtenstein, des îles Galapagos, de Trinidad et Tobago ou du
Kwazulu Oriental, ça ne ferait pas tressaillir un poil de mes sourcils. Je m’en
fous d’autant plus que je suis plutôt adepte de laisser les vieilles personnes
assouvir tous leurs fantasmes inavoués sur leur dernière parcelle de trajectoire
avant le grand envol. Par contre, je ne m’explique pas que le Grand Tribunal en
Traitrise soit aussi muet, lui si prompt à dresser ses buchers. Comment cette
assemblée d’inquisiteurs habituellement rapide à la détente lorsqu’une
délégation de journalistes s’approche d’un peu trop près d’Israël, la main si
sûre sur le levier actionnant la guillotine lorsqu’un parti politique met en
berne le drapeau national pour le remplacer par un bout d’étoffe noire, le
poignet fortement agrippé à la corde lorsque Sansal écrit Le village de
l’Allemand, comment cet aréopage de «coupeurs de têtes professionnels» de
«tueurs à gages» ne s’est pas encore manifesté. La réponse est bête à pleurer.
Le G.T.S.T. n’a rien dit, ne dit rien et ne dira rien car l’incriminé est des
siens. Il fait partie du sérail qui donne, ordonne et ôte les insignes de
patriotisme. Le même sérail qui aboie à chaque fois l’ordre d’accrocher une
étoile d’infamie sur le veston d’un «déviant» à l’ordre établi. Et dans ce
sérail-là, on ne donne jamais à exécuter l’un des siens. C’est une règle. Une
règle mafieuse, peut-être. Mais une règle respectée. Car dans ce sérail, entre
soi, on a d’autres méthodes pour régler et solder les comptes. Je fume du thé et
je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
www.tacervellesarrete.blogspot.com
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