Ils l'ont promis, ils se mobilisent pour le faire. Les parlementaires
islamistes koweïtiens commencent d'ores et déjà à semer des embûches
vertes sous les pas des députées récemment élues. Elles sont quatre à
avoir franchi l'écueil des pesanteurs tribales et religieuses et à
accéder à la députation. Le problème est simple pour deux d'entre elles
: elles portent le hidjab et sont donc conformes aux canons en vigueur.
Les deux autres, Roula Dochti et Assil Al-Awadhi, ne portent pas le
hidjab et ne manifestent aucune envie de le faire même avec un siège
parlementaire à la clé. Malgré l'opposition de la présidence du
Parlement, les élus islamistes s'apprêtent à déposer une motion pour
obliger les deux récalcitrantes à se conformer à la Charia. Ils ont
également saisi de la question le ministre en charge des cultes afin que
soit appliqué l'article premier de la «constitution islamiste». Cette
constitution, déjà appliquée en divers pays, dispose que le hidjab est
la première obligation de la femme. Le reste des devoirs et des droits
étant laissé aussi à l'appréciation du législateur, je dis bien
législateur, appellation contrôlée et réfractaire à la féminisation en
terre d'Islam. Donc, au cas où Roula et Assil refuseraient de se
conformer à ce qui pourrait bien être un droit d'entrée à l'Assemblée,
elles verraient leurs mandats frappés de nullité. La représentation
féminine à l'Assemblée nationale du Koweït pourrait se voir rognée de
cinquante pour cent. Ce qui réduirait d'autant la confiance en l'avenir
suscitée par l'accession des femmes à la chambre législative. Ceci, bien
sûr, dans l'hypothèse où les deux élues en viennent à refuser de se
plier à la règle la plus controversée de l'Islam, à cause justement de
l'usage injuste qui en est fait. Si, toutefois, Roula et Assil décident
de passer sous les fourches caudines dressées à l'entrée du Parlement et
mettent le hidjab, personne ne leur en tiendra rigueur. Dans un pays,
une société, où quelque 52% d'électrices s'arrangent pour n'envoyer que
4 femmes pour les représenter, il y a comme un appel à la résignation.
Et puis, Roula et Assil pourront toujours se consoler en se disant que
même le président de la première puissance mondiale, Barack Obama, s'est
converti au hidjab. Une des plus importantes personnalités de son
cabinet étant une musulmane accoutrée selon les normes en vigueur. Le
hidjab, voilà le secret de la réussite en politique et en diplomatie !
Le président des Etats-Unis d'Amérique, bon chrétien mais successeur
d'un adventiste enragé, a enfin touché du doigt le talon d'Achille des
Arabes. D'abord, il recrute une femme en hidjab comme conseillère pour
les affaires de l'Islam, avec ce message à la clé : une bonne musulmane
est une musulmane à couvre-chef. Dorénavant, plus besoin de satellites
et d'Awacs pour surveiller les musulmans, ils seront détectables par
leur signe d'identification, le hidjab de leurs femmes. Avec la
conseillère en hidjab en guise de prélude, Obama a frappé un grand coup
qui est allé droit au cœur des Arabes, faute de trouver leur tête. Pour
la première fois, il a mis d'accord le pouvoir arabe mâle et la rue
arabe masculine : en dehors du hidjab point de salut. Il n'y a que
quelques enragés du «tchador» et de la «burka» qui ont fait la fine
bouche devant cet avant-goût de coup de maître. Puis, il y a eu Le Caire
jeudi dernier, jour choisi par hasard puisque c'était la veille du
vendredi, l'idéal pour recueillir les impressions à chaud. Et c'est là
que Barack Obama a sorti sa carte maîtresse, son as de pique gagnant :
un discours truffé de citations du Coran qui a fait frémir les
ventricules. Pour séduire les Arabes, nul besoin de verroteries, de
voitures de luxe ou de sandwichs Mac do. Un hidjab à la bonne place et
quelques versets du Coran bien choisis et le tour est joué : c'est ainsi
que se retournent les opinions, n'en déplaise au Hezbollah et à Al-Qaïda.
Tout le monde est tombé sous le charme de cet homme qui a été musulman
un jour et qui s'en est bien sorti. En quelques phrases bien senties,
Obama a relégué Laurence d'Arabie et Glubb Pacha au rang de reliques
d'alcôves, sans rien renier de leurs valeurs. Contrairement à ses
prédécesseurs à la Maison Blanche, il a enfin accepté de reconnaître
l'Islam américain, en terre d'Egypte. L'Islam se voit ainsi octroyer une
place entière sur le territoire des Etats-Unis, en attendant qu'il gagne
sa place ailleurs dans le monde. Le discours a fait plus que séduire, il
a enchanté l'auditoire, à commencer par les témoins directs, les invités
de prestige comme l'acteur Adel Imam. L'interprète du Terroriste s'est
dit subjugué par les propos de Barack Obama dont il a salué le
magnétisme et le charisme. Il s'est dit convaincu que le discours de
Barack effacera toutes les impressions négatives laissées par Bush Jr et
qu'il ouvrira une page nouvelle avec le monde entier. Adel Imam n'est
pas le seul à avoir été atteint par l'effet Obama. Toute la presse
égyptienne a salué comme il se doit l'extraordinaire performance
rhétorique du nouveau président américain. Fahmi Howeidi, le chroniqueur
islamiste(1), connu pour son anti-américanisme virulent, est une
exception à la règle. Il a su résister au charme comme il le dit
lui-même dans le quotidien Echourroukdu Caire, mais il n'a pas su taire
son aversion pour tout ce qui est israélien. Fahmi Howeidi était l'un
des huit journalistes (sept musulmans et un israélien(2)) invités à
interviewer le président américain, après son discours du Caire. Il
raconte que lorsqu'il a appris qu'il y avait un journaliste israélien
dans le groupe des huit, il avait senti comme une piqûre de scorpion.
Une consœur malaise, invitée elle aussi, lui avait confirmé cette
présence et lui a même montré le journaliste israélien, devisant avec un
confrère saoudien. Du coup, il a été tenté par l'idée de boycotter la
réunion mais il eut un sursaut. «Comment décliner une invitation à
rencontrer un chef d'Etat dans un pays où on vous met en prison pour le
simple refus de rencontrer un gendarme ou un officier de police ? Qu'en
serait-il alors s'agissant de la première puissance, du gendarme du
monde ?» Finalement, Fahmi Howeidi a accepté d'aller à la conférence, «à
condition de ne pas être installé à côté du journaliste israélien ».
C'est avec de tels arguments que les Arabes perdent régulièrement pied
et territoires depuis 1948. Notre confrère Bilal Fadhl, du quotidien
Al-Misri-Alyoum, a justement une explication au comportement de Fahmi
Howeidi et des Arabes, en général. «Obama et ses conseillers croient, à
tort, que leur message s'adresse à des êtres vivants et susceptibles de
réagir aux messages positifs qui leur sont adressés. S'ils étaient plus
attentifs, ils s'apercevraient qu'ils ont affaire à un monde figé, sans
volonté et sans cervelle.» Un monde, ajoute-t-il, auquel s'appliquerait
le commentaire de John Stewart, le célèbre animateur de télévision,
lorsqu'il brocarde les réactions de la droite américaine aux propos d'Obama
: «Qui est cet homme ? Pourquoi veut-il qu'on réfléchisse ? Est-ce qu'il
ne sait pas que ça nous épuise de réfléchir ?»
A. H.
(1) Le journaliste égyptien, membre du mouvement des Frères
musulmans, avait effectué, en 1989, un reportage en Algérie au cours
duquel il avait découvert les «Kabyles impies» en compagnie de Ali
Benhadj.
(2) Pour Fahmi Howeidi, le terme israélien se suffit à lui-même. Il
indique à la fois la nationalité et la religion. Ce qui fait peu de cas
des milliers d'Egyptiens, émigrés en Israël qui ont acquis la
nationalité israélienne, sans compter les Palestiniens d'origine.
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