Culture : EN LIBRAIRIE
LA BRÈCHE ET LE REMPART DE BADR’EDDINE MILI
La saga d’une famille constantinoise


Quartier : Aouinet el-foul ; maison : Dar Errih ; ville : Constantine ; période : années 40 et 60 ; acteur principal : Mustapha, alias Stopha. Voici les ingrédients basiques autour desquels Badr’Eddine Mili a tissé la trame de son roman.
Stopha, la prunelle des yeux de son père Hamdène et de sa mère Zahia, dite Zouaki, grandit à Constantine. Débarquement des Américains dans les année 1940, famine, guerre de Libération, indépendance… l’auteur revisite l’histoire à travers les yeux de Stopha. «Les Américains débarqués en pleine guerre étaient là… Ils entrèrent à Constantine en triomphateurs, accueillis par les jeunes qui les apostrophaient à coups de «com on» et «bye bye»… p41. «L’année qui suivit resta dans les mémoires comme aâm echar et aâm el boun, l’année de la faim et du bon. Les denrées alimentaires furent rationnées et le marché noir battit son plein» p.42. Des événements heureux rythment la vie à Aouinet el-foul (la fontaine des fèves). Les mariages battaient leur plein avec l’orchestre de Raymond et Ghénassia. «Au milieu de la nuit, le service commença. Les plateaux en cuivre survolaient les carrés d’invités. On goûtait à tout et on louait le savoir-faire des femmes qui avaient dressé ces menus de cour. Seul Raymond, retiré dans un coin, ouvrit un fait-tout contenant un plat kasher dans lequel il piocha discrètement. Stopha apprit plus tard que le musicien refusait de manger dans les fêtes arabes de crainte de se faire empoisonner par les femmes jalouses de sa voix de sirène». p.96. Ce roman raconte la saga d’une famille constantinoise entre la Seconde Guerre mondiale et l’indépendance. De l’école coranique jusqu’au lycée, Stopha, brillant élève, assiste à tous les grands évènements qui marquent sa ville natale et son pays. En 1962, c’est un beau jeune homme de 16 ans. Bac en poche, il quitte la ville des Ponts suspendus pour étudier les sciences politiques à Alger. Dans ce roman, Alger coloniale est très présente. «Il résida dans un duplex de l’avenue de la Marne, proche de la Pêcherie et des restaurants de Bab Azzoun et du Square Bresson où il prit ses repas avec Blon-Blon… Il goûta à tout ce qui suintait des pores de la ville, au limon et aux amandes de la place du Cheval, au café turc du Glacier et à la brise qui courait le long du front de mer jusqu’à l’hôtel de Nice et Tantonville…». p. 284 et 285. Badr’Eddine Mili explore, par ailleurs, le terrain de la nostalgie en évoquant des tubes en vogue, au début des années 1960. «Bob Azzam s’en donnait à cœur joie, Chérie je t’aime, chérie je t’adore Como la salsa del pommodor étaient sur toutes les lèvres. Gloria Lasso se défendait encore, toutes griffes dehors, contre la voracité draculéenne de Dalida, la bombe italienne du Caire qui explosait avec Bambino… p. 279. La brèche et le rempart est un roman où se mêlent éléments historiques et fiction. Un agréable voyage dans le temps !
Sabrinal
La brèche et le rempart de Badr’Eddine Mili,
Chihab éditions, 2009, 335 pages, prix 550 DA.

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