|
Saïd Bouteflika veut créer un parti politique. Je me demande
bien pourquoi.
Il en a déjà une vingtaine !
Allez savoir pourquoi mes pas, complètement indépendants de mon corps, m’ont
mené vers le port. Une sorte de pulsion irrésistible. Comme poussé dans mon dos
par une main invisible. J’arrivais sans comprendre sur le promontoire faisant
face à l’imposante bâtisse abritant les députés. Il y a fort longtemps que je
n’étais pas venu là. Depuis enfant. J’y venais, au début, accompagné de mon
père, ensuite seul pour faire du vélo sur un parvis dont j’avais le souvenir
qu’il était délicieusement glissant. Un parvis devenu aujourd’hui parking fermé
au commun des mortels et ouvert aux heureux privilégiés. Le parvis avait
disparu, les rires d’enfants aussi, mais l’odeur était toujours là. Une odeur
indéfinissable. Faite de salins évaporés, de gasoil brûlé, d’huiles de vidange
surnageant au milieu d’algues grises et de bidons crevés, de mixture infecte
entre les détritus en état de décomposition et de macération avancé et des
odeurs de fritures remontant allègrement, vaille que vaille, de la proche
pêcherie. Cette odeur-là qui aurait fait fuir des narines délicates ou même
normales ne me répugnait pourtant pas. Bien au contraire. Elle me fixait là,
faisant remonter à la surface de mes yeux l’histoire de ces lieux, espace de
partances et d’arrivées. Mes mains, presque agrippées à la rambarde en fer,
étaient à la recherche d’un peu de fraîcheur en cette mi-juin déjà caniculaire.
Pourquoi mes pas m’ont-ils donc ordonné de venir ici ? De revenir ? Je n’habite
plus la rue Larbi-Ben-M’hidi depuis 1994. Depuis ce jour où des âmes charitables
et un peu anges gardiennes sur les bords me conseillèrent de quitter la maison,
de déménager, de déguerpir. Alors, pourquoi revenir aujourd’hui et fixer du haut
de ce superbe «balcon» embrasé de lumière et de vie les quais, plus bas, à
quelques mètres, à un souffle ? La mer ? Elle ne m’a jamais quitté. Il est des
divorces impossibles. Les paquebots ? Ils s’appelaient naguère le Roussillon ou
La Ville d’Alger. Aujourd’hui, entre deux pannes et une avarie, c’est le Tarik
Ibn Zyadqui ajoute son blanc manteau à l’immaculée baie. Oui. Les bateaux,
sûrement. Et cette douce brise juste un peu alourdie par l’odeur si
caractéristique de ce port. Allez savoir si la main qui m’a poussé là, sur ce
promontoire ne me poussera pas plus fort vers les quais en soufflant dans mes
oreilles incrédules l’urgence de déguerpir, encore et encore. Ces quais de la
déchirure. Ces déchirures multiples. Ces mouchoirs agités dans l’été 1962. Comme
autant de mains voulant encore s’accrocher à quelque chose et obligées de saisir
la rampe de la passerelle d’un bateau. Le pays qui condamne à mort un moudjahid
et un Patriote peut-il encore être mon pays ? Je fume du thé et je reste
éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
www.tacervellesarrete.blogspot.com
|