jeudi 11 juin 2009
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Déchirures !

Par Hakim Laâlam  
Email : laalamh@yahoo.fr

Saïd Bouteflika veut créer un parti politique. Je me demande bien pourquoi. 

Il en a déjà une vingtaine !

Allez savoir pourquoi mes pas, complètement indépendants de mon corps, m’ont mené vers le port. Une sorte de pulsion irrésistible. Comme poussé dans mon dos par une main invisible. J’arrivais sans comprendre sur le promontoire faisant face à l’imposante bâtisse abritant les députés. Il y a fort longtemps que je n’étais pas venu là. Depuis enfant. J’y venais, au début, accompagné de mon père, ensuite seul pour faire du vélo sur un parvis dont j’avais le souvenir qu’il était délicieusement glissant. Un parvis devenu aujourd’hui parking fermé au commun des mortels et ouvert aux heureux privilégiés. Le parvis avait disparu, les rires d’enfants aussi, mais l’odeur était toujours là. Une odeur indéfinissable. Faite de salins évaporés, de gasoil brûlé, d’huiles de vidange surnageant au milieu d’algues grises et de bidons crevés, de mixture infecte entre les détritus en état de décomposition et de macération avancé et des odeurs de fritures remontant allègrement, vaille que vaille, de la proche pêcherie. Cette odeur-là qui aurait fait fuir des narines délicates ou même normales ne me répugnait pourtant pas. Bien au contraire. Elle me fixait là, faisant remonter à la surface de mes yeux l’histoire de ces lieux, espace de partances et d’arrivées. Mes mains, presque agrippées à la rambarde en fer, étaient à la recherche d’un peu de fraîcheur en cette mi-juin déjà caniculaire. Pourquoi mes pas m’ont-ils donc ordonné de venir ici ? De revenir ? Je n’habite plus la rue Larbi-Ben-M’hidi depuis 1994. Depuis ce jour où des âmes charitables et un peu anges gardiennes sur les bords me conseillèrent de quitter la maison, de déménager, de déguerpir. Alors, pourquoi revenir aujourd’hui et fixer du haut de ce superbe «balcon» embrasé de lumière et de vie les quais, plus bas, à quelques mètres, à un souffle ? La mer ? Elle ne m’a jamais quitté. Il est des divorces impossibles. Les paquebots ? Ils s’appelaient naguère le Roussillon ou La Ville d’Alger. Aujourd’hui, entre deux pannes et une avarie, c’est le Tarik Ibn Zyadqui ajoute son blanc manteau à l’immaculée baie. Oui. Les bateaux, sûrement. Et cette douce brise juste un peu alourdie par l’odeur si caractéristique de ce port. Allez savoir si la main qui m’a poussé là, sur ce promontoire ne me poussera pas plus fort vers les quais en soufflant dans mes oreilles incrédules l’urgence de déguerpir, encore et encore. Ces quais de la déchirure. Ces déchirures multiples. Ces mouchoirs agités dans l’été 1962. Comme autant de mains voulant encore s’accrocher à quelque chose et obligées de saisir la rampe de la passerelle d’un bateau. Le pays qui condamne à mort un moudjahid et un Patriote peut-il encore être mon pays ? Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.

www.tacervellesarrete.blogspot.com

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