Lundi 22 juin 2009
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Pour que les youyous n’écrasent
pas les youyous !

Par Hakim Laâlam  
Email : laalamh@yahoo.fr
Beaucoup de réactions à la chronique «One, two, three, à mort la réconciliation !» Vous avez tenu à réitérer votre amour pour l’équipe algérienne de football, tout en insistant lourdement, très lourdement sur un fait qui vous tient à cœur. Les youyous de joie suite au 2 à 0 arraché en terre zambienne ne doivent pas écraser, assourdir d’autres youyous, ceux qui ont accompagné à leur dernière demeure les gendarmes martyrs assassinés à Bordj-Bou-Arréridj. On ne peut pas entendre les uns, les youyous du bonheur, et ignorer les autres, les youyous de douleur. Cette douleur d’une Algérie tous les jours assassinée. Extraits de vos messages :

Cher Hakim !
Je ne sais pas avec qui parler ni quelle oreille va m'écouter ! Cela fait un peu plus de trois (3) heures que j'écoute l'hymne national (Kassaman) sur Youtube, avec les photos de Ben M'hidi ainsi que d'autres, et mes larmes coulent toutes seules ! Mes yeux sont «inchoufables» ! Là n'est pas le problème ! J'entends dehors des voitures défiler, des gamins avec des drapeaux, certes algériens, mais dont ils ignorent toute la signification ! Tout cela parce que onze mecs ont tapé dans un ballon contre onze autres mecs !!! Pendant ce temps, plus de vingt familles pleurent les leurs, bêtement et sauvagement assassinés car un mystico-mégalomane a décidé d'en finir avec l'Algérie fière et glorieuse qui a osé dire à la France : «Ô France, le temps des palabres est révolu... Nous l'avons clos comme on ferme un livre... Voici le jour où il faut rendre des comptes! Prépare-toi! Voici notre réponse !! ... Nous avons juré pour que «Vive l'Algérie...» «Sur nos héros nous bâtirons une gloire! Et sur nos corps, nous monterons à l'immortalité !... Et de notre espoir nous lèverons l'étendard... Front de Libération nous t'avons prêté serment, nous avons juré de mourir pour que vive l'Algérie...» !!! Front de Libération !!... Rien à voir avec le Front des dobermans pour sûr !!!! Dix-huit ou vingt ou même UNE PERSONNE massacrées, et dehors on fête quoi en définitive ? Alors, bien que je puisse paraître pathétique, je pleure les disparus, m'associant humblement à la douleur des leurs !!! Je ne connais ni la tombe de mon père (que je n'ai pas connu car préférant l'Algérie), ni celle de ma mère, elle qui a espéré en un pays que son époux lui a préféré mais qui a fini par déchanter et qui s'en est allée mourir loin de cette terre : «Arrosée d'un peu trop de sang...» ! Je pleure car je pense à M. Gharbi condamné à mort pour avoir abattu un criminel dont la place était justement la potence ! Je pleure car je ne reconnais plus l'Algérie qui est devenue celle de Bouteflika depuis dix ans ! Je pleure, je pleure mais à quoi peuvent servir mes larmes si Dieu a foutu le camp de ce pays et qu'il ne m'entend plus ni n'entend les pleurs des chérubins dont les pères leur ont été ravis par les BARBARES... Seigneurs demain, qui sait ? A quoi peuvent servir mes larmes... Dites-moi ? Même Dieu a pleuré mais nos oreilles sont restées sourdes !!!
Halima

Bonjour
Une interrogation trottine dans ma tête depuis quelques heures : comment une manifestation spontanée de joie n'entraîne pas de morts alors qu'une manifestation d'opinion engendre des attentats ?
Merci de me répondre !
Karima

Hakim, bonjour
Je lisais votre billet ce matin où vous mettiez en parallèle l'état de grâce et la joie des Algériens (succès au foot) et les violences qui continuent et font des victimes innocentes en remettant en cause la politique de Réconciliation nationale sur laquelle repose, en partie, la réélection de l'actuel président algérien et de son gouvernement. Je vois que cette politique algérienne de réconciliation est une politique qui a plutôt servi des intérêts personnels politiques et a mis un couvercle sur ce qui doit être dit concernant les exactions commises durant les années de sang afin que cela serve de catharsis à une population traumatisée qui est en droit de comprendre et de savoir. Partout ailleurs où les Commissions Vérité et Réconciliation (CVR) ont été mises sur pied, à commencer par l'Afrique du Sud, les victimes et les agresseurs ont été amenés dans des face-à-face parfois très durs à supporter (voir le film In my country avec Juliette Binoche) à exprimer les faits, la vérité sur les faits, la douleur, la colère etc., afin que ces victimes innocentes et les coupables (bourreaux) puissent en arriver à un état de dignité retrouvée et de pardon. La paix civile profonde et durable ne pourra se faire qu'à ce prix. Bien à vous
Djaouida

Monsieur, Bonjour
Je suis un de vos fidèles lecteurs, parmi les milliers d’Algériens qui croient profondément aux valeurs démocratiques et de libertés que vous défendez à travers vos différentes tribunes. Je tiens à vous écrire afin de rebondir sur votre dernière «Pousse avec eux» et le commentaire qui va droit au but concernant le dernier carnage qui a visé des gendarmes, qui est passé presque inaperçu, et la réaction de la population algérienne au lendemain de ce carnage par rapport à la victoire de l'équipe algérienne contre la Zambie. Sans vouloir être ou apparaître quelqu'un qui n'est pas heureux pour la victoire de l'équipe de son pays, je ne comprends pas comment nous, Algériens, nous avons cette faculté de dépasser une aussi grave dérive sécuritaire après 10 ans d'autoritarisme qui tire sa légitimité de la question de la réconciliation nationale et l'amnistie générale, options qui devaient mettre fin à la violence, mais ce n’est pas encore le cas. En revanche, ces personnes mortes, quelle est leur place dans le paysage médiatique et social algérien ? C’est bon ! C'est fini ! On ne parle plus d'elles ! Ne devrions-nous pas rendre un hommage national à ces gens qui étaient victimes de mensonge d'Etat, en pensant que la question du terrorisme n’est plus une question d'actualité et que la sécurité est revenue en Algérie, du nord au sud et de l'est à l'ouest ? L'autre interrogation : pourquoi nous sommes devenus insensibles à ces âmes qui tombent tous les jours, sans que personne y accorde de l’importance ni se pose des questions de la validité du discours sécuritaire officiel ? Et pendant ce temps-là, on continue de glorifier le culte de la personne du messie qui détient la vérité absolue de l'Algérie au point de commencer le JT de l'Unique avec son message adressé aux joueurs au lieu d'annoncer le résultat même du match, une base même du journalisme sportif, du journalisme tout court qui n’est pas respectée par cette chaîne. Et nous Algériens ? Ni le viol de la Constitution, ni les difficultés socio-économiques dont nous souffrons au quotidien, ni le ras-le-bol et le malaise social ne peuvent nous faire sortir dans les rues. Il n’y a finalement que la victoire d'un match de foot éphémère qui peut susciter les réactions de la masse populaire et nous faire descendre dans les rues pour vider inconsciemment notre charge de colère. Merci beaucoup très cher Monsieur, et comme vous le dites si bien à chaque fois, Hakim, je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
Ahmed 

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LE PROFESSEUR FARID KACHA, CHEF DU SERVICE HOSPITALO
UNIVERSITAIRE
DE PSYCHIATRIE DE CHÉRAGA

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