Culture : Le cœur du môme cinquantenaire a lâché…

Le monde de la musique et du show-business a été ébranlé par la mort de Michael Joseph Jackson. Bien au-delà, c’est toute la planète qui a été secouée en apprenant le décès de celui qui restera dans l’histoire comme «le Roi de la pop», influençant toute une génération d’artistes ayant marqué la fin du siècle dernier.
Les hommages unanimes qui parviennent de partout ne s’attardent guère sur les aspects «négatifs» d’une carrière assombrie par des affaires de pédophilie que la justice a d’ailleurs rejetées. Mais la star, déjà fragilisée par une trop longue carrière entamée aux portes de l’enfance et perturbée par une gestion cahoteuse des succès monumentaux accumulés, vivra mal cet épisode qui marque le début de sa descente aux enfers. C’est autant dire que l’annonce d’une prochaine tournée musicale, accueillie avec une joie débordante par ses fans, apparaissait comme le début d’une lente mais certaine sortie du tunnel. On attendait une résurrection de l’artiste et même son retour fulgurant sur le podium de la scène mondiale. Inattendu, son décès vient mettre fin à tous ces espoirs et le «King of Pop» s’en ira sans avoir rehaussé son prestige terni, ni redonné vie à cette musique nouvelle qui s’en va avec lui. Le monde ne perd pas seulement l’un de ses plus grands chanteurs. Michael était aussi auteur-compositeur, danseur, chorégraphe et poète. C’était aussi un homme d'affaires qui a su faire prospérer son business avant d’être durement touché par les scandales. Il comptait énormément sur sa prochaine tournée pour renflouer les caisses. Mais, en même temps qu’il savait compter ses sous, il ne s’était pas privé de lancer de grandes actions humanitaires en direction de l’Afrique. Au cours d’une seule tournée, Dangerous World, il avait pu récolter et donner 400 millions de dollars pour des œuvres caritatives. Michael Jackson marquera l’histoire de la musique universelle. Son ascension ayant coïncidé avec l’âge d’or des «vidéoclips» qui porteront, pour longtemps encore, son empreinte, on peut le considérer comme l’artiste qui a su le mieux comprendre et capitaliser les formidables avancées des moyens audiovisuels modernes qui ont littérairement explosé avec le satellite et le numérique. C’est le premier musicien interprète qui voit ses chansons, non plus simplement «écoutées» partout, mais également «vues» dans le monde entier! Lors de ses premières apparitions dans les «vidéoclips», il n’y avait qu’une seule chaîne TV musicale (MTV) ; aujourd’hui, elles se comptent par centaines et dans toutes les langues… L’artiste qui s’en va porte la marque de son époque. Aux transformations profondes de son métier, apportées par une technologie qui ne cesse d’évoluer, il a su apporter également une certaine humanité… jusque dans ses excès ! Cet excentrique qui se blanchit la peau et se fait opérer le visage pour ressembler à… Diana Ross, ce gamin qui n’a pas su grandir et qui continuait de faire tourner les trains électriques ce cinquantenaire qui aimait les enfants au point d’être soupçonné de déviations sexuelles, ne porte-il pas, au fond de lui-même, les dérives d’une époque où il est de plus en plus difficile de trouver son équilibre entre la folie de l’argent et le besoin d’amour, entre les excès de la technologie et les exigences de la nature ? Cette quête d’excentricité, absolument insensée, n’est-elle pas la réponse de l’artiste à tous ces questionnements, dans une terrible fuite en avant où il tente à la fois d’échapper à lui-même, mais aussi à son image telle que fabriquée par l’industrie malpropre des médias people ? En cherchant à se travestir, Michael Jackson était avide d’artifices : les vitamines et autres médicaments — dont il abusait pour, à la fois, paraître toujours jeune, rester dans une bonne forme, gérer un stress perpétuel et éviter le «rejet» de ses transformations physiques — ont peut-être eu raison de son cœur. Son cœur de môme jamais à l’aise dans la carapace d’un cinquantenaire mi homme, mi-femme !
Maâmar Farah

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