Cinq ans de prison ferme
: c’est le verdict prononcé hier par le tribunal correctionnel de
Bobigny (Seine-Saint-Denis) à l’encontre de Mami, accusé de tentative
d’avortement forcé sur la photographe de presse avec qui il entretenait
une liaison.
De notre bureau de Paris, Khadidja Baba-Ahmed Ceux qualifiés par la procureur de «co-organisaeurs de violences d’un
autre âge» ont écopé de quatre ans de prison pour Michel Lecorre, alias
Maurice Lévy, l’ancien manager du chanteur qui a immédiatement été
écroué hier ; six ans de prison contre Abdelkader Lallali et 4 ans à
l’encontre de Hichem Lazaâr, l’homme de confiance du chanteur. Ces deux
derniers ne se sont pas présentés au procès. La star du raï avait
reconnu, au cours de l’audience de jeudi, sa responsabilité et avoué en
sanglotant «sa faute grave» tout en précisant qu’elle avait été
«piégée». Le verdict prononcé hier est bien clément par rapport aux dix
ans qu’encourait le chanteur. L’enquête de personnalité livrée à
l’audience de jeudi matin a sûrement joué en sa faveur dans la mesure où
il n’avait pas d’antécédent judiciaire et était qualifié par son
entourage de quelqu'un de «gentil, d'humain, qui n'avait pas la grosse
tête, quelqu'un qui n'était pas people et discret sur sa vie privée».
Quant au rapport d’expertise, on y qualifiait cheb Mami «d’homme
influençable et mal entouré», mais qui «ne présente aucun trouble de
personnalité». «J’ai fait une faute, c’est grave, le cauchemar. Je
n’étais pas dans la villa (la sienne sur les hauteurs d’Alger où s’est
déroulée la tentative d’avortement, ndlr) mais je savais ce qui se
passait». Et de pointer celui qui l’aurait piégé : «C’était l’idée de
Michel Lecorre, alias Maurice Lévy. J’ai accepté dans la panique. S’il
n’avait pas proposé cette possibilité je n’aurais jamais pensé à ça.»
Puis il avouera : «Je n’ai rien fait pour l’arrêter.» Les faits,
rappelons-les, remontent à l’été 2005. Une photographe de presse,
Isabelle Simmon, qui se fait appeler Camille, âgée de 43 ans,
entretenait une liaison avec Mohamed Khelifati, alias Cheb Mami. En
juillet 2005, elle lui annonce qu’elle est enceinte. Il lui demande
d’avorter, ce qu’elle refuse. Amenée à Alger avec la complicité de son
manager sous prétexte de reportage, la photographe est séquestrée, les
28 et 29 août 2005, dans la maison personnelle du chanteur et des
violences sont exercées sur elle par les hommes de main et des
avorteuses venues pour faire la sale besogne. L’acte barbare ayant,
malgré tout, échoué, la victime dont l’enfant rescapé — une fillette —
est âgée aujourd’hui de trois ans, a déposé plainte en France, ce qui a
permis, dans un premier temps, de mettre en prison Mami, qui en sort en
payant une caution en attendant son jugement, puis en s’enfuyant de
France pour regagner l’Algérie. Son retour volontaire en France pour
assister à son procès à Paris met fin à cette triste saga.
K. B.-A.
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