Rompre les amarres, partir, renoncer à tout ce qu’on a construit. S’arracher, se couper de ses racines, de ses souvenirs, de tout ce qu’on a aimé. Prendre un billet vers l’inconnu, vers cet ailleurs si lointain sans savoir s’il serait le meilleur. La Tangente
impossible raconte la souffrance endurée par l’auteur lors de son exil
forcé. «Après des drames bien réels, kamikaze téméraire, j’ai peu à peu
mis le cap vers des régions étranges où la découverte a pris un autre
sens... Il a donc fallu tout abandonner. Et ce ne fut pas chose aisée»,
p 18 et 19. Confronté à la solitude et au déracinement qu’il vit comme
un insurmontable déchirement, Aziz Farès nous livre ses pensées
intérieurs sous forme de mots et d’images qui s'enchaînent entraînant
parfois un effet de brouillard chez le lecteur. Ce dernier devra lire
entre les lignes pour saisir certaines situations. L’auteur souffre le
martyre. Il vit son exil comme un déchirement. Le sommeil le fuit, la
solitude l’enveloppe dans ses tentacules, la dépression le guette. «Je
voudrais tellement que le son de ma voix rencontre une autre oreille que
la mienne, que mes paroles ne disparaissent emportées par le silence.
Alors j’écris car au moins je peux relire et me donne l’impression
fugace, mais si utile d’exister à travers un autre regard», p 46. Et
puis, ne voilà-il pas que le doute s’installe ! L’auteur s’interroge :
faut-il refaire le chemin inverse et repartir à la case départ? «Partir,
repartir sur une tangente mouvante, instable qui m’oblige à déployer des
trésors d’inventions pour ne pas être éjecté hors de l’espace auquel je
m’accroche, auquel je m’écorche», p 35. Introspection, face à face avec
soi-même, états d’âme : tout sera noté dans un petit journal intime,
seul témoin de cette descente aux enfers. Des mots qui exorciseront
peut-être la douleur. Après le blizzard et le froid glacial, une fenêtre
s’ouvre et un rayon de soleil timide s’invite. Une note d’espoir pour
tous les exilés.
Sabrinal
La Tangente impossible de Aziz Farès.
Editions Mille feuilles, 2009
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