Vox populi : À propos du dernier film de M. A. Rachedi

Par Saïd Dahmani
En allant voir «le film», je me préparais à assister à une reconstitution de la vie de l’un des principaux pères déclencheurs de la guerre de Libération, le nationaliste Mustapha Ben-Boulaïd.
Quelle ne fut pas ma stupeur d’abord, puis mon malaise après la fin de la projection. Car jamais film algérien, sur le combat libérateur, n’a été aussi indigent que le dernier film de M. A. Rachedi ! Je répugne de rappeler son titre, car c’est une atteinte à la mémoire de Mustapha Ben-Boulaïd et à celle d’autres, notamment celle du regretté Mohammed Boudiaf. Le film, assez long, se déroule sur une suite «d’épisodes» : une séquence relative à Ben-Boulaïd combattant dans les rangs de l’armée française lors de la Seconde Guerre mondiale : probablement en guise de prégénérique ? Ce sont ensuite les évènements du 8 Mai 1945. Suit un «épisode» relatif à une manifestation du PPA-MTLD conduite par Messali, suivi d’une séquence relative à une réunion présidée par le même personnage. Dans ces deux derniers passages, aucun des personnages, Messali ou les autres, n’a d’épaisseur : les acteurs «semblent réciter un texte» sans conviction et poser devant la caméra. La deuxième partie du film se compose de trois «épisodes». Le premier est relatif à la réunion des «22», expéditive, où les participants, mal présentés, sont caricaturés, suivent les débuts de la guerre. Le deuxième relate le voyage avorté de Ben-Boulaïd vers le Caire, son arrestation, sa détention et l’évasion de la prison de Constantine. Ce deuxième volet du film «écrase» les autres par sa longueur par rapport au titre de film et par sa lourdeur : là aussi les acteurs n’ont pas d’épaisseur et manquent terriblement de conviction. Le dernier épisode rapporte le succès de l’évasion, le retour de Ben-Boulaïd dans les Aurès, le parachutage du poste radio et la fin de Ben-Boulaïd ; dans cet épisode, seule la séquence des retrouvailles de la famille sonne juste. La présentation de l’affaire de l’évasion elle-même laisse des zones d’ombre. On ne voit pas qui avait coordonné l’opération, et comment Ben-Boulaïd et ses compagnons d’évasion avaient été «réceptionnés» à leur sortie. Ces épisodes, ou parties, ne s’emboîtent point et ne s’articulent pas entre eux. Ils laissent le spectateur sur sa faim. Finalement, s’agit-il d’une approche de l’itinéraire d’un nationaliste, acteur du mouvement national, membre actif dans le déclenchement de l’action, de la fondation du Front de libération nationale, combattant sur le terrain, ou bien c’est un film que l’on pourrait, à la rigueur, intituler «L’évasion de la prison de Coudia» ? Car Ben-Boulaïd est l’archétype du militant nationaliste radical de la génération de la première moitié du XXe siècle, qui se distingue de la génération suivante ; cet archétype diffère de son homologue tunisien, marocain et égyptien. Il se distingue par ses origines, par sa culture politique forgée dans son rapport à la colonisation et dans sa lutte contre le colonialisme, son système et ses valeurs. Les «Vingt-Deux», ainsi que les autres initiateurs de Novembre 1954, sont coulés dans ce même moule. Or, le film de M. Ahmed Rachedi ne marque pas ce trait important. Le film ne présente pas le parcours social, économique, culturel et politique du personnage de Ben-Boulaïd dans sa complexité et dans son humanité également. L’arrière-fond du déroulement de l’intrigue est «neutre» ; l’interaction entre les deux est absente. Or, l’arrière-fond, à savoir le processus du combat anticolonial en Algérie dans cette partie du XXe siècle qui s’achève en 1954, est très faiblement perceptible dans le film. Si les promoteurs du film visaient à faire découvrir le parcours et l’histoire du regretté Mustapha Ben-Boulaïd et aux générations algériennes du XXIe siècle et aux étrangers, elles ont échoué. Car, au mieux, ces derniers retiendraient le processus de l’évasion ; et même cette partie est monotone, à part, peut-être, le passage où les gardiens viennent fouiller la geôle ! En tout cas, espérons un vrai film sur l’itinéraire humain, politique de Ben-Boulaïd et son impact sur sa génération. Celui-ci n’est pas le bon !! Nous sommes très, très loin de L’aube des damnés, de L’opium et le bâtonet de C’était la guerre!
S. D.

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