
Chronique du jour : KIOSQUE ARABE Le bonheur d’être le dernier
Par Ahmed HALLI
halliahmed@hotmail.com
Attention, un hidjab peut en cacher un autre, moins voyant mais plus
actif et, à la longue plus nuisible. L'écrivaine yéménite Ilhem Manaa
est revenue la semaine dernière sur la nomination d'une femme musulmane,
Dalia Medjahed, comme conseillère aux affaires religieuses du président
Barack Obama. Elle se dit, en effet, déçue, non pas tant par le fait que
ce soit une femme en hidjab qui ait été distinguée mais par les
réactions qui ont suivi. D'abord, dit-elle, la promotion de Dalia
Medjahed a été celle d'une femme issue d'une communauté musulmane
d'origine étrangère. Or, lorsqu'une telle personne adopte le hidjab,
c'est qu'elle est influencée par des idées encore plus conservatrices
que celles de son milieu arabe d'origine. Encore qu'il est difficile
aujourd'hui de faire la différence entre la religiosité acerbe des
communautés émigrées et celle des sociétés arabes d'origine. Ensuite,
parce qu'on ne peut interpréter que d'une seule manière la satisfaction
affichée par les médias financés par l'Arabie saoudite. Sans compter la
joie à peine dissimulée d'une organisation islamique américaine, connue
pour être proche des Frères musulmans. Ilhem Manaa nous dit ensuite
comment elle a été surprise d'entendre Obama annoncer, au cœur de son
discours du Caire, que le gouvernement américain a défendu devant les
tribunaux le droit pour les femmes de porter le hidjab. Or, dit-elle,
même si beaucoup de femmes portent le hidjab, parce qu'elles sont
convaincues que c'est une obligation religieuse, le débat est loin
d'être tranché. On sait qu'il y a une opinion de plus en plus répandue
dans les pays arabes selon laquelle le hidjab est un signe politique qui
a accompagné la montée d'un courant politique islamiste. En réalité, il
n'a rien à voir avec la religion mais c'est un symbole choisi par Hassan
Al-Bana, fondateur des Frères musulmans, en réaction à l'image de la
femme que voulait façonner Ataturk, après la chute du califat ottoman.
Que l'Amérique aille devant les tribunaux pour «permettre» à une petite
fille de six ou neuf ans de porter le hidjab, ce n'est pas défendre le
droit de cette petite fille, c'est la rabaisser davantage. Obama agit
ainsi en violation des droits de l'enfance, sous prétexte de les
défendre. Refusant de s'en tenir à ces seules appréciations, Ilhem Manaa
a voulu en savoir plus. Elle a pensé que les idées avancées par Obama
étaient peut-être inspirées par sa nouvelle conseillère. Aussi, s'estelle
plongée dans la lecture d'un livre publié en 2007 par Dalia Medjahed et
intitulé : Qui parle au nom de l'Islam? Ce livre publié en collaboration
avec un certain John Esposito affichait l'ambition d'exprimer l'opinion
de plus d'un milliard de musulmans. Ce qui est impossible à réaliser
même avec les moyens dont disposent des instituts de sondages
prestigieux comme Gallup, note Ilhem Manaa. De plus, ajoute-t-elle, les
idées développées dans ce livre, notamment sur la Charia, sont celles
d'un conservatisme qui ne laisse place à aucune opinion plus nuancée. De
plus, lorsqu'ils évoquent le phénomène de l'islamophobie en Europe, les
auteurs omettent de signaler l'existence de sociétés islamistes
parallèles. Ces sociétés militent pour la séparation des deux sexes et
cherchent à imposer un modèle vestimentaire. C'est ainsi qu'elles
violent le principe même de l'égalité entre hommes et femmes auquel les
sociétés européennes sont parvenues après des siècles de luttes». «Ce
qui est étrange, souligne encore l'écrivaine yéménite, c'est que Barack
Obama, qui cherche à ouvrir le dialogue avec le monde musulman, ait
choisi une voix qui ne reflète pas la pluralité des opinions et des
positions qui existent dans les pays musulmans. Ce qui m'inquiète, c'est
que le président Obama, dans son désir de ne pas agir comme Bush,
choisisse l'autre extrême, qu'il passe d'une vision unilatérale à son
contraire», conclut Ilhem Manaa. Ce qui ne serait pas étonnant, dans le
contexte international actuel. Il ne serait pas étonnant, en effet, que
le président de la première puissance mondiale décide de nous aimer,
mais seulement recouverts d'un hidjab. C'est déjà le choix qu'ont fait
pour nous nos dirigeants, pourquoi agirait-il autrement, sachant que le
hidjab imposé aux musulmans est le meilleur atout pour l'Amérique. Le
hidjab, c'est le meilleur rempart, l'antidote au progrès technologique
et industriel, à l'arme nucléaire. En somme, tout ce que les Etats-Unis
veulent pour eux, avec la promesse d'en redistribuer un peu aux autres,
et de temps en temps. Le hidjab, c'est la tendance générale qui se
dessine dans tout le monde arabe. Dans la Syrie du clan Assad, un
nouveau statut personnel, plus fortement inspiré de la Charia, est en
préparation. L'écrivain assyrien, Suleiman Youssef Youssef, en relève
les avatars et, surtout, les dangers pour les minorités religieuses du
pays. Ainsi, un article du nouveau code autorise la polygamie et la
répudiation pour adultère, ce qui a provoqué l'inquiétude de la
communauté chrétienne de Syrie. D'une manière générale, le nouveau
statut accentue la fragilité de la condition féminine, note l'écrivain.
Plus grave encore, il réintroduit des termes comme «dhimmi» (protégé,
c'est-à-dire soumis et sujet inférieur dans tout bon Etat islamique),
disparus depuis la fin de l’Empire ottoman. Pendant ce temps, le
sémillant Youssef Karadhaoui fait faire une révolution à la langue du
Coran. Il autorise désormais la transcription des versets en y ajoutant
des virgules, des points virgules, des points d’interrogation et
d’exclamation, pour permettre de mieux saisir le sens des versets. Les
théologiens d’Al- Azhar ont vivement réagi en contestant cette «bidaâ»
(innovation contestable) dont ils ne sont pas les auteurs. Mais avec
Karadhaoui, ça passe ou ça casse, et il sait qu’il peut bénéficier du
soutien quasi unanime de ses beaux-frères, du deuxième rang,
c'est-à-dire nous. On nous dit aussi que Michael Jackson est peut-être
mort en musulman. Beaucoup de sites Internet islamistes n’ont pas hésité
à lui faire des funérailles d’usage sans attendre la décision de sa
famille. Ce qui est déconcertant chez nos intégristes, c’est qu’ils
choisissent toujours le mauvais moment pour islamiser les gens. Le
boxeur Mike Tyson est convaincu et inculpé de viol : bienvenu chez nous.
Michael Jackson est inculpé de pédophilie, le voilà bombardé membre de
plein droit de notre sainte communauté. Et avec quel statut ? Chez nous,
dernier arrivé, premier servi. Il faut arriver bon dernier pour avoir
les honneurs des gazettes et les privilèges réservés aux récents
convertis. Souvenez-vous : «Qui entre dans la maison d’Abou Soufiane est
en sécurité. » Abou Soufiane est un authentique converti in extremis,
ancêtre de nos «Marsiens». Il est entré en Islam pour avoir la vie sauve
et il a eu tout ce qui va avec : gloire, pouvoir et pérennité. Il est
directement fondateur d’une dynastie grâce à son fils Mouawiya qu’il
avait envoyé en éclaireur chez les musulmans, au cas où… Il y a des
jours où je rêve d’en sortir pour pouvoir y entrer à nouveau, mener la
dernière vraie bataille d’Abou Soufiane, celle du pouvoir. Ah, quitter
l’Islam pour y revenir, mieux accepté, mieux toléré et même avoir droit
à une annonce dans un journal. Holà, je ne fais que rêver ! Comment
peut-on songer à quitter une communauté où l’on tient autant à vous,
même avec la promesse de revenir plus tard ? Comment peut-on songer à
quitter ceux qui vous aiment avec une telle passion, au point de vouloir
vous tuer en cas de rupture unilatérale ? Non, mes bien chers frères, je
ne suis pas encore assez fou pour déserter ? Au milieu de mes doutes
métaphysiques, émerge une certitude : quel que soit le moment, on ne
s’en va de chez vous que les pieds devant !
A. H.
|