Monde : NOUVELLE ÉDITION DE L’«ORGULLO GAY» À MADRID
Un million d’homosexuels réclament convivialité et respect de la différence


Placée sous le signe de la convivialité, du respect de la différence et de la diversité affectivo-sexuelle, la célébration de l’«Orgullo Gay» (Fierté homosexuelle) a drainé vers Madrid plus d’un million de personnes de toutes les régions d’Espagne pour une nouvelle édition de cet événement social.
De notre bureau de Madrid, M’hamed Elmansouri

Durant dix jours (du 25 juin au 5 juillet 2009), la capitale espagnole a abrité une multitude d’activités autour des thématiques liées à la diversité sexuelle à travers différents espaces et supports (théâtre, cinéma, expositions, présentation de livres, tournoi de football...). Néanmoins, ce qui a toujours caractérisé ce genre de manifestations auront été les concerts de musique (pop, flamenco, rap, musique électronique...) et les spectacles de danse, qui ont investi cinq jours durant six places du centre de Madrid et leurs rues adjacentes transformées pour la circonstance en piétonnières. Dès le début de l’évènement, les panneaux lumineux des autoroutes situés à l’entrée de Madrid signalaient que le centre de la ville était fermé à la circulation. La Plaza del Rey, la Plaza de la Luna, et surtout le cœur de la «Pride Gay», la Plaza de Chueca, vivront tous les soirs une ambiance électrique rythmée par les décibels explosifs des spectacles. La fête se poursuivra pour la multitude jusqu’à une heure avancée de la nuit dans les rues des alentours animées par les dizaines de buvettes installées. C’est que les organisateurs de cette nouvelle édition de l’«Orgullo Gay» veulent en laisser un inoubliable souvenir festif. Le clou en sera «la manifestation nationale de la fierté homosexuelle» du 4 juillet ; une marche haute en couleur qui occupera pratiquement trois heures durant les rues centrales de Madrid, comme celle de la Gran Vía. Le programme officiel de l’événement précise «La manifestation nationale promet d’être aussi massive que les précédentes... qui, sous le soleil de Madrid, unira toutes les personnes qui veulent participer pour la diversité et la tolérance.» Au-delà de l’aspect festif et identitaire de l’événement, les associations organisatrices mettent l’accent et insistent sur les concepts de respect de la diversité, respect de la différence, promotion de la tolérance et de la convivialité. Des concepts dont l’application dans la vie quotidienne est vitale pour leurs collectifs, mais aussi pour d’autres collectifs comme ceux des minorités ethniques, par exemple. Revendiquer la reconnaissance de la diversité sexuelle transcende donc le terrain social, pour occuper le terrain politique, comme le reprend clairement le manifeste lu à la fin de la marche de l’«Orgullo Gay». Cette revendication ne trouve pas un écho toujours favorable au sein de la société espagnole et évidemment encore moins dans ses secteurs conservateurs représentés politiquement par le Parti populaire. Cependant, les homosexuels ont trouvé un allié à leur cause à travers les courants de gauche, qui comme le Parti socialiste au pouvoir, a légalisé, il y a deux ans de cela, le mariage entre personnes du même sexe. Ainsi, la marche du 4 juillet étaitelle dirigée par la ministre espagnole de l’Egalité, Bibiana Aido, accompagnée des secrétaires généraux des deux plus puissants syndicats du pays, celui des Commissions ouvrières et celui de l’Union générale des travailleurs. On notait aussi la participation d’autres partis de gauche, comme celui de la Gauche unie, ou de l’Union, progrès et démocratie. Ceci montre d’une part le désir d’institutionnaliser la manifestation, et d’autre part, la volonté politique de faire avancer un projet de société libéré du carcan des conservatismes, de la part des formations politiques et syndicales présentes. Le thème central de la marche était «Pour une école sans placards», un thème à double sens puisqu’en espagnol «sortir du placard» signifie dévoiler son homosexualité. En outre, il peut se comprendre aussi comme l’appel à une école ouverte. Dans ce sens, il faut savoir que le logo officiel de cette édition de la «Fierté homosexuelle » est représenté par le signal de circulation du code de la route avertissant de la proximité d’une école : triangle avec un garçon et une fille portant un cartable (mais aux couleurs de l’arc-en-ciel caractéristiques des collectifs gays...). Le slogan du logo est «Pour la convivialité, respectons la différence». Le logo renvoie donc nettement à la question de la nouvelle loi sur l’éducation, impulsée par l’exécutif socialiste et rejetée par le Parti populaire, notamment à cause de l’introduction dans le cursus scolaire d’une nouvelle matière «L’Education pour la citoyenneté» où est inclus un chapitre relatif à l’homosexualité, dans le bloc d’éducation sexuelle. La polémique enclenchée a impliqué l’année dernière le Tribunal constitutionnel, saisi par le Parti populaire, formation dont la demande a été déboutée finalement. Néanmoins, jusqu’à l’heure actuelle, certains parents d’élèves mettant en avant leur droit d’objecteurs de conscience, on décidé que leur enfant ne suivrait pas cette nouvelle matière. Par conséquent, face aux projets sociaux des socialistes qui irritent les conservateurs (loi sur l’éducation, réforme de la loi sur l’avortement, mariage homosexuel...), ces derniers, avec l’appui de l’Eglise catholique, ne restent pas les bras croisés. Une des preuves les plus éclatantes serait «la journée de la famille», organisée par l’Eglise catholique, et dont la dernière édition a rassemblé à Madrid des centaines de milliers de personnes partisanes de la famille traditionnelle et hostiles à l’avortement ou aux changements dans l’éducation. Il semblerait donc qu’on soit face à deux projets de société irréconciliables, mais si l’on sait que les manifestations et activités de l’«Orgullo Gay» rassemblaient des homosexuels, des hétérosexuels, mais aussi des familles traditionnelles, on perçoit des signes de changement. Après tout, il n’y a pas si longtemps en Espagne, le divorce était interdit, tout comme l’avortement, et les femmes n’avaient pas le droit de voter.
M. E.

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