Chronique du jour : DECODAGES
PÉTROLE
70 dollars : prix d’équilibre ?


Décidément, le marché pétrolier mondiale vient de montrer, encore une fois, qu’il ne se laisse enfermer dans aucune prévision quel que soit le degré de rigueur de celleci.
2009 : la crise financière se mue en crise économique sérieuse. La récession frappe l’ensemble des économies du monde et à leur tête les économies capitalistes du Nord, fortement consommatrices d'hydrocarbures. Conséquence immédiate : la demande mondiale de pétrole baisse, en 2009, de près de 2 millions barils/jour par rapport à 2008. Les prévisionnistes annoncent un prix du baril à 40 dollars pour les plus optimistes et à 30 dollars pour les plus pessimistes. Depuis près d’un mois, ce prix gravite autour de 70 dollars. Paradoxe ? En apparence seulement. Comment expliquer le noneffondrement des prix ?
1) Il y a d’abord un fait incontestable : l’Opep produit moins. «Constatant l’effondrement de la demande lors du deuxième semestre 2008, les pays membres de l’Opep, qui représentent plus de 40% de la production mondiale, avaient annoncé en novembre une diminution de leur production comprise entre 3,5 et 4 millions de barils/jour. Et ils s’y sont tenus créant une rareté seulement partiellement compensée par une augmentation de l’offre des pays Nopep.» La politique de l’Opep a donc réussi à inverser les tendances du marché où l’offre (renforcée par la constitution de stocks importants) excédait largement la demande. L’Opep a ainsi réussi à inverser les anticipations des acheteurs.
2) La baisse de la valeur du dollar a aussi, pour sa part, contribué à l’inversion de ces anticipations : le marché s’attend à ce que les producteurs pour stopper l’érosion du pouvoir d’achat de leurs recettes d’exportation, soient incités à augmenter le prix du baril.
3) Et ce troisième facteur est déterminant. A moins de 60 dollars le baril, les derniers gisements mis en exploitation au Brésil, en Angola et au Nigeria ne seront pas rentables. Or, le maintien du niveau de production annuelle constant nécessite la mise en production chaque année de nouveaux gisements. On estime la baisse annuelle de la production des gisements déjà exploités à 5% par suite de la fermeture des plus anciens. 60 dollars le baril est le seuil minimum de rentabilité des nouveaux gisements et aucune compagnie ne pourra se lancer dans de nouveaux investissements en deçà de ce prix. 4) Un prix dans une fourchette de 60-70 dollars est parfaitement acceptable par les pays importateurs car il permet de ne pas pénaliser la production future. Si, sur la prochaine décennie, la demande mondiale augmente de 1% par an au minimum (toutes les prévisions s’accordent sur ce minimum) et si, dès 2010, la croissance économique mondiale repart à la hausse, des pénuries pourront apparaître rapidement. Tout porte à croire qu’on s'achemine d’ici la fin 2009, début 2010, à une sorte de «prix d’équilibre» de 70 dollars le baril. Il se trouve que ce prix constitue aussi pour les finances publiques algériennes le «point mort», c’est-à-dire le prix en deçà duquel le budget perd son équilibre et développe un déficit en contexte de «plans de relance» (dont le plus récent 2009-2014 porte sur une enveloppe de 150 milliards de dollars). D’un point de vue strictement financier, le Trésor algérien pourra se satisfaire d’un baril à 70 dollars et les projets inscrits dans le plan de relance pourraient être réalisés, sans contrainte financière serrée. On sait que là n’est pas le principal défi auquel doit faire face l’économie algérienne mais ce serait tout de même un souci de moins pour nos finances publiques. Si ce contexte financier favorable se confirme, on est en droit d’attendre des «décideurs économiques» algériens un programme plus ambitieux de relance de l'offre (et non pas seulement de la demande) axé principalement sur l’entreprise, notamment privée, l’investissement productif et l’économie de la connaissance. Nous ne cesserons de répéter cela, même si, jusqu’à présent, la montagne ne nous renvoie que nos propres échos.
A. B.

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